Fiasco de Kampala : la grande leçon pour la RD Congo

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Le Sommet de Kampala – c’est archiconnu – a été un grand fiasco politique et diplomatique. Les Chefs d’Etat et de gouvernement ayant participé à la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs, ne devraient pas être fiers d’avoir brillamment échoué dans leur tentative de mise en chantier de la « Force internationale neutre » devant sécuriser la frontière commune congolo-rwandaise et traquer le M 23 ainsi que les autres forces négatives présentes à l’Est de la RDC.

 Au-delà de ce constat d’échec, l’heure est venue, pour les gouvernants congolais, de tirer la grande leçon d’une situation peu honorable pour l’image de notre pays. Il n’est pas normal que pour obtenir le retour de la paix au Nord-Kivu, le gouvernement congolais s’en remette à la bonne volonté des Nations Unies, de l’Union Africaine ainsi que des Etats voisins tels que l’Angola, le Congo/Brazzaville et la Tanzanie. Pourtant, l’on n’ignore pas, du côté de Kinshasa, les visées de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi non seulement sur les ressources naturelles du Congo démocratique, mais aussi sur son espace géo-physique.
 La controverse entourant le processus de configuration de la « Force internationale neutre » sus évoquée vient de renvoyer dans le miroir des Congolais l’image d’une triste réalité, celle de la grande fragilité de leur système de défense. La vérité est là, toute crue : la RDC est incapable de se débarrasser, toute seule, aussi bien des mutins du M23 que de toutes les forces négatives qui empêchent ses citoyens de vivre en paix au Nord-Kivu.

Maudite « Transition »…

 Au Dialogue Intercongolais, une résolution pertinente avait érigé en préalable incontournable directe la réforme de l’armée, de la police et des services de renseignements avant que les dignitaires de la « Transition » (2003 – 2006), ne conduisent le peuple congolais aux élections. Malheureusement, dans l’euphorie du Régime 1+4 (un Président et quatre vice-présidents), la sécurité et la défense nationale ont semblé ne pas trop préoccuper les nouveaux bourgeois politiques, pressés de « s’installer » et d’« installer ».
 Nos concitoyens investis des pouvoirs illimités dans la gestion de la chose publique se sont amusés à gonfler les listes des combattants de leurs ex-« composantes » et « entités » devant intégrer l’armée nationale réunifiée, à faire nommer des généraux et colonels d’opérette, à faire « brasser » et « mixer » des troupes selon les intérêts de leurs villages, tribus ou ethnies.
 Pendant trois ans, les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) ont été transformées en un fourre-tout réservé à un tas d’individus manquant les minima intellectuels et le fondamentaux physiques pour faire le métier des armes. Décideurs politiques et officiers supérieurs en connexion direction avec le budget de l’armée nationale se sont enrichis éhontément, au point de perdre totalement de vue l’engagement pris au Dialogue intercongolais.

La rançon d’une négligence coupable

 Ce qui nous arrive aujourd’hui avec le M 23, les FDLR et toute la multitude de groupes armés qui nous harcèlent de tous côtés (Rutshuru, Goma, Ituri, Kitingi, Walikale, Lubumbashi…) est la rançon, amplement méritée, de notre négligence coupable pendant la période de « Transition », au moment où toutes les conditions paraissaient réunies pour réformer l’armée et en faire un puissant et respectable instrument de la défense de la patrie. Pour n’avoir pas pu se doter d’un corps d’officiers et de soldats nécessités par les impératifs d’un voisinage belliqueux au niveau des Grands Lacs, l’armée nationale congolaise est devenue prisonnière d’officiers et hommes de troupes affairistes.
 On ne devrait pas s’étonner de l’attitude des chefs militaires versés dans le business sur différents fronts : ils ne peuvent pas exposer leur vie pour la cause de la patrie…Leur préoccupation majeure est de réaliser des affaires en or puis se mettre à l’abri dès que les balles se mettent à siffler. Dans ces conditions, on ne peut gagner la guerre avec des officiers et soldats considérant l’insécurité comme une source d’enrichissement.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire

 L’échec de Kampala peut être d’un grand secours pour notre pays si ceux qui siègent dans les institutions de la République et les centres de décision acceptent de revisiter le passé et de réfléchir aux correctifs à apporter pour construire une armée digne de la République Démocratique du Congo. Pour redorer le blason militaire terni, il y a nécessité de réchauffer sans tarder les programmes de démobilisation des ex-combattants, de recrutement de nouvelles unités, de formation des officiers et soldats, d’aménagement et d’équipements des bases militaires, de dotation et motivation des troupes, de maîtrise des effectifs, etc.
 Le Parlement devrait être sérieusement mis en contribution dans le processus de réforme de l’armée nationale, par la fixation des règles du jeu à travers les lois spécifiques aux compatriotes sous le drapeau, dont plusieurs restent encore en souffrance dans les commissions ou les tiroirs des décideurs politiques. La RDC a besoin d’un système de défense qui réponde aux standards internationaux. Si elle était en mesure d’assurer sa propre défense, elle n’aurait pas besoin d’une « Force internationale neutre » de l’Union Africaine ou des Nations Unies.


    Kimp

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