Gombe : les dures réalités du confinement de Ngobila

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On entendait parler de confinement avant la mise en application de la mesure. On spéculait sans savoir exactement comment cela allait se passer. Le lundi 6 avril 2020, après le coup de bain et un petit déjeuner pris à la va vite, on s’est pressé pour attraper un moyen de transport. A partir de Bandalungwa, quelques taxis assuraient le déplacement jusqu’à la Place Assanef à Lingwala. A la barrière érigée par la police, des agents de l’Hôtel de ville et policiers étaient intraitables pour les conducteurs d’automobiles. Mais c’est à l’Institut supérieur d’architecture et d’urbanisme que les mailles des filets se sont rétrécies. Pas de macaron, pas de passage. Qui que vous soyez. Curieux d’en savoir davantage, je fais les pieds jusqu’au croisement Itaga et Huileries. Autre barrière. Ce n’est pas tout. Je progresse et je me retrouve au croisement des avenues des Huileries et Mont des arts. Troisième barrière : ici, un poste de test est opérationnel : lavage des mains, prise de température.  Si tout est OK, la barrière s’ouvre et le passage est autorisé.

            Au croisement des avenues colonel Ebeya et Huileries, des policiers en faction se chargent de filtrer les véhicules et les piétons. Je passe jusque sur l’avenue colonel Lukusa, grâce à un effort musculaire digne des athlètes débutants. Spectacle auquel on a assisté : rarement des piétons sur les avenues de la Gombe. Sur le boulevard du 30 juin, des véhicules diplomatiques, de services de l’Etat et privés se livrent à une course de vitesse. On croirait que ce sont les tests du Grand Prix du 30 Juin. Que non ! C’est juste pour effectuer quelques navettes, déposer quelques courriers ou commandes. Toutes les alimentations sont fermées. Il en est de même pour les restaurants, les terrasses et les bars. La vie s’est arrêtée.

            Les rares piétons lancent quelques jurons ! La vie semble figée. Les écoles, les églises, les restaurants, les snacks, les hôtels, et même quelques sociétés tournent au ralenti avec un personnel confiné au service minimum. La production est à son bas niveau. Dans les immeubles résidentiels, on n’entend que le ronronnement des climatiseurs. Le centre-ville, d’habitude grouillante de monde, est quasi désert. On dirait une ville dévastée où sont rares les âmes qui vivent. Les enfants, d’habitude bruyants, alternent siestes et jeux vidéo devant leurs consoles. On se croirait dans une autre planète terre jumelle avec de drôles de mœurs. Pendant que dans certaines parcelles résidentielles, les garçons jouent au foot, les parents blottis dans un coin du salon, échangent quelques caresses. Question de réveiller les vieux sentiments d’amour de leur tendre enfance. Chose inimaginable, il y a quelques mois. Coronavirus n’a pas que ses revers de la médaille, il a changé énormément nos modes de vie. Pas de saletés, les mains toujours propres. Pas de gestes suspects, mais de gestes barrières pour éviter la propagation du covid-19.  Pas d’églises, les offrandes et les dîmes sont transférées aux pasteurs par M-Pesa, Orange money, Airtel money et autres. Et c’est peut-être par la voie électronique que l’on reçoit des bénédictions après avoir respecté le principe du prophète Malachie.

            Au lieu d’aller siroter un verre de bière dans une terrasse, désormais, c’est dans sa maison et à côté de sa moitié, qu’a lieu ce genre de partage agrémenté par une conversation intime rappelant les bons souvenirs d’enfance. Des anciennes habitudes jadis abandonnées ont retrouvé leur place au sein du couple. Ici, le confinement est mal venu et boudé. Rester à une distance d’un mètre loin de son épouse, c’est comme couper son bras ou le paralyser pour ne pas s’en servir. Mais toute violation des consignes a ses conséquences, les grossesses indésirables guettent ce genre des couples en rajeunissement. Finies les soirées prolongées seul au salon devant la télé. Volontiers, blotti l’un contre l’autre, on savoure un film d’amour avec beaucoup de commentaires alterné par des petits gestes de provocation. Violences faites à la femme, c’est quand on s’abstient à ses devoirs conjugaux et lui refuse son plaisir.

            Pas de boulot pour les travailleurs réduits au confinement. Pour question d’économie, les plats répétés, refroidis et réchauffés les jours suivants font leur retour triomphal dans les ménages à revenus modestes. D’autres familles font des jeûnes forcés, faute de moyens. Le confinement, c’est aussi la disette. Car, certaines entreprises n’ont pas payé les mois de février et de mars. On pense aux voisins à qui on a rendu service à une certaine époque, peut-être qu’ils peuvent voler à votre secours par ce temps de rigueur. Le temps de solidarité et de partage est arrivé avec la Semaine sainte et la Pâques.

            Malheur à ceux qui s’enferment chez eux aux temps de vaches grasses, et qui aux temps de vaches maigres, se demandent comment obliger les voisins au partage. Les fans du football, on les avait oubliés, ont perdu des moments d’émotion avec la suspension des championnats locaux et internationaux. Joueurs et leurs fanatiques tous confinés, les coaches et les présidents des clubs sont réduits aux réflexions sur les prochaines étapes sportives, après le déconfinement. Même ambiance pour les fans de la musique.

            Chaque matin, la prière quotidienne avec lecture de quelques passages bibliques permet de renouer avec des réflexes de fervent chrétien. Dieu sait réconcilier les chrétiens et leur bible. Et sait pactiser avec ses enfants égarés. Un miracle s’est accompli et les fidèles attendent surtout celui de la guérison du covid-19, loin de leurs pasteurs, archibishops et prophètes. Pas de campagne de prière, ni des conventions. Chacun prie chez lui et attend de voir comment la main de Dieu agira en solitaire.

                                                                                                               J.R.T.

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