J.Kabila : dernier discours à l’ONU ?

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Le Chef de l’Etat congolais, Joseph Kabila, est signalé sur la liste
des intervenants de ce mardi 25 septembre 2015 à la tribune des
Nations Unies, à New York, dans le cadre de la 73me session de cette
institution planétaire. Présent sur le territoire américain depuis le
dimanche 23 septembre, son discours est fort attendu pour plusieurs
raisons. D’abord parce que la République Démocratique du Congo est
fichée, en Afrique, parmi les Etats où la démocratie peine à prendre
ses marques, à cause notamment des velléités des hommes au pouvoir en
place à Kinshasa de bloquer le processus démocratique en cours.
Ensuite parce que Joseph Kabila a officiellement renoncé, en août
dernier, à rempiler pour un troisième mandat, en désignant son dauphin
pour la présidentielle de décembre 2018. Enfin, à cause de
l’insécurité récurrente dans la partie Est du pays, d’un tableau
économique et social peu flatteur et d’un palmarès peu élogieux dans
le secteur des droits de l’homme, avec en toile de fond le dossier du
double assassinat de deux experts de l’ONU en mars 2017 dans le Kasaï,
dont le procès cache encore pas mal de zones d’ombres.

Dernière sortie à l’ONU ?

Si Joseph Kabila respecte l’engagement pris à travers son effacement
de la scène politique en faveur d’un candidat du FCC (Front Commun
pour le Congo) autre que lui pour la bataille présidentielle du 23
décembre 2018, l’on serait en droit d’affirmer que sa sortie de ce
mardi après-midi à New York ( 22 heures à Kinshasa) va être la
dernière devant ses pairs d’Amérique, d’Europe, d’Afrique, de l’Asie
et de l’Océanie, ou leurs représentants. En paroles, ça ne lui
coûterait rien de confirmer ce que son entourage ressasse à longueur
de journée, à savoir qu’il va respecter la Constitution. Autrement
dit, il serait prêt à passer la main à son successeur qui sortira des
urnes en décembre prochain.
A en croire Barnabé Kikaya, le chef du collège de ses conseillers
diplomatiques, son propos pourrait se focaliser sur l’état
d’avancement du processus électoral. A ce sujet, il va certainement
rappeler à tous que le train des élections a quitté la gare et que
ceux qui ne l’ont pas pris ont eu tort. Le hic se trouve cependant
dans les germes de conservation du pouvoir qui se manifestent à
travers l’insécurité qui remonte en flèche à l’Est (Beni-Butembo), au
Nord (Ituri), au Sud (Lualaba), au centre (Kasaï), le spectre des
fraudes électorales avec la machine à voter et 16,6 % d’électeurs sans
empreintes digitales, le refus de libérer les prisonniers
emblématiques, l’interdiction des manifestations publiques à
l’opposition et le feu vert à la majorité au pouvoir, les incertitudes
du financement du processus électoral, etc.
Le doute sur l’engagement de l’actuel Chef de l’Etat de prendre sa
retraite politique est d’autant entier qu’il a pris deux ans de «
glissement » de mandat avant de se choisir un dauphin, dans un
contexte de fortes pressions internes et externes, avec, en prime,
plusieurs dizaines de martyrs de la démocratie ayant payé le prix du
sang dans des manifestations anti-troisième mandat. S’il tient parole…
tant mieux…mais s’il se permet de dribbler tout le monde… tant pis !

Insécurité : sérieuse menace pour le processus électoral

Comme en 2006 et 2011, le peuple congolais risque de se rendre aux
urnes, en décembre prochain, dans un climat d’insécurité totale au
Nord, à l’Est, au Sud et au Centre du pays. En dépit des assurances
des autorités politiques et militaires sur « le contrôle de la
situation » par les forces armées et la police, la paix durable y est
absente. Et certains observateurs pensent que l’insécurité pourrait
s’inviter, le moment venu, comme « force majeure » de nature à
perturber ou bloquer le processus électoral.
Ainsi donc, hormis les contraintes politiques, techniques et
financières capables d’empêcher les Congolais d’aller aux urnes à
l’échéance de décembre 2018, la contrainte sécuritaire serait le coup
de massue sur les têtes de tous ceux qui s’opposent à un nouveau
glissement de calendrier électoral.
Par conséquent, il va être du devoir du Chef de l’Etat de rassurer
la communauté internationale que les forces négatives ne vont pas
constituer un facteur de report des élections, d’autant que plus d’une
fois, il a eu à exiger, devant l’Assemblée générale des Nations Unies,
le retrait des casques bleus du territoire congolais, au motif que
l’armée nationale dispose des moyens humains et matériels à même de
lui permettre d’assurer la sécurité des personnes et des biens à
l’intérieur des frontières nationales. On attend impatiemment la
preuve de l’auto-prise en charge par la RDC, de ses problèmes
sécuritaires.
Un mot de Joseph Kabila sur la situation sociale et économique du
pays qui semble aller de mal en pis, à quelques mois de son départ du
pouvoir, est également fort attendu de ses compatriotes, de plus en
plus enclins à croire que la mauvaise gouvernance héritée des «
Mobutistes » continue à avoir la peau dure sous le régime des «
Kabilistes ».      Kimp

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