Kinshasa : le code de la route « assassiné »

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Avec une population de plus de dix millions d’habitants, Kinshasa est une mégapole confrontée aux problèmes de desserte  en eau potable, d’électricité, des routes… Les kinois n’ont pas eu la chance de voir des cols blancs ayant dirigé leur ville de 1960  jusqu’à nos jours construire plusieurs  nouvelles routes.  La quasi-totalité des artères  dont dispose la capitale ont été construites par les belges. 

         La carence des routes principales et secondaires couplée à l’augmentation exponentielle du charroi automobile à Kinshasa ainsi que la « disparition » du réseau  ferroviaire, l’indiscipline des conducteurs  sont  à l’origine des embouteillages  quotidiens dans la capitale.  Ce problème n’allait pas susciter autant d’inquiétudes  si les chauffeurs respectaient  le Code de la route.

         Dans un passé récent, les policiers commis à la régulation de la circulation routière arrivaient tout de même à maîtriser les automobilistes.

         Mais depuis un certain temps, plusieurs hommes qui se croit être «d’en haut» coincés dans des embouteillages pendant plusieurs minutes, ont pris la mauvaise habitude de faire fi du Code de la route.

         Ces gens ne se gênent pas  d’emprunter le sens contraire de la route. Ne voulant pas être en reste, des hommes « d’en bas » leur ont emboîté le pas. 

         « Mopila, lia mbua, ndlr, chauffeur empruntes le sens inverse de la route » ; lancent certains usagers de la route aux conducteurs.

         Les cas d’incivisme  routier sont enregistrés dans la quasi-totalité des artères de Kinshasa.

Prenons le cas de la route des Poids Lourds où  la circulation routière se complique souvent peu avant d’arriver à l’arrêt Baramoto ou encore vers la 14 ème rue Limete.

         Quand des taximen, conducteurs des bus 207,  et  même certains chauffeurs des bus Transco qui se dirigent vers Tshangu  voient au loin  un embouteillage avant « Baramoto » ou  vers la 14ème rue, ils délaissent l’aile de la route  où ils se trouvent pour se déporter vers le sens inverse, laissant parfois une seule bande aux chauffeurs qui remontent vers le Centre-ville. Et si les forces de l’ordre s’en mêlent, on enregistre des grincements des dents car certains agents  recourent à la force (trouer les chambres à air ou pneus ou encore enlever des plaques) des chauffeurs peu respectueux d’ordre.

Les « habitués » de la route des Poids Lourds poussent un ouf de soulagement dès qu’ils dépassent la 14ème  rue car le ballet  incessant des véhicules qui se dirigent vers le boulevard Lumumba ou vers Tshangu et qui ont emprunté la bretelle de ladite rue  et se croisent dans ce « carrefour », donne des sueurs froides aux automobilistes et policiers de roulage.

         La bretelle qui va de « Baramoto » jusqu’à Funa  ou vers la 1ère rue Limete  est devenue un véritable casse- tête pour des usagers de la route. Des automobilistes désemparés « créent » plusieurs  bandes pour s’en sortir mais passent plusieurs heures là-bas.

         Il en est de même du boulevard Lumumba, principale voie qui même vers Tshangu mais aussi vers le Centre –ville où se forme des embouteillages monstres pendant les heures de pointe. Des bouchons sont visibles  déjà vers la 1ère rue et parfois tout le long de cette importante artère. Férus de « demi- terrain », les bus en partance de Tshangu déversent les passagers à l’arrêt Debonhomme et de là les usagers de route  prennent un autre moyen de transport pour arriver à Ndjili, Kimbanseke, Masina…… Le tronçon Debonhomme – Tshangu donne des sueurs froides aux chauffeurs qui  créent plusieurs bandes ou se déportent, malgré les séparateurs vers l’autre aile de la route pour s’en sortir.

A priori, la situation est beaucoup plus compliquée pour les chauffeurs qui  sont sur le boulevard Lumumba et veulent  s’engager sur la seconde entrée de Ndjili ou « bretelle Kimbuta ».

         Des cas d’incivisme routier sont enregistrés également sur des artères comme Nguma, la route de Matadi Kibala, la route de By Pass, l’avenue Mondjiba…

         Devant l’ampleur de ces dérapages, les policiers de roulage tentent parfois de limiter les dégâts ou encore moyennant un petit pourboire, cautionnent le mal.

         En somme le problème qui se pose s’il y a multiplication des bandes et déportation des chauffeurs dans le sens contraire est que les véhicules appelés à remonter sont également bloqués. Mais si policiers et conducteurs jouent correctement leurs partitions, la situation peut se décanter en un temps moins long.

         On verra si la réhabilitation du réseau ferroviaire à Kinshasa  dans les mois à venir va amoindrir ce concept « d’assassinat » du Code routier.

Jean-Pierre Nkutu

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