Homélie de Mgr Bernard Kasanda de Mbuji-Mayi : «Heureux le politicien qui travaille pour le bien commun»

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Devant des autorités politico-administratives, son corrélégionnaires  Monseigneur Stanislas, des Vicaires généraux, des abbés et pères, des sœurs et frères, des chrétiens de la capitale mondiale des diamants, l’Évêque de Mbuji-Mayi, « Taatu » Bernard Emmanuel Kasanda, a pris l’initiative, le samedi 6 novembre dernier, de prier pour son pays et ses dirigeants. Sa prière était particulièrement axée sur la demande faite à Dieu pour aider au retour de la paix à l’Est du pays, soutenir et protéger le Président de la République et ses collaborateurs, et soutenir les vaillantes Forces armées qui se battent au front en vue de rétablir la paix et la sécurité dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo.

Le thème choisi pour ce culte spécial qui a eu pour cadre la Cathédrale Saint Jean Baptiste de Bonzola était « La prière dans la foi est un puissant outil dans les mains. Elle transforme favorablement le monde d’un croyant, mieux son milieu naturel, lequel est géré par ses dirigeants «.

Ci-dessous l’intégralité de l’homélie de l’Évêque Kasanda :

Chère autorité politico-administrative,

Excellence Monseigneur Stanislas,

Mes Seigneurs les vicaires généraux,

Messieurs les abbés

Révérends pères,

Révérendes sœurs,

Révérends frères,

Peuple bien-aimé de Dieu qui est à Mbuji-Mayi,

Paix et joie dans le Seigneur Jésus-Christ qui nous réunit en ce jour

1. Nous sommes venus de partout et réunis autour de cet autel pour prier en faveur de notre cher et beau pays, notamment pour la paix à l’Est, prier pour le Président de la République, Chef de l’Etat, prier pour tous ses collaborateurs et hommes politiques, ainsi que pour nos forces armées qui sont aux fronts et prier pour nous-mêmes.

2. Dans la première lecture de ce jour, nous avons suivisl’exhortation de Saint Paul à ce sujet : « Je recommande qu’on l’on adresse à Dieu des demandes, des prières, des supplications et des remerciements pour tous les êtres humains. Il faut prier pour les rois et tous ceux qui détiennent l’autorité, afin que nous puissions mener une vie tranquille, paisible, respectable, dans un parfait attachement à Dieu. Cette prière est bonne et agréable à Dieu, notre sauveur car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I TM 2, 1-4).

3. Je vous invite à méditer avec nos Papes sur le sens de la prière en faveur de nos autorités politiques et de la prière pour la paix qui en découle comme les fruits de leur action avisée et sage. La recommandation formulée par le Souverain Pontife, notre Saint Père, le pape François au cours d’une méditation matinale, tenue en la Chapelle de la Maison Sainte Marthe à Rome, le lundi 16 septembre 2013, nous interpelle. Il disait qu’un bon chrétien participe à la vie politique et prie afin que les politiciens aiment leurs peuples et les servent avec humilité.

4. La meilleure des choses que nous chrétiens pouvons offrir aux gouvernants, renchérit le Saint Père, c’est la prière : prier pour les rois et pour tous ceux qui ont le pouvoir mais on dira : c’est une mauvaise personne. Elle doit aller en enfer. Non, comme chrétiens, nous avons ce devoir de prier pour eux (nos gouvernants) pour qu’ils soient humbles et que le Seigneur les assiste dans leur lourde tâche. Un chrétien qui ne prie pas pour les gouvernants n’est pas un bon chrétien. Dans la tradition de l’église, le pape Saint Clément Ier  de Rome est un exemple éloquent de ceux qui prient pour les Gouvernants. Dans sa belle et profonde prière extraite de sa lettre aux Corinthiens, il intercède pour les hommes politiques, il parlait ainsi : « Accorde-leur, Seigneur, la santé et la paix, la concorde, la stabilité pour qu’ils exercent sans erreur la souveraineté que tu leur as remise. C’est toi, Maître céleste, Rois des siècles, qui donne aux fils des hommes gloire, honneur et pouvoir sur les choses de la terre. Dirige Seigneur, leur conseil suivant ce qui est bien, suivant ce qui est agréable à tes yeux, afin qu’en exerçant avec piété, dans la paix et la mansuétude, le pouvoir que tu leur as donné, ils reçoivent des faveurs ».

5. Le Saint Père François fait prendre conscience aux gouvernants en ces termes : « Chaque homme et chaque femme qui assume une responsabilité de gouvernement doit se poser deux questions : est-ce que j’aime mon peuple pour mieux le servir ? Est-ce que je suis humble au point d’écouter les opinions des autres pour choisir la meilleure voie ?

         Ceci pour rappeler à tout politicien qui se respecte que, afin de servir le bien commun, son agir politique doit être sous-tendu par des vertus humaines qui sont : la justice, l’équité, le respect réciproque, la sincérité, l’honnêteté et la fidélité. Il devra rejeter, nous dit le pape François, la corruption sous ses multiples formes d’appropriation indue des biens publics ou instrumentalisation des personnes, la négation du droit, la xénophobie et le racisme, le régionalisme, le tribalisme, le refus de prendre soin de la terre, le non-respect des règles communautaires, l’enrichissement illégal, l’exploitation illimitée des ressources naturelles en raison du profit immédiat, la justification à s’accrocher au pouvoir, le mépris de ceux qui ont été contraints à l’exil. Je m’en vais vous rafraîchir la mémoire et vous évoquer les huit Béatitudes du politiqué énoncées par le cardinal Vietnamien François-Xavier Nguyen Van Thuan d’heureuse mémoire, et largement partagées par le Pape François et que je vous avais déjà un jour proposées ici en méditation dans cette cathédrale:

