Indépendance du Katanga : qui est derrière ?

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Pendant que des millions de Congolaises et de Congolais savourent encore les délices du Cinquantenaire de la République, dont l’apothéose s’est traduite par un impressionnant défilé des forces vives de la Nation sur le Boulevard Triomphal, le mercredi 30 juin 2010, devant le Roi Albert II de Belgique et de plusieurs hôtes de marque, un son discordant est venu du Katanga. Il s’agit d’une marche organisée par des nostalgiques, le dimanche 11 juillet à Lubumbashi, pour célébrer les 50 ans de l’Etat Indépendant du Katanga, une création de Moïse Tshombe. 

            La manifestation a naturellement été réprimée par les forces de l’ordre, dans la violence, et des arrestations opérées dans le tas. Parmi la vingtaine de suspects interpellés figurait le journaliste Thierry…., rapidement relâché dès que les forces de l’ordre l’ont identifié et compris qu’il se trouvait à la Place de la Poste dans le cadre de son travail. Des enquêtes sont ouvertes au niveau des services spéciaux en vue d’identifier les commanditaires de cette initiative et les mobiles les ayant poussés à exhumer un anniversaire qui n’a jamais été fêté depuis la reddition de l’armée katangaise aux troupes coalisées de l’Onuc et du gouvernement central, en 1961-62. 

Des esprits troublés 

            De nombreux esprits sont présentement troublés en apprenant que des nostalgiques ont résolu de réveiller les vieux démons de la sécession katangaise. Les messages brandis par des porteurs des calicots et réclamant tous l’indépendance immédiate du Katanga ont fait tiquer plus d’un compatriote. L’une des interrogations qui revient continuellement à la surface est de savoir où étaient passés les soi-disant partisans de Tshombe pendant tout un demi-siècle ? De mémoire de Congolais en effet, on n’a jamais vu des Katangais organiser des festivités ou une marche pour se souvenir du 10me, du 20me, du 25me, du 30me ou du 40me anniversaire de la naissance de l’Etat Indépendant du Katanga. D’où la surprise et l’agacement de beaucoup à l’annonce de la marche du 11 juillet 2010 à Lubumbashi.

            Aussi loin que l’on remonte dans les annales de l’histoire nationale, on ne retrouve aucune trace d’une fête anniversaire en hommage à un Etat sécessionniste, dont le principal animateur fit la paix des braves avec le président élu, Joseph Kasa-Vubu, dans une cohabitation restée historique, entre 1963 et 1964. En fait, s’il devait persister un contentieux politique, c’est entre Mobutu, auteur des coups d’Etat du 14 septembre 1960 et du 24 novembre 1965, et tous les animateurs des institutions démocratiques de la République mises en place en mai-juin 1960.

            Mais le dictateur ayant été mis hors course par Laurent Désiré Kabila le 17 mai 1997 et le pays réconcilié avec lui-même depuis le Dialogue Intercongolais, il n’y aucune raison qui justifie l’attitude équivoque de ceux que l’on peut considérer comme des aventuriers et des opportunistes. Nourriraient-ils l’intention de mettre un coup de frein au processus démocratique patiemment construit entre 2003 et 2006 ? Rêveraient-ils de rééditer l’exploit de Moïse Tshombe, Godefroid Munongo, Kibwe et autres, qui avaient réussi à torpiller le gouvernement central conduit par Kasa-Vubu et Lumumba, 11 jours seulement après l’accession du pays à sa souveraineté nationale et internationale ? Les minerais du Katanga auraient-ils recommencé à enivrer des « séparatistes » mis à mal par l’unité et la paix retrouvées après le feuilleton des guerres de libération-agression, qui ont coûté plus de 5 millions d’âmes au pays et plusieurs milliards de dollars en termes de pillages des ressources naturelles ? 

Mauvais départ pour  le Centenaire ? 

            La RDC était mal partie au 30 juin 1960, avec le bras de fer entre Kinshasa et Bruxelles, le hold up de l’administration coloniale sur le portefeuille congolais, les mutineries dans l’armée, les sécessions du Katanga et du Sud-Kasai, les querelles politiciennes, la révocation puis l’assassinat du Premier ministre Lumumba, le coup d’Etat du colonel Mobutu, la mise en place des Commissaires Généraux : le tout en l’espace de six mois. Le rêve de bâtir un Congo plus beau que celui hérité du colonisateur s’était envolé l’espace d’un matin.

            Des nostalgiques paraissent visiblement tentés par une nouvelle séance de distraction, au moment où le pays entame la marche vers son « Centenaire », délivré du poids de sa lourde dette extérieure et suffisamment averti par les erreurs politiques, économiques et sociales du passé. Après l’aventure sans lendemain de Tshombe en 1960-1962, l’épuration ethnique pilotée par le duo Ngunz-Kyungu en 1992, la patrie a-t-elle encore besoin de rouvrir les plaies de la division, de la haine, de la violence, de la partition territoriale ?

            Des patriotes pensent qu’il faut donner au pays l’occasion de se reconstruire, et de consolider le sentiment d’unité qui lui a évité d’éclater entre 1998 et 2003, au plus fort du conflit armé entre le pouvoir central et les mouvements rebelles. Les Congolais auraient tort de rater la nouvelle chance de redécollage économique que viennent de leur offrir, sur un plateau d’or, les institutions de Bretton Woods, à travers l’allègement de 12,3 milliards Us de dette publique, dans le cadre du point d’achèvement de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés.

 Jacques Kimpozo

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