Kampala : un fiasco voulu par Kagame

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Ce que l’on craignait s’est finalement produit. Ouvert le mardi 07 août 2012, le sommet de Kampala s’est terminé hier mercredi 08 sur une note noire, à savoir l’impossibilité d’un compromis entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda au sujet de la configuration de la « Force internationale neutre » appelée à sécuriser leur frontière commune et à éradiquer toutes les forces négatives, dont le M23, qui y entretiennent l’insécurité.

 La délégation rwandaise, pilotée par le président Paul Kagame en personne, s’est farouchement opposée à l’idée de constituer cette force neutre autour d’un noyau appelé « Monusco » (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo). C’était pourtant, de l’avis des délégués congolais conduits par le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, l’une des possibilités de contourner les difficultés logistiques et financières qui gênent la matérialisation du projet. La Monusco pouvait aussi servir de point focal pour les troupes étrangères ignorant le territoire et les ralités des grands Lacs.
Dans l’entendement de Kigali, cette « Force internationale neutre » devrait être exclusivement composée de soldats et officiers en provenance des Etats membres de la Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs (Ouganda, Rwanda, Burundi, Tanzanie et République Démocratique du Congo).

 Compte tenu des positions inconciliables de Kinshasa et Kigali, les participants ont trouvé le moyen d’atténuer l’échec en décidant de mettre sur pied un comité des ministres de la Défense du Rwanda, du Burundi, de l’Ouganda, du Congo/Brazzaville, de la Tanzanie, de l’Angola et de la République Démocratique du Congo chargé de réexaminer le projet de mise en place de la « Force Internationale neutre » le long de la frontière congolo-rwandaise. Cette structure, dont le calendrier de travail n’a pas été précisé, mais qui pourrait se réunir au mois de septembre, est placé sous la présidence du ministre ougandais de la Défense.
Quant aux participants à la réunion de Kampala, ils pourraient se retrouver dans quatre semaines pour faire l’état des lieux.
 En clair, on rentre à la case départ. Car, contrairement à la volonté de l’Union Africaine et des Nations Unies de voir le sommet de Kampala poser les premiers jalons de la « Force internationale neutre » décidée à Addis-Abeba et acceptée par les délégués de la RDC et du Rwanda, tout est à refaire.

Kagame, le « Régent » de la RDC ?

 A ce propos, les observateurs avertis ne sont nullement surpris. On se rappelle qu’au lendemain de la clôture du Sommet extraordinaire de l’Union Africaine tenu le 17 juillet 2012 à Addis-Abeba, le président rwandais, Paul Kagame avait d’ores et déjà disqualifié la Monusco comme force neutre, l’accusant d’opérer en collusion avec l’armée nationale congolaise. Lorsque l’on examine le fond de la position rwandaise, l’on se rend compte que Kigali ne veut pas de témoin gênant dans la partie Est de la République Démocratique du Congo.
 C’est ainsi qu’il prend systématiquement en grippe toute structure onusienne présente sur le territoire congolais. On sait que depuis les révélations du panel des experts des Nations Unies sur l’appui du Rwanda aux mutins du M23 et les sanctions financières prises contre le régime de Kigali par les USA, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les Pays-Bas, le président rwandais est diplomatiquement fragilisé.
 Dans ses tentatives désespérées de changer ses « mensonges » en « vérités » au sujet du dossier sécuritaire du Nord-Kivu et des activités du M23, il commence à se comporter comme le « Régent » de la République Démocratique du Congo, se permettant de donner ses avis et considérations sur la Monusco, comme si cette dernière était basée en territoire rwandais et allait exécuter sa mission de « force neutre » dans une province du Rwanda. De quel droit s’improvise-t-il censeur d’une structure onusienne qui, en dépit de ses faiblesses, donne entière satisfaction aux décideurs et au peuple congolais ?

Echec sans surprise pour les Congolais

 A dire vrai, le commun des Congolais pressentait l’échec des assises de Kampala, dès lors qu’il était acquis qu’il serait impossible aux délégués du Rwanda de « dribbler », pour la énième fois, leurs interlocuteurs congolais. Quant à ceux-ci, ils ne pouvaient ignorer la dynamique intérieure (chrétiens catholiques, confessions religieuses, partis politiques, société civile) opposée à tout projet de force neutre de nature à mettre en péril la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de notre pays.
 Cet état d’esprit était si fort que tout marché de dupes, à l’image de l’Accord du 23 mars 2009 avec le CNDP ou de l’Accord d’Addis-Abeba avalisant la mise en place d’une « Force internationale neutre » sur la ligne de démarcation entre la RDC et le Rwanda, risquait de signer la révolte de tout un peuple. Les Congolais ne veulent pas entendre parler de troupes étrangères ou d’un nouveau deal ayant pour dessein inavoué l’affaiblissement du Congo comme Etat indépendant et souverain. En attendant que les ministres de la Défense du Rwanda, du Burundi, de l’Ouganda, de la Tanzanie, du Congo/Brazzaville, de l’Angola et de la RDC revoient la copie de l’Union Africaine sur la force neutre, le peuple congolais peut se réjouir de l’identification formelle du M23 comme le principal élément perturbateur de la paix au Nord-Kivu, sous le parapluie protecteur de Kigali.

Kimp

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