* Heureux le politicien qui a une haute idée et une profonde conscience de son rôle

* Heureux le politicien dont la personne reflète la crédibilité

* Heureux le politicien qui travaille pour le bien commun et non pour son propre intérêt

* Heureux le politicien qui reste fidèlement cohérent

* Heureux le politicien qui réalise l’unité

* Heureux le politicien qui s’engage dans la réalisation d’un changement radical

* Heureux le politicien qui sait écouter

* Heureux le politicien qui n’a pas peur

6. Mes bien-aimés en Christ, membres de la grande famille de Dieu qui est en Mbuji-Mayi, en rapport avec la paix qui nous est toujours troublée à cause des guerres dans notre pays notamment à l’Est, nous sommes appelés à croire en la force de la prière, car elle nous ouvre à la toute-puissance de Dieu, qui seul est capable d’opérer des merveilles, des miracles, d’écrire droit sur des lignes courbes, d’échanger le cours des événements et des temps, lui, souvent il nous comble de ses bienfaits bien au-delà de nos attentes. Yeya « Mulopo Cipapayi ne mici mwilu, yeya cimankinda wa kutwambila mwa kupita mwenzeji kua maalu ke dikenda kina. Une des oraisons dominicales (Cfr. 27ème) » dimanche nous éclaire suffisamment sur ce que rapporte une prière ardente dans ton amour inépuisable, Dieu Eternel et Tout Puissant, Tu combles ceux qui t’implorent, bien au-delà de leurs mérites et leurs désirs ; répands sur nous ta miséricorde en délivrant notre conscience de ce qui l’inquiète et en donnant plus que nous n’osons demander » Avec la prière et par elle, n’importe quel obstacle disparaît, il tombe sous l’intervention de la puissance de Dieu Très Haut et de son Fils unique notre Seigneur. Dans la page de l’Evangile de ce jour, nous admirons la suprématie de la parole de Jésus-Christ sur les forces de la nature (sur les tempêtes de tout genre y compris les guerres que nous subissons) et sur les mauvais esprits. Il faut taire l’arrogance des tempêtes de la mer. Nos prières ferventes ont le pouvoir de faire tomber des chaînes (Actes 12,5,7)

Car notre Dieu est le Dieu de l’impossible.

7 Nous ne pouvons pas nous lasser de crier notre souffrance, notre situation de détresse à celui qui peut nous sauver. Ecoutons, une fois de plus, le Saint Père, le Pape François lorsqu’il déclare : « Nous avons essayé tant de fois et durant tant d’années de résoudre nos conflits, nos désespoirs, nos déceptions avec nos forces et aussi avec nos armes ; tant de moments d’hostilité et d’obscurité, de peur et d’angoisse ; tant de sang versé ; tant de vies brisées ; tant d’espérances ensevelies.

Mais ces efforts ont été vains ; à présent Seigneur, aides-nous, donnes-nous la paix, enseignes-nous la Paix, guides-nous vers la paix, infuses en nous le courage d’accomplir des gestes concrets pour construire la paix, Seigneur Dieu d’Abraham et des Prophètes, Dieu Amour qui nous a créés et nous appelle à vivre en frères et en sœurs, donnes-nous la force d’être chaque jour des artisans de paix, donnes la capacité de regarder avec bienveillance tous nos frères et sœurs que nous rencontrons sur notre chemin.

Rends-nous disponibles à écouter le cri de nos concitoyens qui nous demandent de transformer nos armes en instruments de paix, de joie et d’espérance, nos peurs et nos inquiétudes …Nous sommes là à maintenir allumée en nous la flamme de l’espérance pour accomplir avec une patience persévérante des choix de paix, de dialogue et de réconciliation et que du cœur de chaque homme soient bannis ces mots : division, haine, tribalisme et guerres et disputes » (Cr  La prière pour la paix du Pape François du 8 juin 2014) Que la paix revienne entièrement dans notre pays, à commencer par l’Etat. Ainsi le développement qui est le nouveau nom de la paix, comme nous le déclare le Pape Saint Paul VI, sera le fruit de nos prières humbles, ardentes et incessantes vers Dieu en faveur de nos populations.

8 Pour terminer, retenons du Pape François qu’une prière qui n’est pas courageuse, n’est pas une véritable prière.

Quand on prie, il faut le courage d’avoir confiance dans le fait que le Seigneur nous écoute, le courage de frapper à sa porte car quiconque demande reçoit, et qui cherche trouve, et il sera ouvert à celui qui frappe. Prier impérativement pour la Nation, pour nos Dirigeants et pour nos Forces de l’Ordre qui sont aux fronts est gage d’une paix réelle chez nous. Que le Seigneur soutienne et bénisse notre Chef de l’Etat dans toutes les actions qu’il mène pour le bien –être de notre Peuple, qu’il soutienne tous les efforts de nos Gouvernements, Décideurs politiques et de nos Forces de l’Ordre afin que la paix règne sur toute l’étendue de notre Pays et que par leurs efforts quotidiens conduisent le Peuple Congolais à retrouver son sourire aux lèvres et la joie de vivre dans un Congo fort et prospère.

9 Que Marie Notre Dame de l’Espérance, Patronne de notre Diocèse, nous accompagne

Que Saint Joseph, son Epoux nous protège

Que nos Bienheureux Isidore Bankaja et Marie Clémentine Anuarite intercèdent pour nous. Amen.

Donnée à Mbuji-Mayi, le 06 novembre 2021 en la Cathédrale Saint Jean-Baptiste de Bonzola

Taatu Bernard-Emmanuel Kasanda, Evêque de Mbuji-Mayi

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