Insécurité à l’Est de la RDC : la revisitation des accords de la conférence Amani s’impose

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La nouvelle rébellion qui a resurgi à l’Est de la RDC, et qui voit la locomotive M 23 tracter dans sa suite, de nombreux wagons constitués par des groupes Mai Mai Janvier et autres, tous entrés en scène au même moment, repose brutalement aujourd’hui la problématique de la sécurité dans cette partie de la république. Beaucoup des choses ont été dites, certes. Des citernes d’encre et de salive ont coulé, et une multitude des réunions organisées sur la question, on le sait. Mais force est de constater que le problème des anciens éléments ayant appartenu aux forces dites négatives, se pose de nouveau présentement avec acuité.

Les bruits des bottes, les détonations d’armes lourdes, complètent les scènes révoltantes des femmes violées, des enfants et des vieillards qui tombent dans leur marche pour l’exil dans des villes frontalières. Ils ont perdu tout espoir de participer à l’entreprise de reconstruction dans leurs secteurs d’activités. Sur leurs terres d’accueil, il leur faut désormais un regard de compassion des ONG humanitaires pour trouver une tente où se loger, un bol de riz blanc ou de bouillie pour se nourrir, et quelques dragées de calmants pour atténuer les maladies. Les enfants qui étaient à l’école, viennent ainsi d’interrompre leurs études, s’interrogeant quand est-ce qu’ils allaient les reprendre.

Pays post-conflit, la RDC qui a négocié des accords avec tous les mouvements de rébellion et les autres forces négatives, et obtenu la fin des hostilités, ne méritait pas de tomber dans le nouveau cycle de violences, si toute cette myriade des groupes rebelles avaient placé sous l’éteignoir, leur capacité de nuisance à travers les opérations de DDRR.

Si aujourd’hui, des voix s’élèvent pour dénoncer le triste sort infligé à l’Est de la république, c’est surtout pour le fait que ces réunions ont été organisées avec l’argent du contribuable congolais et l’appui des partenaires extérieurs. En outre, toutes les parties étaient suffisamment représentées et avaient posé leurs conditions de participation. Chaque groupe rebelle en avait profité pour présenter son cahier des charges, en termes de revendications politiques et militaires. Tout avait été pris en compte, au point qu’il n’y avait aucun groupe rebelle qui pouvait se sentir marginalisé.
Des accords de paix ont été signés et la cérémonie de clôture s’est déroulée dans une ambiance festive le 23 mars 2009. Le gouvernement, par le biais de ses représentants, a salué l’aboutissement de ces discussions qui allaient augurer une ère de paix et de concorde nationale.

Aujourd’hui, avec ce qui survient dans la partie Est de la république, des analystes ont toutes les raisons du monde pour se demander si ces fameux accords avaient été bien négociés. Et si le gouvernement avait réussi à éradiquer toute velléité  guerrière de la part de ces groupes rebelles qui, malheureusement pour nous, ont continué à occuper leurs anciennes positions, disposant de tout leur arsenal militaire acquis on ne sait comment, et gérant leurs portions de territoire congolais avec tout ce qu’elles renferment des mines artisanales de coltan et d’or, et d’activités économiques.
Sans que cela ne puisse émouvoir certains dirigeants à Kinshasa, ces groupes rebelles étaient maîtres de leurs fiefs, imposant leurs lois comme ils l’entendaient. Ne cherchons pas à savoir comment ils se ravitaillaient en armes et munitions, comment ils continuaient à payer leurs hommes, nous risquons de découvrir le sexe des anges !
Ainsi après la conférence de paix de Goma, comme on peut s’en rendre aujourd’hui compte, on a laissé les micro-rébellions couver dans les anciens territoires et villages qu’elles occupaient.

A-t-on pensé qu’un jour, à la faveur d’une divergence des vues entre acteurs politiques, une dissidence au sein de l’armée ou une guerre de leadership entre groupes rebelles, elles allaient entrer en ébullition, étant donné que leur capacité de nuisance était demeurée intacte pendant des années?
C’est ici le lieu de se poser mille et une questions sur la suite du processus de mise en œuvre des accords de paix Amani. A-t-on démobilisé tous les groupes rebelles et autres milices ? Les a-t-on désarmés ? Les Fardc ont-elles investi les positions jadis occupées par ces groupes rebelles ? A-t-on déployé suffisamment d’unités pour sécuriser l’Est de la république ? Et comment ont été gérés tous les éléments armés ayant appartenu aux groupes rebelles et autres milices ?

A la lumière de tout ce questionnement, la population se demande aujourd’hui, si les négociations de Goma avaient été bien menées. Quels dividendes politiques et militaires, le gouvernement avait engrangés ? Quelles garanties de paix durable et de sécurité avons-nous obtenues de tous ces seigneurs de guerre qui continuent à régenter des pans entiers du territoire national, comme si le fameux plan de la balkanisation de la RDC, avait commencé en miniature.
Avec la violation de ces accords de paix, y a-t-il lieu de privilégier l’option du dialogue politique ?

Nous croyons qu’il faudrait de toute urgence revisiter ces accords de Goma avec les représentants des institutions de la république. Dans un format réduit comprenant des délégués du gouvernement, de l’Assemblée nationale, du Sénat, de la société civile, des confessions religieuses et des médias, la problématique de la sécurité du territoire national à l’Est doit être débattue. Car, aujourd’hui, la sécurité de la nation, comme on le sait, avec la dynamique de la bonne gouvernance, ne doit plus demeurer un sujet tabou, ni une affaire d’initiés, mais l’affaire de tous les citoyens, parce que tous, nous sommes concernés à des degrés divers. Etant donné que c’est avec l’argent du contribuable qu’on assure la sécurité du territoire national, tous les services impliqués dans la gestion de la sécurité doivent se sentir redevables et doivent pouvoir rendre compte de la manière dont ces dossiers sont non seulement traités, mais comment des solutions sont trouvées à toutes les préoccupations sécuritaires de la population.

                                                 J.R.T.

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