Kasaï Central : Martin Kabuya destitué

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«Vox populi, vox dei», disent les latinistes. L’Assemblée provinciale du Kasaï Central vient  de matérialiser la volonté de son mandant, par la destitution de celui qui ne manifestait aucune considération à l’endroit de la population qu’il traitait, par ailleurs, avec dédain et mépris, oubliant expressément que toute gestion de la chose publique est censée donner satisfaction aux attentes de la multitude.

            18 voix contre 12 sur un total de 30 députés provinciaux ayant pris part au vote: c’est le résultat qui a sanctionné la mise aux voix de la motion de censure contre le gouverneur Martin Kabuya et son gouvernement, déposée le lundi 22 juin dernier.

            Il importe  de signaler que ce vote a eu lieu en l’absence du concerné, qui n’a pas daigné répondre à l’invitation de l’organe délibérant, afin de présenter ses moyens de défense.

            Fidèle à ses habitudes, Martin Kabuya n’a pas compris que les choses ont changé, pour se plier aux exigences de la loi, mais a décidé de briller par son absence croyant qu’il allait bloquer la machine de sa destitution. Mauvais calcul qui n’a pas pris en compte la détermination des des députés provinciaux dont certains ont été victimes de son arrogance et mépris.

            Saisi régulièrement par le président de l’Assemblée provinciale, Patrice Aimé Sesanga, le lundi, conformément au règlement intérieur de l’Assemblée provinciale, le gouverneur devait se présenter hier à la plénière pour présenter ses moyens de défense face aux griefs retenus contre lui. Mais, il s’est contenté d’écrire à l’organe délibérant pour solliciter une semaine de réflexion afin de préparer sa défense. Une demande que la plénière a rejetée parce que non seulement qu’elle violait le règlement intérieur, mais également considérée comme piège que Martin Kabuya voulait tendre à l’Assemblée provinciale.

            Non content, le gouverneur destitué promet d’engager la bataille juridique dans l’espoir de reprendre son fauteuil.

            Cependant, la tombée de Martin Kabuya a aussitôt provoqué des liesses de joie des Kanangais qui sont immédiatement dans les rues pour fêter la destitution de celui que d’aucuns considéraient colon à la tête de la province. Pour les observateurs, il sera difficile pour Martin Kabuya de gagner la bataille juridique au vu de la manifestation populaire tout à fait spontanée dès que sa destitution a été annoncée.

Dom

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Rubrique : Actualité

SYNAMAC : une pétition et une requête pour bloquer Minaku et Sakata

            Fermement opposés à la désacralisation de leur pouvoir par les députés nationaux, les membres du Syndicat National des Magistrats du Congo, ont tenu hier mercredi 24 juin, à la Cour d’appel de Kinshasa/Matete, leur assemblée générale avec à l’ordre du jour, un seul point, à savoir «  Propositions de lois de Minaku et Sakata sur la réforme de la magistrature ».

            La rencontre, qui a lieu dans le strict respect des mesures de prévention et des gestes barrières contre la propagation du covid-19, a débattu sereinement de ce que les violations de la Constitution. Les magistrats se sont engagés à lutter jusqu’au bout pour sauvegarder leur indépendance vis-à-vis des pouvoirs législatif et exécutif.

            C’est dans ce cadre qu’a débuté la campagne de collecte des signatures pour ficeler une pétition à soumettre au magistrat suprême qu’est le Chef de l’Etat, afin de lui faire part de la flagrance de l’inconstitutionnalité des textes de Minaku et Sakata. Une fois de plus, ils entendent montrer au Président de la République, les dessous de ce forcing législatif avec comme soubassement, des manœuvres de déstabilisation du pouvoir judiciaire dont on ignore les conséquences immédiates et lointaines.

            Ce n’est pas tout. Les magistrats ont également préconisé la rédaction d’une requête en inconstitutionnalité contre les propositions de lois d’Aubin Minaku et Sakata à déposer à la Cour constitutionnelle. Un seul mot d’ordre : une vive opposition à l’initiative de ces deux députés nationaux.

            Pour la petite histoire, ce bras de fer qui s’engage aujourd’hui entre l’Assemblée nationale et les magistrats a débuté avec l’attaque de la forteresse de « l’indépendance du pouvoir judiciaire » par certains députés nationaux de la majorité. L’assaut a en effet, démarré par des critiques verbales virulentes de leur présidente, Jeanine Mabunda, stigmatisant « la République des juges ». Il a pris au fil des jours et des événements, la forme d’une rébellion ouverte quand l’Assemblée nationale s’est opposée dernièrement aux arrêts du Conseil d’Etat rendus dans l’affaire Jean-Marc Kabund. Jusque-là, on était loin de s’imaginer que les parlementaires par crainte des représailles de la population frileuse des remous politiques, allaient prudemment mettre leur coup de force sous l’éteignoir pour privilégier un climat de paix et de coexistence pacifique pendant cette période de crise sanitaire. Comme leurs visées déstabilisatrices n’étaient pas assouvies, ils sont revenus à la charge avec des propositions de loi essentiellement ficelées pour remettre en cause l’indépendance du pouvoir judiciaire. Deux éclaireurs de ce complot mus par des velléités bellicistes d’une famille politique, ont pris le risque d’initier et d’endosser les textes proposés au Bureau de l’Assemblée nationale. Le dossier sentant le soufre a soulevé des débats dans les partis politiques jusqu’à atteindre la rue.

            Et comme il fallait jouer sur l’effet de surprise, les textes ont été soumis en toute précipitation pour toilettage à la Commission  politique, administrative et juridique avant d’être programmé pour débat et délibération à la plénière. La manœuvre subtile ne pouvait que soulever des foules qui luttent pour l’instauration en RDC, d’un véritable Etat de droit. J.R.T

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