Insécurité à Kinshasa : les plaignants contraints de financer l’assistance de la police

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Aux petites heures  de samedi,  Jackson Malundama et son épouse, victimes d’une agression de la part d’une bande des malfaiteurs qui les ont dépouillés de leurs téléphones portables, des bijoux et argent, dans un coin reculé de Masina, sont allés porter plainte contre inconnus à un poste de police.
Les policiers trouvés sur place ont exigé, outre les frais d’ouverture du dossier judiciaire ou du dépôt de la plainte, l’achat des papiers duplicateurs pour établir les procès-verbaux, ainsi que les frais de déplacement des éléments chargés de l’intervention. Démunis, Malundama et son épouse qui n’ont pu satisfaire aux exigences de la police, sont repartis déçus ne sachant à quel saint se vouer. Cette situation que l’on croyait en usage dans quelques postes de police, semble se généraliser.

    En effet, dans tous les commissariats de Kinshasa et les différents postes de police, à quelques exceptions près, toutes les personnes qui ont eu à formuler une plainte, reconnaissent qu’elles ont dû faire face à cette formalité devenue une pratique courante.
    Etant donné que cette formalité rend les services de la police inaccessibles aux personnes démunies, nous avons cherché à en savoir davantage, alors que dans le cadre de la réforme de la police dont la loi a été promulguée, il y a une année, la première des dix règles d’or de la police, est la gratuité des services. Car, si cette pratique de la prise en charge de l’administration de la police par les plaignants persiste, on assistera à la création au sein de la société congolaise, de deux classes, une représentant les personnes nanties qui ont accès facile aux services de la police, et celle constituée des personnes sans ressources, qui ne peuvent s’adresser à la police de proximité pour régler des différends avec des voisins ou actionner les services de la police contre des malfaiteurs. Cette discrimination est contraire aux prescrits de la Constitution congolaise. Voilà pourquoi la réforme de la police est très attendue pour éradiquer ce genre de pratiques.


Mais qu’en est-il au juste de cette formalité dans les commissariats et poste de police de la ville de Kinshasa ?
Au commissariat de Bandalungwa, comme dans tant d’autres, dès que le plaignant se présente au corps de garde, il est canalisé vers un OPJ qui s’empresse de lui signifier que pour accélérer les choses, il faut payer des frais pour le dépôt de la plainte. Ensuite, pour l’établissement du procès-verbal d’audition du plaignant, afin de soutenir sa plainte verbale, il faut également acheter des papiers duplicateurs. Enfin, si l’affaire requiert l’intervention des éléments sur le terrain, il faut aussi prévoir leurs frais de déplacement. Même une convocation s’achète. Il en est de même pour le bulletin de service. Dans certains postes de police, on exige des cartes de crédit pour l’OPJ et le commandant titulaire, afin qu’il puisse atteindre les débiteurs et souvent le plaignant créancier.


    Dans les cas de mort violente, assassinats, d’agression en masse, les commandants des postes de police et des commissariats dépêchent souvent sans cette formalité, leurs hommes sur le terrain, pour éviter d’être poursuivis pour non assistance à personne en danger, ou abstention coupable.
    Dans un commissariat de place, un OPJ qui s’est retranché sous le sceau de l’anonymat, a évoqué les difficultés de divers ordres auxquelles les postes de police sont confrontés. Il s’agit de l’absence de l’équipement informatique. En effet, dans la plupart des postes de police et des commissariats, on utilise encore des machines à écrire mécaniques d’une époque très reculée, dépourvues de rubans, en intercalant le papier carbone entre deux papiers duplicateurs. Il n’y a pas de dotation en fournitures de bureaux, au point que pour certains travaux administratifs, les commissariats recourent aux bureautiques de la cité où les documents sont saisis et photocopiés aisément.
    Si certains frais sont payés, l’épineuse question de la descente sur le lieu des enquêteurs va se poser en termes de moyens de transport. Etant donné que les postes de police et commissariats sont dépourvus de charroi automobile, le plaignant est tenu de «motiver» les éléments  à se rendre sur le lieu des faits. Les plus exigeants vous lâcheront qu’ils ne peuvent pas prendre des risques pour leurs vies, pour les beaux yeux des plaignants. Faute de vous voir capable de satisfaire à cette exigence, ils se rabattront sur l’éternel prétexte de la carence des effectifs qui leur recommande de ne pas dégarnir le poste de police ou le commissariat.

Le général Elesse plaide pour des moyens logistiques conséquents


    Tous les responsables de la police nationale sont conscients des problèmes logistiques auxquels font face les postes de police et les commissariats. Le général Michel Elesse Yombentole, secrétaire exécutif du Comité de suivi de la réforme de la police, a indiqué que l’on devra aboutir nécessairement dans les années à venir, à la réforme de la police. Certes, c’est un long processus qui exige non seulement des policiers formés et moralement préparés à la mettre en pratique. Car, nul n’ignore que cette réforme requiert des moyens logistiques. Le secrétaire exécutif du CSRP a plaidé pour que le gouvernement puisse appuyer cette réforme en allouant des moyens logistiques conséquents à la police de proximité, afin de la mettre à l’abri des besoins en équipements informatiques, fournitures de bureau et moyens de transport. Tant il est vrai qu’une police moderne, professionnelle et opérationnelle, ne peut être efficace, que si elle est dotée de tous les outils de travail requis pour son meilleur fonctionnement.
    Le général Michel Elesse Yombentole a enfin émis le vœu de voir la police de proximité mise rapidement sur pied sur toute l’étendue du territoire national, avec un changement de mentalités et de comportements qui renforcerait davantage la confiance de la population. Ce qui en ferait une police du peuple au service du peuple. Telle est la volonté maintes fois exprimée par le président de la république, et que les experts tant nationaux que des partenaires internationaux tiennent à concrétiser à travers la réforme.

                          J.R.T.

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