Des jeunes chômeurs roulés dans la farine

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Nombreuses sont, ces derniers temps, des agences de placement qui voient le jour, dans la ville de Kinshasa, et dont les seules caractéristiques sont qu’elles sont sans attestations d’agrément du ministère de l’Emploi et de la Prévoyance, ni sièges et ni bureaux.
Inconnues de l’Office national de l’emploi et du secrétariat général au Travail, elles n’existent que dans des mallettes des nouveaux malfaiteurs en costumes et cravates opérant dans de réseaux ou quelquefois, avec un homme orchestre qui s’occupe seul de tout. Il est à la fois, chef d’agence, secrétaire, intermédiaire, agent de relations publiques et de liaison. Mais surtout responsable du recrutement et de la sélection des candidats et caissier.

Sous toutes ces casquettes, des escrocs patentés ont roulé de nombreux jeunes chômeurs dans la farine et ruinés tant d’autres, sans leur procurer un emploi correspondant à leurs profils.  Eux qui ont perçu 250 dollars et plus, ne donnent plus signe de vie, leur coup
réussi une fois, le magot empoché. Généralement, a indiqué une source policière, ils disparaissent, jettent les sims de leurs téléphones, afin de rompre tout contact avec les victimes qui ne savent plus où et comment les joindre et leur demander des comptes. Voici un modus operandi illustratif de cette forme d’escroquerie.

Sur une avenue de Lemba, un groupe de jeunes garçons s’amuse au jeu
de dames. Au cours du tournoi entre joueurs, survient un damiste
inconnu. Non seulement Papa Lopez fait des commentaires et dévoile par
ses remarques, qu’il est un professionnel mieux un as du jeu de dames.
Un appel téléphonique, puis un second et enfin, un troisième appel. Il
fixe le téléphone à son oreille et parle à haute voix à un
correspondant au bout du fil. Grâce au système de main libre, les
joueurs de dames peuvent suivre eux aussi toute la conversation. Au
fait, Papa Lopez, l’inconnu, bien vêtu et porteur d’une mallette, fait
part à son interlocuteur, d’une mission lui confiée par une grande
agence du système de Nations Unies basée à Kinshasa, pour lui proposer
une centaine d’informaticiens, de secrétaires de direction et des
agents de bureau. Et quelles sont les conditions pour être recruté ?
Acheter les formulaires de sélection à 25 dollars, constituer le
dossier d’emploi, subir le test de sélection et attendre les résultats
au téléphone. Au cas où le candidat voudrait se passer de l’épreuve
des élections, il doit glisser entre les mains du recruteur le montant
de 150 dollars en plus d’autres frais.
Intéressés, les joueurs de dames en profitent pour acheter des
formulaires de sélection qui sortent de sa mallette, un véritable
bureau mobile. Consigne particulière ? Son agence dénommée Simba
Placement Service «  SPS » n’accepte pas les documents portant des
ratures. D’où la précaution de se procurer deux exemplaires. Les uns
après les autres, quelques jeunes très enthousiastes remplissent le
premier critère. Un jour est fixé pour le retrait des formulaires
dûment remplis.
Des copies de test de sélection dont les questionnaires tournent
autour de la culture générale sont distribuées aux candidats inscrits
sur sa liste. Après avoir répondu aux questions, les copies retirées
sont enfermées dans de grosses enveloppes kaki portant le nom de
chaque candidat, son code et son numéro d’appel téléphonique.
Moins d’une semaine plus tard, les candidats reçoivent des appels de
Papa Lopez qui annoncent les résultats des tests. A ceux qui ont
réussi, on leur demande d’expédier via des numéros de compte de mobile
banking, des sommes oscillant entre 150 et 300 dollars. Papa Lopez a
ainsi amassé quelques fonds. Et depuis ce jour-là, son téléphonique
répond aux abonnés absents.
A Bandalungwa, un autre escroc du même acabit avait su appâter de
jeunes gens, filles et garçons, en quête d’emplois et qui voulaient
faire carrière dans un organisme international. Si le modus operandi
est légèrement différent, l’agent recruteur de l’autre agence ne
soumet pas les candidats au test. Il s’intéresse seulement au
curriculum vitae des candidats. Ne pas susceptibles d’être recrutés
que les candidats ne possédant une certaine expérience dans leur
domaine. L’Agence de référence de placement »  ARP » à la différence
d’autres structures similaires, donne priorité aux candidats novices
qu’il faut encadrer et recycler. Après avoir empoché un bon paquet, le
malfaiteur est non seulement injoignable, mais aussi introuvable à
Kinshasa.
Aujourd’hui, à la suite de nombreuses expériences malheureuses, des
jeunes en quête d’emplois ont fini par comprendre qu’il vaut mieux se
fier aux agences de placement reconnues par le ministère et ses
services spécialisés, disposant de sièges connus et des bureaux
visibles dans de communes de la capitale, que d’être contactés par des
agences mobiles de mallette.
J.R.T.

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