Kallé Jeef, le grand oublié du 30 juin !

0
88

Plusieurs précurseurs et pionniers de l’indépendance ont bénéficié à titre posthume, en marge du Cinquantenaire de l’indépendance, des distinctions honorifiques. L’on ne peut que se réjouir de l’hommage leur rendu après plusieurs décennies d’oubli. Hélas, un grand absent a été signalé après observation de l’illustre « podium » des immortels : Joseph Kabasele, mieux connu sous le nom de scène de « Kallé Jeef ». 

            Artiste musicien, auteur-compositeur et meneur d’hommes hors pair, le défunt avait fait preuve, de son vivant, d’un patriotisme sans égal et d’une clairvoyance politique que lui enviaient nombre d’acteurs politiques. C’est vraiment frustrant que ce fils du pays ait été relégué dans les oubliettes au moment où la Nation s’est mise à se souvenir de tous ceux qui l’avaient servie de manière exceptionnelle.

            Pourtant, ses contemporains se rappellent qu’il était en avance sur son temps. On sait que les politiciens et les médias congolais avaient commencé à parler de la décolonisation du Congo Belge dès l’aube des années ’50. Les discours sur l’indépendance se sont multipliés au cours de l’année 1958, jusqu’à la date fatidique du 4 janvier 1959. Et puis, dès l’annonce de la Table Ronde politique de janvier-février 1960, les musiciens ont pris la tête de la campagne de sensibilisation autour de la libération de la mère patrie du joug colonial belge, de l’unité nationale, de la paix, de la justice, de la fraternité, de la gestion responsables des affaires publiques, de la cohabitation pacifique avec les Etats voisins, etc.

            Un ensemble musical s’est particulièrement mis en vedette dans la vulgarisation du message de l’indépendance : African Jazz. Grâce ses petits génies dont Joseph Kabasele « Kallé », Roger Izeidi, Nicolas Kasanda « Nico », Déchaud Muamba, Pascal Tabu « Rochereau »…, l’hymne de la libération du peuple congolais, entonné à partir de Kinshasa, a été porté au loin. Les chansons patriotiques de l’African Jazz telles que « Table ronde, « Indépendance cha cha », « Ebale ya Congo », « Tolingana-toyokana » diffusées sur les antennes de la radio nationale et des radios provinciales ainsi que sur disques « 33 tours » dans les bars et les habitations ont contribué à une large information des Congolaises et Congolais sur les enjeux présents et futurs du Congo indépendant.

            La bande à Kallé a carrément damé le pion aux poids lourds de la scène politique congolaise qu’étaient Kasa-Vubu, Nzeza-Landu, Diomi, Kanza (père), Lumumba, Ileo, Gizenga, Gbenye, Tshombe, Munongo, Kalonji, Ngalula, Weregemere, Bolikango, Kamitatu, Kashamura, etc.

            C’est en entendant Kallé et l’African Jazz chanter et jouer des airs dédiés à l’accession du pays à sa souveraineté nationale et internationale que des millions de compatriotes ont saisi la portée réelle des changements politiques et économiques qu’était en train de subir l’ex-Congo Belge.

            La musique a constitué, pour le cas d’espèce, un puissant vecteur de l’éveil politique et patriotique chez le commun de Congolais. Aujourd’hui encore, 50 ans après, les chansons de l’African Jazz continuent de nous rappeler l’indépendance comme un événement mémorable. En les auditionnant et en prêtant attention aux thèmes développés, on ne peut manquer de rendre hommage à Kallé et sa troupe, pour leur précieuse contribution à la naissance d’un nouveau Congo, malheureusement trahi par les pères de l’indépendance eux-mêmes, aussitôt après le retrait de l’administration belge.

                                   Jacques Kimpozo

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

*