La bataille des provincettes : l’Ituri dit non à Kinshasa !

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Le projet de révision de la Constitution, après avoir fait couler abondamment encre et salive à l’ouverture de la session actuelle du Parlement, car confirmé par les présidents des deux chambres, semble avoir été éclipsé par d’autres centres d’intérêt. Alors que l’on continue de s’interroger sur les matières qui devraient effectivement faire l’objet de la révision consensuelle de la Constitution, les députés provinciaux originaires du district de l’Ituri, en Province Orientale, sont passés à la vitesse supérieure.
Ils viennent d’annoncer, pince sans rire, qu’ils vont proclamer, à partir du samedi 15 mai 2010, l’érection de leur district en province. Ils persistent et signent que le délai butoir fixé par la Constitution du 18 février 2010 pour le découpage du pays en 26 provinces expire le 14 mai à minuit. Par conséquent, constitutionnellement, rien ne s’opposera « l’indépendance » du district de l’Ituri de la tutelle de la Province Orientale.

 

 La bataille des provincettes est ainsi lancée à partir d’une des zones la plus troublée et la plus instable de la République depuis plus de 10 ans. De l’avis de l’option visant l’autonomie politique, administrative et financière de fait de l’Ituri, le non respect de la volonté du législateur à la date échue constituerait une violation de la loi fondamentale du pays. Et, dans cette partie de la République, on refuse d’assumer l’échec du découpage territorial.
 Dans ce coin de la Province Orientale, on a souvent fait au gouvernement central et provincial le reproche de ne pas bien maîtriser les paramètres sécuritaires, les dossiers fonciers et de mal utiliser les ressources minières et pétrolières qui y dorment. Il y a manifestement un ardent désir d’auto-prise en charge sur tous les plans, loin des interférences de Kinshasa et de Kisangani.
 Le pouvoir central installé dans la capitale va-t-il laisser l’Ituri se muer en province sans son aval ? Au regard de tous les drames humanitaires et sécuritaires qui s’y déroulent, il est permis d’en douter. En effet, il est impensable qu’au stade actuel, ce district encore en proie aux opérations de guérilla des rebelles ougandais de la LRA (Armée de Résistance du Seigneur), où l’autorité de l’Etat bat de l’aile, les communautés autochtones entretiennent une cohabitation conflictuelle depuis des lustres, où le contrebande des armes et des minerais bat son plein, où les milices armées internes ont du mal à accepter le discours de la paix, ce serait un gros risque pour les autorités provinciales et nationales de laisser faire.
 Alors, deux scénarii sont possibles : ou les Ituriens mettent une sourdine à leurs ambitions autonomistes ou ils s’en tiennent à un passage en force et voici le pays embarqué dans un nouveau cycle de violences. Ce qui trotte dans les esprits des élus de l’Ituri hante certainement beaucoup d’autres à travers les nouvelles provinces « constitutionnelles » du pays, chiffrées à 15. Les difficultés d’application de la décentralisation, spécialement au chapitre de la rétrocession des recettes au prorata de 40% sont en train de provoquer des frustrations de nature à ouvrir la voie à d’autres déclarations « d’indépendance ».
 Il faudrait vite calmer la fronde. Et, pour ce, il est souhaitable que le Parlement (Assemblée Nationale et Sénat) réactive rapidement sa commission mixte chargée de toiletter la Constitution, surtout la disposition relative à l’éclatement du pays en 26 provincettes.
    Kimp.

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