Journées de réflexion sur la RDC à Kisangani : verdict des intellectuels, «l’Etat congolais est mort ! »

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Des journées de réflexion sur la crise politique, économique et sociale en République Démocratique se sont tenues le week-end dernier dans la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo.

Organisées à l’initiative du Dr Denis Mukwege, le célébrissime gynécologue « réparateur » des femmes dans son hôpital de Panzi, dans la périphérie de Bukavu, l’ironie du sort a voulu qu’il soit le grand absent de ce rendez-vous des intellectuels congolais. Pour des raisons inexpliquées, il n’a pas été autorisé à sortir de Bukavu, sa ville de résidence.

En dépit de cette notable absence, des idées-forces ont abondamment circulé autour du thème « La responsabilité des intellectuels face à l’Etat en péril ». Le constat largement partagé à cette occasion était que « l’Etat est mort » et bien mort, en République Démocratique du Congo. « Il a été assassiné par l’obscurantisme », dixit le professeur
Antoine Ngule. Et les intellectuels n’ont pas nié leur part de responsabilité dans la descente aux enfers de la mère patrie.

Non aux médiocres…
Plusieurs sommités intellectuelles congolaises ont pris part à ces
journées de réflexion. Le professeur André Mbata, juriste
constitutionnaliste de renommée tant nationale qu’internationale, a
martelé que « nous ne devons pas laisser la politique aux médiocres.
L’intellectuel doit parler. Quand rien ne marche, il ne doit pas être
neutre….Un intellectuel non engagé n’existe pas. L’intellectuel doit
défendre la vérité… En tant qu’intellectuels, nous avons globalement
trahi. Nous n’avons pas accompli notre mission. Toute génération doit,
à un moment, découvrir sa mission et après, soit l’accomplir, soit la
trahir… Nous sommes à Kisangani pas pour parler des individus. Nous
sommes là pour parler des valeurs, des principes ».
Et le professeur Jacques Djoli de renchérir : « Les syndicalistes de
la dictature sont tous ceux qui accompagnent les médiocres à détruire
le pays ».

Boutades à la Mungul Diaka…

On a connu, dans ce pays, un certain Bernardin Mungul Diaka alias «
Kiwuta », la « vipère », ministre de l’Education Nationale,
Commissaire du peuple, Gouverneur de Kinshasa, Premier ministre et
ministre d’Etat sous le régime du maréchal Mobutu, très célèbre dans
des boutades liées à la valse des ministres et chefs de gouvernement,
pendant que le Président-Fondateur restait l’immuable maître à bord.
D’aucuns, à Kisangani, ont cru l’entendre délivrer un message posthume
par la bouche du professeur Mathieu Kalele. On l’écoute : « les
Indopakistanais, les Libanais et autres sont au Congo et ont comme
préoccupation de créer des supermarchés. Par contre, les Congolais ont
comme préoccupation de créer des églises…Plus il y a des médecins
pédiatres, plus la mortalité infantile augmente…Plus il y a des
ingénieurs en ponts et chaussées, plus il n’y a pas de routes… Quand
un camion est en panne, il ne suffit pas de changer les pneus. Il faut
réparer le moteur et changer son mauvais chauffeur…Il faut tout
changer en profondeur et surtout le système politique… ».

Le système de corbillard…

Le professeur Alphonse Maindo a livré aussi sa perception de la crise
congolaise : « Nos dirigeants se font soigner à l’étranger, au lieu de
mettre les conditions qu’il faut dans le pays pour le bonheur de
tous…Il nous faut un gouvernement pastoral, qui prendre soin de tous
les Congolais. L’homme congolais doit également être réformé,
transformé et son habitude modifiée. On peut tout fuir, sauf sa
conscience…La RDC se retrouve dans un système de corbillard, où on a
des croque-morts qui ont comme seul métier d’accompagner au cimetière
les Chefs d’Etat congolais. Ils ont conduit Mobutu au cimetière… Ils
sont revenus et ont conduit Kabila-père au cimetière… Après le
pouvoir, on doit prendre sa retraite. Il y a une autre vie après le
pouvoir. On peut prendre la retraite même dans les affaires de Dieu.
Pour changer la RDC, il faut une révolution et non une réforme… ».
La compilation de ces idées lancées en vrac fait penser aux propos du
Cardinal Monsengwo en rapport avec les médiocres et ceux du pasteur
Ekofo en rapport avec la liquéfaction de l’autorité de l’Etat. Le
trait commun des réflexions des intellectuels est que le pays va mal
et que pour le remettre sur les rails, il faut une armée de vrais
patriotes, totalement engagés dans la recherche du bonheur collectif,
prêts à s’effacer de la scène une fois leur mission accomplie ou à
passer la main dès le constat de la limite de leurs capacités
intellectuelles et physiques.
*                       Kimp

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