Ignoré par le « Groupe de Contact » : le M23 s’invite aux Concertations

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m23-bertrandEn dépit des plaidoyers d’une frange de l’Opposition (UNC, FAC, UDPS et Alliés, Fonus) et de la Société Civile en faveur de la participation des groupes armés, dont le M23, aux Concertations Nationales ou au Dialogue national, le « Groupe de contact » chargé du toilettage des termes de référence de ce forum les a superbement ignorés. Comme pour rappeler à la mémoire collective qu’ils existent et qu’ils continuent de camper à un jet de pierres de la ville de Goma, les rebelles du M23 ont relancé les hostilités contre les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) le mercredi 21 août 2013.

Le réchauffement du front militaire est porteur de tout un message. Il s’agit de rappeler à l’initiateur de ce forum, à son présidium, à son Secrétariat technique, au « Groupe de contact » ainsi qu’à tous ceux qui se bousculent au Palais du Peuple dans le dessein d’être présent au moment du nouveau partage des postes de responsabilité, que le volet sécuritaire vaut toujours son pesant d’or.

Présumés anéantis par les FARDC au mois de juillet dernier et mis dos au mur avec le début du déploiement de la Force d’Intervention des Nations Unies, le général/colonel Sultani Makenga, ses troupes et leurs parrains rwandais semblent ne pas accepter leur exclusion du schéma de recherche de « cohésion nationale » en chantier au Palais du Peuple. Si l’Opposition pacifique et certaines sensibilisés de la Société Civile qui s’estiment non concertées par un Dialogue non inclusif se contentent de bouder dans leur coin, sans autre moyen de pression que leur verbe, du côté de la rébellion du M23, c’est le langage des armes.

Et, à considérer les visées de ce mouvement rebelle sur la ville de Goma, il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’il cherche à frapper un grand coup, du genre de celui de novembre 2012, de manière à torpiller un éventuel consensus politique qui pourrait se dégager entre la Majorité Présidentielle, l’Opposition et la Société Civile afin de « co-gérer » la République, dans une architecture institutionnelle à redéfinir.

 

Kampala d’abord… les Concertations après ?

 

Tout récemment, au lendemain du dernier sommet de la CIRGL (Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs), le Secrétaire général des Nations Unies, Ban ki-moon, et son Envoyée Spéciale dans les Grands Lacs, Mary Robinson, ont rappelé au gouvernement congolais que pour espérer obtenir une paix durable au Nord-Kivu, il fallait organiser un dialogue global entre nationaux, tel que préconisé dans l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. C’est dans cet ordre d’idées que le gouvernement congolais était invité à rentrer urgemment à la table des négociations, à Kampala, afin de vider son contentieux politico-militaire avec le M23, resté en suspens depuis décembre 2012.

Nombre d’observateurs ont perçu, à travers de tels propos, une disqualification implicite de la démarche de Kinshasa visant l’organisation des « Concertations nationales », sans la participation des mouvements rebelles. Ce qu’il y a lieu maintenant de craindre est de voir la communauté internationale, à travers la Monusco et la Brigade d’intervention, se contenter de la défense de la ville de Goma, laissant ce mouvement rebelle conquérir de nouvelles localités à travers le Nord-Kivu. La relance de la guerre par le M23 peut dans ce cas se comprendre comme un avertissement ayant pour signification : « Kampala d’abord… les Concertations après ».

 

Passage en force

contre le M23 ?

 

Kinshasa a pris l’option de passer visiblement en force contre les acteurs de l’Opposition et de la Société Civile opposés au format actuel des Concertations nationales. A-t-il les moyens de faire de même contre les rebelles du M23 qui, hormis des revendications d’ordre militaire, exigent aussi de participer à l’animation des institutions de la République ? Il est difficile de risquer un pronostic à ce stade où, sur le front militaire, chaque camp affirme mener le jeu. Si l’armée congolaise n’est pas victime des ordres et contre-ordres qui perturbent son comportement sur le champ de bataille, il est possible de mettre une croix définitive sur Kampala et de se passer du M23 dans la tenue des Concertations Nationales. Il serait aussi possible de lui opposer, le moment venu, les résolutions à adopter au terme de se former et de mettre le cap sur une nouvelle vision de la paix, de la réconciliation nationale, de la gouvernance, du développement.

Par contre, si la patrie est une fois de plus trahie sur le plan militaire, Kinshasa serait d’autant fragilisé qu’il s’exposerait à construire sa nouvelle paix et son avenir sous la dictée des rebelles, de leurs parrains et des médiateurs extérieurs, comme ce fut le cas lors de la signature de l’Accord suicidaire du 23 mars 2009. Aussi, ceux qui gèrent le front militaire et le dossier des Concertations nationales devraient peser et soupeser les dividendes politiques, diplomatiques, militaires, économiques et sociaux qu’ils comptent engranger dans leur schéma du passage en force présentement en chantier.

Kimp

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