«Kin-propre» : halte aux dérapages policiers !

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Kinshasa-81L’opération «  lutte contre les marchés pirates », bien que désapprouvée par la grande majorité de notre population, compte tenu de ses effets collatéraux sur des milliers de ménages démunis, poursuit de plus belle son bonhomme de chemin dans la ville de Kinshasa. Non seulement elle continue à causer de nombreux dégâts, mais aussi à créer de nouveaux bataillons de chômeurs, et qui sait, autant des mécontents et même des marginaux « économiques ».

Ainsi au nom de la lutte pour l’assainissement et la salubrité publics, à laquelle tiennent particulièrement les autorités de la ville, les milliers de petits opérateurs économiques du secteur informel, comme on peut s’en rendre compte, sont rangés de nos jours dans le camp des « espèces commerciales à éradiquer », s’ils n’acceptent pas de se regrouper en coopératives, de s’enfermer dans des parcelles, de s’agglutiner dans des marchés ou de se convertir à d’autres activités commerciales tolérables.

Et chaque jour, les patrouilles pédestres et motorisées effectuent leurs rondes dans les rues de Kinshasa, pour raser les vestiges de commerces érigés le long des chaussées. Même des vendeurs ambulants qui se sont repliés dans les couloirs des galeries des immeubles clôturés, sont pourchassés et neutralisés. Le spectacle est désolant  : chaises en plastique, tabourets et parasoleils emportés, sinon cassés et brûlés. Des commerçants en larmes implorent la restitution de leurs marchandises. D’autres se jettent aux pieds des policiers pour solliciter la compassion. Il y en a même à qui on a extorqué des fonds qui réclament d’être «  tués » parce qu’ils n’ont plus de raison de vivre sur cette terre d’incompréhension et de cruauté humaines.

Et c’est ici que l’on enregistre maints dérapages et des abus multiples de la part des éléments commis à cette opération. Si les uns y vont avec toute la cruauté, brutalisant les vendeurs, déversant leurs marchandises, d’autres n’hésitent à s’approprier, avec un coin de sourire aux lèvres, les biens de leurs victimes. Les quelques faits relevés par-ci par-là dénonçant l’extorsion de quelques brochettes, des morceaux de croupions de dindes grillés, qu’on empoche dans des uniformes et qui vont constituer tout un repas, ne sont pas de nature à rassurer sur l’esprit de discipline qui doit accompagner cette opération. Que dire de quelques billets de banque saisis sur les cambistes et dont la destination est inconnue, ou des cartes prépayées qui ne figureront pas dans les rapports des rondes des quartiers, ou des beignets des pains arrachés dans les mêmes circonstances ?

Des policiers qui chassaient dernièrement une vendeuse des beignets sur l’avenue Bandundu, à Gombe, ont administré des coups de pied à la poêle remplie d’huile très chaude. Le contenu s’est malheureusement déversé sur la jambe de l’infortunée. Elle s’en est sortie grièvement brûlée. Et comme si cela ne suffisait pas, ils l’ont appréhendée et acheminée à leur poste, sans se préoccuper de son état.

D’autres agents se sont acharnés sur les vendeurs de quincaillerie d’occasion. Décidés à défendre leur profession et à exprimer leur misère, ces derniers ont menacé de s’en prendre à eux, s’ils ne leur laissaient pas l’occasion d’aller entreposer leurs marchandises dans des dépôts.

Des incidents de ce genre sont désormais légion à travers la ville, au point que les policiers ne renoncent aux saisies que moyennant négociation. Seuls les vendeurs têtus et indisciplinés, peut-on constater aujourd’hui, subissent la rigueur de la loi, ainsi que des brutalités de la part des policiers grincheux.

A la lumière de nombreux cas de dérapages, il y a lieu que cette opération soit recadrée, notamment en écartant les éléments indisciplinés qui excellent dans des abus, et vont jusqu’à pénétrer dans des concessions clôturées et des immeubles pour y déloger les petits ateliers de serrurerie et de cordonnerie.

                                                                                                              J.R.T.

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