Kamerhe : l’acte 2 démarre par le maintien en détention

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Condamné à vingt ans de travaux forcés, Vital Kamerhe est allé en appel à la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe. La première audience auprès de cette instance s’est déroulée le vendredi 24 juillet 2020. Une audience courte, limitée à quelques échanges entre les avocats de la partie civile et ceux de la défense. Un seul point au centre du débat : la régularité de la saisine.

            La Cour ayant constaté que la partie civile n’était pas régulièrement saisie, l’audience a été renvoyée au 7 août prochain. Un délai aussitôt mis à profit par la défense pour introduire une demande de mise en liberté provisoire. Une de plus, après celles introduites à chacune des précédentes audiences des Tribunaux de paix (Kinshasa/Matete) et de Grande Instance (Kinshasa/Gombe).

            La nouvelle tentative d’obtention de la liberté ne s’est pas révélée concluante. C’est donc en détention que le prisonnier va attendre l’audience du 7 août prochain. Une décision intervenue 24 heures après la requête introduite par ses avocats au terme de l’audience inaugurale du 24 juillet 2020.

            La raison majeure de son maintien en détention est la présence d’indices sérieux de culpabilité déjà à la base de sa condamnation en Grande Instance.

            En effet, poursuivi avec Samih Jammal dans le dossier des maisons préfabriquées, Vital Kamerhe comme son co-détenu Samih Jammal font face à trois préventions :

1) détournement des deniers publics,

2) blanchiment des capitaux

3) corruption et enrichissement illicite.

            Lors du procès en Grande Instance, les avocats de Vital Kamerhe avaient plaidé l’innocence du prévenu et l’intéressé lui-même s’était attaché à souligner qu’il n’avait rien fait, rien signé et rien perçu. Mais cette ligne de défense avait été pulvérisée par les avocats de la République qui ont rappelé la jurisprudence congolaise en matière de détournement, qualifié à l’occasion de détournement d’intellectuel.  Vital Kamerhe a été peint comme le chef d’orchestre d’un détournement monstrueux et bien pensé, un « détournement d’intellectuel » selon la qualification de la défense. Pour preuve, il élabore un plan de décaissement qui prévoit 58 millions de dollars pour la construction des maisons préfabriquées. Quelques jours plus tard, Samih Jammal surgit avec une facture reprenant exactement le même montant. Pour la défense, il y a eu une entente préalable. Puis, interviennent des demandes de paiement qui prennent curieusement la direction du ministère des Finances au lieu de celui du Budget. Ensuite, c’est le suivi de ces demandes de paiement qui surprend. Il est régulier, très insistant, au motif qu’il s’agit d’une urgence. Chose curieuse, tout se passe sans soubassement, sans contrat ni avenant.

            Aussitôt les fonds décaissés, non seulement ils disparaissent du circuit bancaire mais ils ne laissent pas des traces. A peine sept millions de dollars seront retracés dans le cadre de l’exécution du marché.

            Où sont passés les autres millions ? Des nouveaux visages apparaissent, aussi bien du côté de la famille biologique de Vital Kamerhe que de Jammal. Des noms sont cités. Shangalume Nkingi Daniel alias Massaro, les enfants Jammal… bref, l’argent s’est évaporé dans des opérations de toute évidence mafieuses, autres que celle pour laquelle il a été débloqué en urgence par l’État congolais.

            Invité par le Parquet pour expliquer l’origine de sa fortune soudaine et ses achats multiples dans le domaine immobilier, le nouveau millionnaire Massaro, cousin de Vital Kamerhe, prend la poudre d’escampette. Réflexe de peur ou de culpabilité ? On ne va pas tarder à le savoir. Mais après d’intenses recherches, il sera débusqué dans la plaine du Kwango et ramené à Kinshasa pour être enfermé à la prison centrale de Makala. Où il a comparu, pour la première fois, devant le TGI/Matete le 24 juillet 2020, au moment même où Vital Kamerhe, Samih Jammal et Jeannot Muhima démarraient de leur côté l’acte deux de leur saga judiciaire en chambre foraine, à la même prison, devant la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe.

Le Phare

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