Gratuité au niveau des 1ère, 2ème et 3ème primaires à l’Epsp : une réalité qui ne cesse d’enfanter des obstacles

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Attendue par de nombreux parents congolais parce qu’elle est explicitement inscrite dans la Constitution, la gratuité figure parmi les réformes que le Gouvernement veut mettre en oeuvre dans notre pays au niveau de l’EPSP (Enseignement primaire, secondaire et professionnel) au niveau du cycle primaire, particulièrement pour la première phase qui englobe les classes de 1ère, 2ème et 3ème années primaires. 

            Se prononçant à ce sujet lors de sa visite de travail à Kananga, le 30 août 2010, le Président Joseph Kabila a pris date avec l’histoire en chargeant le gouvernement de prendre toutes les dispositions nécessaires pour rendre effective la gratuité de l’enseignement primaire dans les établissements publics dès la rentrée scolaire 2010-2011. Cette décision, rappelons-le, est en phase avec les prescrits de l’article 43 de la Constitution, avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et avec l’idéal de l’Education Pour Tous (EPT).

            Mis devant cette décision présidentielle, le gouvernement a vite réagi. Il a établi une distinction entre les frais directs à prendre en charge par l’Etat et les frais indirects que les parents continueront à supporter. En deuxième lieu, il a planifié l’opérationnalisation de cette initiative dans le temps et opté pour une « gratuité progressive », c’est-à-dire en deux phases, la première concernant la suppression de tous les frais scolaires durant l’année scolaire 2010-2011 pour les classes de 1ère, 2ème  et 3ème années primaires sur toute l’étendue du territoire national, à l’exception des villes de Kinshasa et Lubumbashi.

            Pour le gouvernement, cela n’est nullement une injustice, mais plutôt une discrimination positive : les indicateurs tels que le taux d’exclusion scolaire ou la parité garçons-filles sont globalement acceptables dans ces deux villes. A Kinshasa par exemple, on compte 51 % de filles pour 49 % de garçons à l’école et à Lubumbashi, de rapport est de 50 % de filles contre 50 % de garçons. Une seconde phase sensée généraliser cette gratuité sur le reste d’années du cycle primaire : 4ème, 5ème et 6ème années et sur l’ensemble du territoire national est à l’étude et devrait intervenir dans un proche avenir.

            Pour l’opérationnalisation de cette réforme, un atelier réunissant tous les responsables scolaires du niveau national et provincial s’est déroulé à Kinshasa, pendant deux jours (23 et 24 septembre 2010). 

Suppression totale de la prise en charge des enseignants par les parents d’élèves, du minerval et des frais d’imprimé

            Depuis la rentrée scolaire, trois mois se sont déjà écoulés. Les élèves qui étaient pendant trois jours en congé dit « de détente’ » à travers toutes les provinces de la République, viennent de regagner les salles de cours. Les délégués du ministère chargé de contrôler le respect des instructions sur la gratuité sont aussi de retour. Le ministre de l’EPSP, Maker Mwangu Famba, a choisi ce moment pour s’entretenir avec la presse, le vendredi 12 novembre 2010, dans son cabinet. Il a fait état des rapports reçus de ses collaborateurs sur la réussite de la gratuité en provinces. Son appréciation a tourné autour de trois axes majeurs, à savoir l’accès de tous les enfants à l’école, la qualité du niveau de l’enseignement et la gestion du secteur éducatif.

            En abordant le premier point, il a noté qu’avant cette réforme, les statistiques -qui restent encore à affiner- faisaient état d’environ cinq millions d’enfants évoluant en dehors du circuit scolaire. Cette situation, a-t-il dit, a amené le Président de la République à inscrire l’éducation au nombre des cinq chantiers prioritaires de son mandat. Le gouvernement, de son côté, a pris, dans le cadre de la rentrée scolaire 2010-2011, un certain nombre de mesures. Parmi celles-ci figurent la suppression et l’uniformisation des zones salariales, mesure qui fait passer l’enveloppe salariale de 12 milliards à 19 milliards de francs congolais. Il faut aussi citer la mécanisation de plus de 26.000 enseignants supplémentaires, particulièrement ceux du primaire ; l’allocation mensuelle de frais de fonctionnement aux écoles et à chaque bureau gestionnaire (Divisions provinciales de l’EPSP, inspections provinciales principales et coordinations scolaires, toutes confessions confondues) en vue d’enlever la pression financière que ces services exerçaient sur l’école.

A Dimbelenge, célébration d’une messe pour saluer la gratuité 

            Le ministre de l’EPSP a aussi souligné la suppression totale de frais de motivation (prise en charge des enseignants par les parents d’élèves), du minerval, des frais d’imprimés, des frais de fonctionnement, des frais d’assurance et des frais d’intervention ponctuelle, bref tous les frais directs jadis à charge des parents.

