La famille présidentielle en deuil : Mgr Mulumba, un héros de l’ombre

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Mgr Gérard Mulumba, membre de la Cenco (Conférence Episcopale Nationale du Congo), Evêque honoraire du diocèse de Mweka, dans la province du Kasaï, jeune frère de feu Etienne Tshisekedi, le père de la démocratie congolaise, oncle paternel du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, est décédé hier mercredi 15 avril 2020 au CMK (Centre Médical de Kinshasa), à l’âge de 83 ans, sous sa casquette officielle de chef de la Maison Civile du Chef de l’Etat. Sauf changement, son inhumation est prévue ce jeudi 16 avril.

            Les témoins de l’histoire immédiate de la République notent que la mort a emporté, dans l’au-delà, un authentique martyr de la démocratie, qui a longtemps souffert, dans sa chère, les arrestations, emprisonnements, tortures et relégations à répétition de son aîné, Etienne Tshisekedi, sous les régimes dictatoriaux du Maréchal Mobutu Mobutu Sese de 1980 à 1997, de Laurent Désiré Kabila de 1997 à 2001 et de Joseph Kabila de 2001 et à sa mort, en février 2017.

Pendant ses 38 années passées à la tête du Diocèse de Mweka, Mgr Gérard Mulumba ne s’était jamais mêlé de politique en général, encaissant en silence tout le mal fait à son grand-frère, qui avait commis le péché, en 1980, de concert avec ses collègues baptisés les « 13 parlementaires », de dire non au régime dictatorial de Mobutu et de proclamer, tout haut, à travers une lettre incendiaire adressée à l’homme qui régnait sans partage sur l’ex-Zaïre depuis le 24 novembre 1965, leur ferme engagement à lutter, jusqu’au sacrifice de leur sang, à l’avènement d’un Etat de droit dans ce pays devenue aujourd’hui République Démocratique du Congo.

            Même quand, après la fin du monopartisme décrété par Mobutu lui-même le 24 avril 1990 à Nsele, à la cité historique du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution), Parti-Etat, écrasant au passage une larme hypocrite, Mgr Mulumba, à la différence de certains de ses pairs de la Cenco qui commençaient à donner publiquement de la voie pour dénoncer les dérives dictatoriales post-mobutisme, a continué à se taire, mettant toutes ses forces dans l’encadrement spirituel de ses paroissiens. Il s’est même découvert, à la surprise de ceux-ci, la vocation d’encadreurs d’enfants orphelins, avec qui il partageait pratiquement tout : logements, repas, joie et bonheur. Aux dires de religieux comme du commun des citoyens qui passaient par là, le patriarche paraissait tout heureux au milieu des bambins devenus ses amis fidèles.

            Alors qu’il avait largement atteint l’âge de la retraite et donc de la passation du bâton à un autre prélat, Mgr Mulumba a dû se résoudre à plusieurs « prolongations », le Vatican traînant les pieds pour lui désigner un successeur.

            D’aucuns pensent qu’il aurait terminé sa vie sur terre dans l’anonymat, n’eut été un concours malheureux de circonstance qui, tout au long de l’année 2017, l’a propulsé au-devant de la scène, à savoir le « blocage » délibéré, par l’ancien pouvoir, du rapatriement du corps de son défunt frère et de l’organisation de ses obsèques. C’est pendant ce feuilleton de triste mémoire, qui a pris deux ans, que Mgr Mulumba était contraint, bien malgré, de s’exprimer régulièrement pour le compte de la famille biologique, l’UDPS se chargeant du reste.             Son nom était ancré dans les esprits que sans surprise que l’opinion nationale avait accueilli, l’année dernière, sa nomination comme chef de la Maison Civile du Chef de l’Etat. D’aucuns voyaient, à travers cette nomination, un hommage posthume rendu par Félix Antoine Tshisekedi à l’auteur de ses jours, à travers l’un de ses frères biologiques. Paix à son âme.              Kimp

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