Ilunga Ilunkamba Premier ministre : optimisme et doute

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Depuis son accession à la magistrature suprême en République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi a multiplié plusieurs initiatives non seulement pour reconstruire un État de droit, mais aussi et surtout, instaurer une bonne gouvernance qui faisait défaut dans ce grand pays d’Afrique francophone. Toutes ces actions ont été saluées par Jean Yves Le Drian, le chef de la diplomatie française lors de sa visite à Kinshasa le lundi 20 mai, qui a même qualifié de démocratique l’élection de Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, car validée par la Cour constitutionnelle et l’Union africaine.

S’il est vrai que Félix Tshisekedi a refusé quelques noms proposés par son allié, le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila pour occuper ce poste de Premier ministre, la nomination le lundi 20 mai de Sylvestre Ilunga Ilunkamba comme chef du gouvernement a suscité des réactions controversées dans l’opinion. Les uns parlent de la continuité d’un ancien monde, totalement dominé par l’ombre du président sortant, surtout que le nouveau Premier ministre laisse une situation catastrophique à la tête de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC). Comment va-t-il relever un Congo plus que malade ? En revanche, les autres y voient sans l’ombre d’aucun doute, un choix de la sagesse, de l’apaisement, de l’expérience et de l’équilibre. Ils jugent la personnalité de Sylvestre Ilunga Ilunkamba, compatible avec la vision de Félix Tshisekedi.

            Rappelons qu’aux termes de la Constitution congolaise du 18 février 2006, le chef de l’État, qui est le garant du bon fonctionnement des institutions, nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire, après consultation de celle-ci. Cette majorité étant principalement constituée par la force politique conduite par Joseph Kabila, les manœuvres étaient juridiquement limitées pour Félix Tshisekedi, bien que visiblement déterminé à  «déboulonner» les antivaleurs.

            Considéré par plusieurs constitutionnalistes comme un pouvoir propre du président de la République, c’est-à-dire dispensé de contreseing, la nomination du Premier ministre peut paraître dans certaines circonstances comme un acte conditionné au contexte politique en présence, car dans le cas congolais ou dans plusieurs pays ayant un régime politique semblable, avant d’entrer en fonction, le Premier ministre doit présenter à l’Assemblée nationale le programme du gouvernement. Lorsque ce programme est approuvé, à la majorité absolue des membres qui composent l’Assemblée nationale, celle-ci investit le gouvernement.

            De ce point de vue, le président de la République ne peut pas prendre le risque de nommer une personne qui n’est pas acceptée par le parti ou la coalition majoritaire au Parlement, en l’occurrence le Front commun pour le Congo (FCC), ce qui justifie l’influence considérable de Joseph Kabila, qui semble être parti mais sans réellement partir. 

            Si pour certains, cette nomination d’un ancien ministre du Maréchal Mobutu brise l’élan du changement que Félix Tshisekedi s’est construit depuis son investiture, d’autres disent vouloir attendre la composition matérielle du gouvernement, pour voir quel message est envoyé par cette coalition imposée par le régime sortant.  

            Selon la Constitution congolaise, le gouvernement définit, en concertation avec le président de la République, la politique de la Nation et en assume la responsabilité. En déclarant devant la presse juste après sa nomination, que le président de la République venait de lui donner les orientations sur ses priorités, le nouveau locataire de l’hôtel du Gouvernement congolais a voulu non seulement rassurer les pessimistes, mais il a clairement indiqué que c’est bien Félix Tshisekedi qui est le patron, c’est lui qui décide et le gouvernement qu’il conduit ou conduira exécute.

            Mais doit-on, comme le font certains, dire que le Front commun pour le Congo (FCC) continue sa conquête et a imposé comme Premier ministre, le DG d’une entreprise en faillite, un homme qui n’a pas réussi à redresser une entreprise en difficulté, et qui n’incarne pas réellement le changement et la rupture voulus par le nouveau président congolais, ainsi que par la population et la communauté internationale ? Ou faudra-t-il se positionner comme d’autres qui gardent l’optimisme et l’espoir, en mettant un accent particulier sur les compétences et l’expérience de ce professeur d’université, un économiste chevronné ?

            D’abord, dans pareilles circonstances, une vigilance s’impose. Comme l’a souligné le ministre français des Affaires étrangères, Félix Tshisekedi incarne une alternance d’action, il sait pertinemment que le peuple l’observe, et que ce même peuple peut lui être hostile un jour si tout bouge mais que rien ne change. C’est aussi le cas de son principal allié, le président de l’Union pour la nation Congolaise (UNC), Vital Kamerhe, qui est un homme politique expérimenté, que plusieurs personnes souhaitaient voir comme Premier ministre pour débuter ce quinquennat, un homme toujours prudent, qui parle moins depuis qu’il occupe ce poste stratégique de chef de cabinet, et qui milite pour une réussite totale de ce mandat.

            Ensuite, il faut avouer que ceux qui manifestent une certaine crainte n’ont pas tellement tort, comme ceux qui sont optimistes et qui veulent garder un espoir, les erreurs commises hier par les gouvernements successifs justifient cette peur. Mais la détermination du duo Félix Tshisekedi et Vital Kamerhé de vouloir changer le quotidien des Congolais, de faire de la République démocratique du Congo, un pays développé permet de garder l’espoir et d’encourager toutes les actions entreprises et qui vont dans ce sens.         

            Cet optimisme est aussi justifié par les premières déclarations du Premier ministre Ilunga,   qui considère sa nomination comme une lourde responsabilité, en ce moment crucial de l’histoire du Congo, et qui s’est engagé à mobiliser toutes les ressources nécessaires pour faire fonctionner la coalition au niveau du gouvernement et à contribuer à l’amélioration du niveau de vie des Congolais, dans la transparence et la bonne gouvernance.

            Enfin, c’est le président de la République qui a été élu sur la base d’un programme. C’est lui qui sera jugé à la fin de son mandat, il a une obligation des résultats, il lui revient de garder la main sans se substituer au Premier ministre, mais avec une concertation permanente à la tête de l’exécutif pour éviter les dérives et la mauvaise gestion.

            En étant le président de tous les Congolais, le chef de l’État congolais ne doit pas trembler ou être complaisant à chaque fois qu’il faudra prendre une décision difficile. Il doit avoir comme boussole l’intérêt général. Il doit de ce point de vue, être un chef qui est au-dessus de la mêlée et ne pas s’enfermer dans un carcan quelconque.

Avec le retour au Congo de Moise Katumbi, qui a déclaré être revenu pour la paix et la reconstruction de la République Démocratique du Congo ; de Sindika Dokolo qui n’a pas manqué de remercier le chef de l’Etat ; celui annoncé de Jean Pierre Bemba, et la présence remarquée de Martin Fayulu sur terrain, les Congolais espèrent vivre un moment démocratique sans précédent.

            Comme disait François Mitterrand, «donnons le temps au temps»,  et le temps nous dira  si le choix par Félix Tshisekedi du professeur Sylvestre Ilunga Ilunkamba pour inaugurer son premier quinquennat,  est celui qu’il fallait, ou c’est un autre choix qui s’imposait pour former un couple Exécutif efficace !

(Par Martin MULUMBA, Docteur en droit public et chercheur

à l’Université Paris 1

Panthéon-Sorbonne)

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