Kingabwa a tremblé

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Kingabwa vit depuis le début de cette semaine, dans une sorte de bouclage permanent mené par les éléments de la Police nationale de l’unité Simba qui recherchent tous les marginaux et autres sans-abris qui squattent  les quartiers de cette bourgade. Dans le cadre de cette opération, les policiers ramassent également à travers les rues, les sans emplois qui ne disposent d’aucune pièce d’identité lors du contrôle. Un vrai nettoyage est en cours quand on sait que cette périphérie héberge des bataillons des chômeurs qui tôt le matin, envahissent les sociétés industrielles et les ports en quête de petits métiers.

La même opération a été déclenchée aussi depuis mardi dernier, dans les ports privés de Kingabwa dont Baramoto, Madail, Cela et autres Lomata, Dokolo et Mbassa où s’affairent à longueur des journées, des commerçants navigants, des voyageurs, des marchands ambulants, des porteurs et des pick-pockets. Et même des policiers et autres éléments des Fardc non de service s’y retrouvent. Un vrai marché de produits vivriers s’y déroule à chaque arrivée des bateaux et des baleinières en provenance de l’Equateur, de Kisangani, d’Ilebo et de Bandundu.

Et c’est au port Baramoto qu’avant-hier, les choses se sont gâtées. A en croire plusieurs sources, des policiers de l’unité Simba sont allés déloger les marginaux qui habitent dans les barges désaffectées. Devant le refus de certains d’entre eux de sortir de leur refuge, ils ont tiré plusieurs coups de feu en l’air, créant ainsi la panique dans les installations portuaires et les environs. Dans la débandade générale, plusieurs personnes sont tombées dans le fleuve. Celles qui savaient nager, ont pu sortir des eaux, tandis que les autres se sont noyées. On laisse entendre qu’il y aurait eu plusieurs morts qui restent à être confirmés dans les jours à venir.

Hier, le corps d’un jeune garçon habitant Kingabwa a immergé vers 16 heures. Selon une source, le cadavre de cette victime non identifiée a été repêché par ses parents entourés d’une centaine d’amis du quartier. C’est dans cette ambiance surchauffée que la population de Kingabwa a érigé des barricades sur la route des Poids lourds, brûlant des pneus et menaçant de s’en prendre aux éléments des forces de l’ordre. La tension était montée de plusieurs crans, a indiqué une autre source qui craignait la généralisation des troubles et la paralysie des activités commerciales et industrielles dans cette partie de la ville.

Entre le pont Bitshaku-Tshaku et l’ex-Iveco, la circulation était interrompue, au point que les travailleurs de l’Onatra et des autres entreprises commerciales du centre-ville  ont dû prendre le train, les véhicules préférant pour raison de sécurité emprunter le boulevard Lumumba en passant par l’aéroport de Ndolo. Tout le long de ce tronçon allant de la Gare centrale de Kinshasa et l’ex-société Uzam, on voyait des jeunes-gens armés de machettes, des bâtons et autres grosses pierres, positionnés sur la chaussée et crachant leur colère contre les policiers.

Appelés en renforts, des éléments de la police ont envahi Kingabwa, et dégagé la route des Poids lourds. Il a fallu attendre des heures plus tard pour voir la circulation reprendre timidement.

L’on croit savoir que les jours à venir ne seront pas de tout repos pour la police nationale, accusée à Kingabwa, d’être à la base de ces morts par noyade dans le fleuve Congo.

S’il est vrai que l’opération Kin-propre avait toute sa raison d’être, les observateurs déplorent le recours aux armes de guerre par des policiers, dans des opérations de maintien de l’ordre public. La méthode de tirs en l’air, a toujours fait de nombreuses victimes, quelquefois dans les rangs des innocents qui attrapent des balles perdues.

Pourtant, l’opération d’assainissement des quartiers devait se focaliser sur l’évacuation des marginaux et autres sans emploi qui encombrent les ports privés.

Nous osons croire que la Police nationale congolaise qui tient à demeurer en harmonie avec la population qu’elle est appelée à protéger s’abstiendra de faire recours aux armes de guerre pour privilégier les matraques, les casques, le bouclier de protection, et les grenades lacrymogènes.    

                                   J.R.T.

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