            Maker  Mwangu a constaté avec satisfaction que cette batterie de mesures a dopé la scolarisation en provinces et permis aux parents d’envoyer massivement leurs enfants en classe. Le pic a été constaté à Mbuji-Mayi avec un accroissement de 123% de scolarisation, tandis qu’à Bukavu, ce mouvement s’est avéré très timide : seulement 2 %. Dans plusieurs coins de la République des enfants hors d’âge de scolarisation – 5 et 12 ans – ont été conduits à l’école par leurs parents. Mais un geste posé à Dimbelenge, dans le Kasai-Occidental, a touché particulièrement Maker Mwangu : la célébration d’une Messe d’Action de grâce pour remercier Dieu qui a incité ces mesures et pour que cette gratuité perdure.

            Il a aussi constaté que la gratuité a aidé à résoudre la question de parité dans les classes au niveau de l’enseignement fondamental. Les filles sont arrivées en masse. Prenant l’exemple de Kenge, il a noté que contrairement au passé, on compte actuellement 58 filles contre 42 garçons.

            Le ministre a abordé les autres questions liées à la gratuité, notamment la question de la qualité et de la gestion du secteur éducatif. D’aucuns pensent, dit-il, que le niveau de notre enseignement a baissé ; et il ne sert à rien d’amener les enfants en classe, si la qualité de I’enseignement ne suit pas ».

            Il a exposé un ensemble de mesures pour faire face à cet afflux d’élèves. A ce niveau, il a remercié les partenaires éducatifs qui accompagnent cette action, dont la Banque mondiale et certaines coopérations bilatérales des pays amis. Pour combattre la baisse  du niveau tant décriée, il a exhibé des spécimens de livres de français et de mathématiques dont viennent de bénéficier les élèves congolais de classes de 1ère, 2ème, 3ème et 4ème années primaires.

            Il a également annoncé la distribution prochaine dans les 30 provinces éducationnelles des dictionnaires Larousse de poche, don du Président de la République aux écoliers de la RDC. Dans cette croisade pour rehausser la qualité de l’enseignement, le ministre de l’EFSP compte aussi sur le renforcement du corps enseignant avec l’engagement de nouvelles unités à l’école primaire et une formation permanente assurée par l’lnspection provinciale de l’Epsp et par vidéoconférence grâce au système de satellite installé récemment dans toutes le 30 provinces éducationnelles.

            Pour la bonne gestion du système éducatif et pour que l’argent investis produise des bons fruits, il a révélé les précautions prises pour garantir une bonne gouvernance du système éducatif, notamment avec la mise en place dans chaque école d’un comité de gestion où sont représentés le chef de division provinciale de l’EPSP (Proved), les parents, des élèves, et les partenaires éducatifs. Par ailleurs, un comité d’élèves chargé de faire le suivi du bon déroulement des enseignements à l’école a été mis sur pied sous le contrôle de la province éducationnelle. Il a conclu en insistant sur le fait que les questions de l’école ou de la jeunesse doivent relever d’une préoccupation permanente de [a communauté toute entière qui doit chercher à les résoudre avec les moyens disponibles, sans attendre indéfiniment les apports extérieurs. 

La gratuité a soulevé d’énormes défis

            Le Phare a interrogé plusieurs directeurs provinciaux de l’Epsp (Proved) et les inspecteurs principaux provinciaux (lPP) sur les principaux obstacles rencontrés dans la mise en oeuvre de cette gratuité en province. Il ressort que les obstacles qu’ils cherchent à résoudre au quotidien s’appellent le surpeuplement des classes ; insuffisance et sur utilisation des infrastructures scolaires ; l’attente d’une gratuité globale ; des inquiétudes des gestionnaires à cause de la suppression de l’apport des parents (frais d’intervention ponctuelle dans l’amélioration de l’environnement physique des écoles ; résistance de certains gestionnaires à accepter les enfants en surnombre qui provoqueraient !a baisse du taux d’encadrement des élèves et aussi inquiétudes quant à la régularité de payement de frais de fonctionnement des écoles dans le cadre du projet PURUS.

            Comme solutions, tous les responsables scolaires contactés par notre journal félicitent le ministre de l’Epsp et le gouvernement car le développement du pays commence toujours par l’éducation et l’instruction. Tous se disent conscients des difficultés du début, mais une fois de bonnes habitudes installées, le train de l’éducation ira de l’avant. Mais il faut démarrer avec ces difficultés. Ils invitent le gouvernement et les partenaires éducatifs à accorder une attention soutenue à la construction des écoles en matériaux à moindre coût ; à la réhabilitation des infrastructures scolaires existantes et délabrées ; à la prise en charge des écoles déjà existantes mais qui ne sont pas mécanisées ; à la régularité et à l’amélioration des salaires d’enseignants ; à recruter et à motiver desnouveaux enseignants qualifiés. 

SAKAZ

 

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