La bière «tue» les Congolais

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Un phénomène bizarre s’observe dans les villes et villages de la République Démocratique du Congo : il s’agit de l’omniprésence de la bière et de l’alcool de fabrication industrielle comme artisanale dans tous les milieux de vie des Congolaises et Congolais de tous les âges. Le fonctionnaire a le débit de boissons juste à côté de son bureau de travail voire à l’intérieur de son bâtiment administratif. Le magistrat n’a pas à chercher loin : des terrasses fonctionnent matin, midi et soir à côté de sa salle d’audience ou de son cabinet d’instruction. Le professeur d’université et l’étudiant vivent avec les terrasses au sein de leurs campus, à côté des auditoires et homes. Toutes les rues et avenues de Kinshasa sont envahies par des terrasses.

            Les camps militaires et de la police ont désormais comme particularité la musique diffusée à des décibels impossibles par des terrasses où la bière coule à flots. Les hôpitaux, les commissariats de police, les écoles, les marchés, les stades, les bâtiments des ministères, les prisons, les centres de recherches les maisons communales… sont ceinturés par les débits de boissons alcoolisées. Les cadres et agents des entreprises publiques comme privées ont la bière à portée de la main, grâce aux terrasses installées dans les concessions de celles-ci ou aux abords.

            Bref, la bière se vend partout et à toute heure. Quiconque veut boire un coup à l’heure du petit déjeuner, à la mi-journée ou au milieu de l’après-midi a l’embarras du choix.

            Comme les brasseurs avaient reçu une consigne particulièrement de vulgariser la consommation de la bière, ils ont miniaturisés les contenants (vidanges de 30 cl) au point qu’elle est à la portée des bourses les plus modestes.

Objectif : noyer les soucis dans l’alcool

ou la prière

            Conditionnés par l’alcool et la musique de la manière que l’on sait, le Congolais et la Congolaise réfléchissent de moins à moins à leur avenir, à  celui de leurs enfants et du pays.  Qu’il vante ou qu’il pleuve, ils n’ont comme préoccupation première que de noyer leurs soucis quotidiens dans la bière, à défaut de la prière. Et, à force de s’enivrer tous les jours, le fonctionnaire, le magistrat, le médecin, l’infirmier, l’enseignant du primaire et du secondaire, le professeur d’université, l’étudiant, l’élève,  le militaire, le policier, le conducteur et le receveur d’un engin commis au transport en commun, la maraîchère, le vendeur ambulant, le motocycliste en arrivent à oublier qu’ils ont une famille à nourrir, des enfants à envoyer à l’école ou à l’université, une petite épargne à réaliser pour des imprévus, etc.

            Certains Congolais et Congolaises ne se préoccupent même plus du candidat à voter pour la présidentielle, la députation nationale, la députation provinciale, les communales, etc. Membres de tous les partis et plates-formes, de la majorité comme de l’opposition, ils sont prêts à marcher, à faire un sit-in, à assister au meeting d’un acteur ou actrice politique, à signer une pétition moyennant une petite enveloppe, un T-shirt, un pagne, surtout la promesse de « boire » après l’activité.

            Le pays est en train d’être peuplés de citoyennes et citoyens tellement versés dans l’alcoolisme qu’ils n’ont plus le goût de l’effort, des facultés suffisantes de discernement entre le bien et le mal. Il y en a qui sont ainsi en train de traverser des années, voire des décennies, sans s’inquiéter du lendemain personnel et collectif. Sourds aux messages des décideurs politiques fustigeant les antivaleurs et en appelant à la culture de la paix, de la fraternité, de la bonne gouvernance, de la tolérance, du travail, de l’amour de la patrie…les « alcooliques », toutes classes confondues, attendent les miracles du ciel pour la construction d’un nouveau Congo. Ce Congolais et cette Congolais abrutis par l’alcool se retrouvent dans la catégorie des compatriotes enclins à piller à la faveur d’une manifestation populaire, à ne respecter aucun bien public, à jeter des immondices partout, à vendre leurs voix au plus offrant lors des joutes électorales, à saper les efforts collectifs de reconstruction du pays, etc.

Des jeunes formatés à l’alcool dès le bas-âge

            En voyant des adultes prendre la bière à longueur de journée, tenir des propos et afficher des comportements indignes de leur âge, des jeunes pensent, dès leur bas-âge, se trouver à l’école de la bonne morale. En réalité, ils grandissent à l’école de la paresse, du moindre effort, de l’impolitesse, du mensonge, du vol, de l’impudicité, de l’irresponsabilité, de la violence, de l’abrutissement. Au contact de l’alcool à partir de 10 ou 11 ans, le petit garçon ou la petite fille voit son avenir tout tracé pour le monde de la criminalité, du banditisme, de la prostitution, du vol, du viol, de la mendicité, de l’oisiveté, de l’insouciance, de l’impunité, etc. Dépourvus de toute notion de civisme, de discipline, d’autorité…ils rêvent non pas d’un avenir à préparer à partir du banc de l’école, de l’université ou d’un centre d’apprentissage d’un métier (conduite d’un véhicule, mécanique, couture, menuiserie, charpenterie, coiffure, hôtellerie, briqueterie, agriculture, élevage, ajustage, jardinage, électricité-auto, électricité-froid) mais plutôt de celui fondé sur des actes négatifs, nuisibles à la société et au pays.

            Des générations entières sont ainsi en perdition, incapables de se rendre utiles à la nation par la force de ses bras ou de ses intelligences.

Vivement la réglementation de la vente des boissons alcoolisées

            Les animateurs des institutions de la République doivent se réveiller très vite et réglementer, de manière stricte, les heures d’ouverture et de fermeture des terrasses, leurs lieux d’implantation ainsi que le volume sonore de la musique qu’elles diffusent. Il n’est pas normal que la bière et une gamme illimitée d’alcools se vendent publiquement du matin au soir, au vu et su de petits enfants et à leur portée. Il est impensable que des sites comme les écoles, les universités, les hôpitaux, les cours et tribunaux, les parquets, les camps militaires et de la police, les marchés publics… abritent des débits de boissons alcoolisées en leur sein ou « cohabitent » avec.

            Selon une législation qui n’a pas encore été abrogée, les débits de boissons et autres terrasses ne devraient accueillir des clients qu’à partir de 18 heures et jouer leur musique, à un volume acceptable, jusqu’à minuit. Au-delà de minuit, tout tapage sonore est interdit. D’où vient-il que des décibels de musique commencent à être diffusés autour de 8-9 heures, pour ne s’arrêter qu’autour de 4-5 heures du matin, voire au-delà ? Les décideurs politiques ont le devoir de remettre de l’ordre dans le secteur du commerce de la bière et des alcools s’ils veulent que les Congolaises et Congolais ne sombrent pas dans la banalisation de leur avenir et de celui de toute la Nation.

            On rappelle que pendant la colonisation, les sociétés brassicoles avaient mission de gâter les nègres pour les empêcher d’échanger autour des problèmes du pays.

                                               Kimp

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