Interpellations et emprisonnements des mandataires : audit général et urgent des entreprises publiques

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Lorsque Le Phare donnait de la voix, depuis l’année dernière, pour exiger comme préalable à la nomination de nouveaux mandataires à la tête des entreprises publiques, l’initiation d’un audit général de leurs gestionnaires, des candidats aux postes et leurs parrains politiques y voyaient une campagne sans objet de dénigrement à l’endroit de ceux qui passaient pour de petits saints. Pressés de se partager le gâteau du Portefeuille, nombre de dignitaires du FCC (Front Commun pour le Congo) et de CACH (Cap pour le Changement), jouaient des pieds et des mains pour amener le Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi, à signer avec diligence les ordonnances devant permettre à leurs protégés de prendre ou de conserver la haute direction des « poules aux œufs d’or » de l’Etat.

Un heureux concours de circonstance pour le quotidien de l’avenue Lukusa, qui donnait l’impression de prêcher dans le désert, est que les interpellations judiciaires et la mise en détention provisoire à la Prison Centrale de Makala de plusieurs mandataires publics, pour cause de détournement des fonds liés au programme d’urgence des 100 jours du Chef de l’Etat, viennent de lui donner raison. Après la disparition, sans laisser des traces, des millions de dollars américains affectés aux travaux de réhabilitation et de modernisation des routes, ponts, écoles, hôpitaux, logements sociaux pour militaires et autres à Kinshasa comme au pays, beaucoup donnent aujourd’hui raison à sa rédaction.

            Même si aucun mandataire interpellé ou jeté en prison n’est encore condamné, la hauteur à peine imaginable des fonds détournés dans le cadre du programme d’urgence du Chef de l’Etat indique que les prévenus et ceux qui sont encore en liberté, doivent avoir fait pire au sein des entreprises publiques sous leur gestion depuis des mois ou des années. « Ata bayibaka, yiba ata moke » (même s’il faut voler, fais-le avec modération), clamait publiquement feu le Maréchal Mobutu Sese Seko, scandalisé par des rétro-commissions monstrueuses perçues par feu Eketebi, alors ministre des Transports, à l’époque de l’ex-Zaïre.

            On ne va pas donner un tel conseil à ceux qui sont sous mandats d’arrêt provisoires émis par les parquets généraux près les cours d’appel de Matete et de Gombe, et dont on attend qu’ils soient lourdement condamnés et sommés de restituer les deniers publics détournés, dans l’hypothèse où leur culpabilité serait établie, car la bonne gouvernance interdit de voler ne serait-ce un centime appartenant au contribuable congolais.

Non aux nominations… oui à l’audit général

            Compte tenu de la saga judiciaire qui émeut même les enfants de la rue de Gombe et d’ailleurs, la moindre des choses à demander aux « dignitaires » du FCC et de CACH est de sursoir à toute velléité de nouvelles mises en place dans les entreprises publiques et d’économie mixte. La nécessité d’un audit général des unités de production de l’Etat n’appelle plus de débat. Le gouvernement Ilunga devrait déclencher, toutes affaires cessantes, le mécanisme de contrôle des états financiers d’entreprises et services publics aux trésoreries toujours au rouge, avec des agents alignant des mois d’arriérés dépassant largement la vingtaine et des outils de production obsolètes, pendant que leurs mandataires et hauts cadres mènent un train de vie de magnats.

            C’est écœurant de voir des mandataires publics s’aménager des empires immobiliers et des parcs automobiles qui constituent une insulte à la misère de leurs employés et un pied de nez à l’Etat propriétaire, condamné à recevoir annuellement des bilans d’exploitation négatifs. L’audit général devrait permettre aux décideurs politiques ayant le pouvoir de nomination d’avoir une cartographie globale de la gestion des entreprises et services publics, afin que ceux qui seraient reconnus coupables de mégestion rejoignent, à Makala, la constellation des pilleurs de la République.

            Un tel exercice aurait le mérite de faire peur à leurs successeurs aux postes, qui sauraient désormais que l’impunité est révolue et qu’il n’appartiendraient qu’à eux d’assumer leurs charges de managers pour le bien de la communauté nationale et non leur confort personnel, au risque de connaître le même sort que ceux qui se sont amusés avec les millions du programme d’urgence des 100 jours du Chef de l’Etat.KIMP

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