Fosse commune : la Majorité étouffe l’Opposition

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CONGO-OPPOSITIONSignée par 52 députés de l’Opposition, la motion de défiance dirigée contre le Vice-premier ministre et ministre en charge de l’Intérieur et Sécurité, Evariste Boshab, relative à la fosse commune de Maluku, a été étouffée dans l’œuf par la Majorité Présidentielle lors de la plénière d’hier lundi 4 mai 2015 à l’Assemblée nationale.

Aussitôt la lecture de la motion de défiance par le porte-parole des signataires, en l’occurrence José Makila, qui tenait à avoir des éclaircissements sur l’inhumation nocturne de 421 inconnus, déclarés indigents, et des mort-nés, dans une fosse commune aménagé au cimetière Fula-fula, dans la commune de Maluku, le président du groupe parlementaire PPRD, Ramazani Shadari, est monté à la tribune de l’hémicycle pour bloquer la démarche de l’Opposition.

Dans une motion incidentielle, il a soutenu que cette motion contre le patron de l’Intérieur était mal dirigée. D’après le président du groupe parlementaire PPRD, la question de la fosse commune de Maluku relève du gouvernement provincial et non du gouvernement central.

S’appuyant sur la Constitution de la République et le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, il a indiqué que c’est le gouverneur de la ville de Kinshasa, ou le ministre provincial chargé de l’Intérieur, conformément à la loi de programmation des provinces, qui devait s’expliquer devant l’Assemblée provinciale.

Pour Ramazani Shadari, en vertu du principe de la séparation des pouvoirs, l’Assemblée nationale ne pouvait pas se prononcer sur cette question qui se trouve déjà devant la justice, avec l’instruction initiée par le Procureur Général de la République.

« Après une réunion de tous les groupes parlementaires, la Majorité a décidé de ne pas participer à ce débat », a tonné l’intervenant.     Il a atterri sur une série de questions, auxquelles les députés de la Majorité répondaient en choeur, pour démontrer que la motion de Makila était sans objet.

Cet argumentaire n’a pas convaincu les députés de l’Opposition, qui ont dénoncé, par la bouche de Delly Sessanga, la confiscation de la démocratie par la Majorité. L’élu de Luiza a fait remarquer qu’une motion de défiance est une sanction politique qui n’est pas exclusive de la sanction pénale.

 Sessanga a souligné que le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, qui gère toutes les entités de la République, a l’obligation de répondre aux questions qui touchent à la sécurité, d’autant plus que l’Hôpital Général de Référence de Kinshasa et sa morgue sont des services déconcentrés de l’Etat.

Le président de l’ENVOL a appelé la Majorité à s’assumer par le vote, au lieu de contourner la motion de défiance par des stratagèmes.      « L’Opposition va s’assumer face à cette forfaiture de la majorité qui viole les règles du  jeu», a-t-il prévenu.

            Du côté de la Majorité, Botakile et Boris Mbuku  ont manifesté un soutien total à la motion incidentielle de leur camarade. Ils ont affirmé que la motion  de défiance signée par  52 députés de l’Opposition était mal dirigée. A l’instar de l’auteur de la motion incidentielle, ils ont déclaré que l’affaire de la fosse ou tombe commune  de Maluku était de la compétence du gouvernement provincial et non central.

            Jean-Lucien Bussa de l’Opposition a démontré,  conformément à l’article 152 de la Constitution, que la motion de défiance en discussion ne statue pas sur une décision de justice qui n’existe pas encore concernant l’affaire de Maluku.

            Se référant à l’article 16 de la Constitution, l’élu de Budjala a annoncé la suspension de la participation de l’Opposition à ce débat sur la fosse commune, accusant la Majorité de cautionner la désacralisation de la vie humaine, en étouffant la motion de défiance contre le Vice-premier ministre en charge de l’Intérieur.

            Après cette intervention du président du CEDER, les députés de l’Opposition ont quitté la plénière, laissant seuls les députés de la Majorité voter en faveur de la motion incidentielle.

            La motion  de défiance ayant fait flop, le Vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur, Evariste Boshab, a été prié par Aubin Minaku de se retirer, ainsi que plusieurs membres du gouvernement venus lui témoigner leur solidarité. Aussitôt après, il a été porté en triomphe par les militants du PPRD qui avaient envahi le Palais du palais depuis le matin pour soutenir leur Secrétaire Général.

            Pour nombre d’observateurs, cette attitude des militants du PPRD qui se sont  permis de violer le Règlement intérieur en ovationnant pendant la plénière le vice-premier ministre de l’intérieur, remet en cause l’inviolabilité du Palais du peuple, tant clamé par le gouvernement pour réprimer les dernières manifestations de l’Opposition  contre la loi électorale du 19 au 21 janvier 2015.             Eric wemba

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