Kinshasa : les immeubles construits sur les caniveaux menacés de démolition

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A l’occasion de la remise des échantillons de véhicules tricycles aux bourgmestres de la ville de Kinshasa, le gouverneur Ngobila a délivré mardi 19 novembre 2019, à l’Hôtel de ville de Kinshasa, un message fort qui a fait dresser les cheveux sur la tête des promoteurs immobiliers de communes de la Gombe, Lingwala, Kinshasa et Barumbu.  A en croire ce message qui découle d’un constat malheureux, les immeubles résidentiels ou commerciaux érigés sur les trottoirs, avec quelques niveaux en sous-sols, bloquaient les égouts et bouchaient les caniveaux. Ils  empêchaient l’évacuation des eaux usées et autres matières fécales vers des anciens collecteurs. Et comme si cela ne suffisait pas, toutes les nuits et à chaque pluie, surtout à l’abri des regards indiscrets, quelques tuyaux ouverts clandestinement déversaient leurs contenus nauséabonds sur la chaussée. Bon débarras pour les promoteurs immobiliers qui n’ont pas eu à engager des dépenses pour vider les fosses septiques de leurs immeubles. Et cela depuis des années. Ainsi se réalisait le vidange des égouts avec tout ce qu’il entraîne des maladies de l’environnement.

            Pour le Chef de l’Etat qui a échangé dernièrement avec le gouverneur de la ville de Kinshasa sur la problématique des inondations de certaines artères et de certains quartiers marécageux dans la capitale, une seule option a été arrêtée. Celle de la destruction des immeubles à problèmes sur la carte de la ville. Il en est de même pour les bâtiments construits sur le lit des rivières et aux abords de cours d’eau. Fort de ce travail, l’Office de voiries et drainage pourra ainsi reconstruire les égouts et déboucher les caniveaux.

            Objectif visé par l’Hôtel de ville de Kinshasa, a indiqué Gentiny Ngobila, lutter efficacement contre les crues des eaux de pluies, afin de rendre la circulation routière plus aisée par temps de pluies et sauver certains quartiers marécageux du syndrome vénitien. Le recours aux pirogues et canots pneumatiques ne serait alors envisagé que dans les cas de catastrophes naturelles ou des crues du fleuve Congo.

            Comme mesures d’encadrement de cette option, le gouverneur de la ville a laissé entendre que ce grand travail sera précédé par la constitution d’une commission interministérielle mixte chargée de répertorier les immeubles dont la construction a enfreint les règles urbanistiques et qui  mettent en péril certains tronçons routiers comme le boulevard du 30 juin au niveau du quartier Socimat, devant l’immeuble du Programme alimentaire mondial,  l’avenue des Huileries, 24 novembre à la hauteur du Camp Colonel Kokolo et l’Université protestante au Congo, l’avenue de la Justice, l’avenue de l’Equateur, l’avenue Kasa-Vubu, l’avenue Kabambare, l’avenue Kalembe-Lembe pour ne citer que celles-là.

La démolition des constructions anarchiques souhaitée

            Outre le ciblage des immeubles visés par la future décision de démolition, les experts membres de la commission devront également voir si d’autres bâtiments pourraient échapper à cette sanction, moyennant des travaux de contournement dont la facture sera laissée à la charge des promoteurs. Il va de soi que sont également concernés les immeubles construits sur les pipelines de Congo Sep, les canalisations de la Regideso et les câbles moyenne et basse tension de la SNEL et qui entravent la fourniture du courant électrique, perturbant ainsi le réseau de distribution de l’électricité dans certains quartiers.

Ces constructions anarchiques ont été pour beaucoup  dans la détérioration des conditions de vie de populations de certains quartiers résidentiels. On se rappellera que le scandale urbanistique qui résulte aussi du morcellement des parcelles, a vu les acquéreurs se lancer dans l’érection des bâtiments en hauteur dont certains étaient dépourvus de fosses septiques, de parkings intérieurs et des égouts. Ces constructions  ont créé des problèmes d’évacuation des eaux de pluies déversées par les toitures des maison, sans envisager des solutions pour les parcelles voisines. Généralement, ces conflits de voisinage contraignent les propriétaires démunis à s’exiler, laissant derrière eux se livrer une compétition impitoyable des constructeurs en hauteur. Le plan cadastral de certains quartiers est si charcuté qu’on ne se retrouve plus dans les numéros d’identification des mini-parcelles ou la délivrance des certificats d’enregistrement pour des parcelles morcelées.

            En même temps que l’on envisage de remettre de l’ordre dans la construction des immeubles, on doit également  songer à démolir les immeubles mal construits et comportant des risques énormes d’écroulement pour le voisinage. Et en amont, les ministères de l’Urbanisme et Habitat et  des Affaires foncières devraient être plus regardants dans la délivrance des permis de construire et des titres de propriété. La complaisance devrait être bannie au sein de services administratifs et techniques de ces deux ministères qui s’érigeraient désormais en rempart pour le respect de la loi foncière et de normes de construction, en tenant compte des préjudices que de nouveaux immeubles pourraient causer auc tiers.J.R.T.

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