Les femmes congolaises sont-elles prêtes pour la parodie électorale de ce 23 décembre 2018 ?

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Dans la présente communication, je refuse de jouer le rôle d’un donneur de leçons. Les femmes congolaises sont brillantes pour trouver, elles-mêmes, les stratégies électorales qui maximiseront leurs chances lors des prochaines échéances électorales. Aussi, je me
limiterais à évaluer  les performances des femmes aux élections présidentielles et législatives de 2011 pour ensuite poser quelques questions que je commenterais en espérant que cette analyse contribuera à leurs efforts de se mettre en rang de bataille pour les prochaines élections.  Afin de mieux accompagner  les femmes dans leur action d’appropriation de l’espace politique à travers les élections, j’ai jugé utile d’établir des tableaux comparatifs des élections de 2006 et de 2011. C’est donc à ce premier exercice que je voudrais qu’on se livre ensemble. Je terminerai cet exercice non pas par des
affirmations mais plutôt par des questionnements qui devront, je l’espère, nous mettre sur des pistes de solutions qui aideront la femme congolaise à améliorer son score lors des prochaines échéances électorales.

Au terme de cette lecture chiffrée, des questions me viennent à l’esprit auxquelles, personnellement, je n’ai pas de réponses précises. Je vais tout simplement les partager avec vous et espérer que de nos discussions jailliront ces étincelles qui éclaireront la
longue route électorale des femmes de notre pays. Il s’agit successivement des interrogations ci-après :
• L’électorat ainsi que les candidats féminins du Congo sont-ils conscients que les femmes représentent 52% de la population de la RDC? Lorsque je parle d’électorat féminin, je ne parle pas de ces quelques femmes ambitieuses qui, dans nos milieux urbains, alimentent
les débats de quelques rares ateliers sur les femmes et les élections. En nombre, ces femmes ne représentent pas l’électorat des périphéries
de nos villes et surtout des milieux ruraux. Ce sont ces dernières
auxquelles je fais allusion ; celles que la distance a empêché de se
faire enrôler ; celles auxquelles les mêmes distances empêcheront
demain de voter laissant entre les mains des agents des bureaux de
vote une machine à voler qu’ils utiliseront pour rançonner les unes et
les autres ; celles qui, analphabètes, ne comprennent rien au scrutin
électoral proportionnel, majoritaire, zébré, braisé, avec liste, avec
quota, etc. ; etc.
• Les femmes réalisent-elles que, malgré leur importance, elles ne
représentent que 8.4% à l’Assemblée Nationale et 4.6% au Sénat,  alors
que les chiffres désagrégés du fichier électoral montrent qu’elles
représentent 49.68% de l’électorat congolais ? Combien de femmes
ont-elles réellement voté  en 2006 et 2011? Et, à chaque remaniement
ministériel, combien d’entre elles n’abandonnent-elles pas leurs
sièges au profit de leurs suppléants hommes de maris, fils et autres
beaux-frères réduisant ainsi en peau de chagrin le nombre de femmes
siégeant au Parlement ?
• Les femmes ne se laissent-elles pas bercer par le nombre d’électeurs
féminins enrôlés sans se poser réellement des questions sur les
raisons de cette mobilisation ? L’engouement des femmes à se faire
enrôler ne se justifie-t-il surtout pas par la nécessité d’obtenir une
carte d’identité  dans un pays où la carte d’électeur joue ce rôle ?
Malgré  les difficultés du nombre insuffisant des centres
d’inscription et malgré l’éloignement de ces derniers des lieux
d’habitation, qui, parmi les candidates, peut affirmer que cette
mobilisation pour l’enrôlement avait une quelconque motivation
politique ? Si c’est le cas, comment expliquer le pauvre score réalisé
par les femmes jusqu’à ce jour?
•       Cette faible représentation de la femme est-elle causée par le poids
de la culture ? Pouvons-nous affirmer que les barrières
traditionnelles et culturelles sont à la base de cette pauvre
représentation de la femme ? Doit-on mettre cette faiblesse sur le
compte des violences de nature physique, sexuelle, morale,
psychologique et économique dont les femmes sont victimes dans une
société patriarcale?
•       La femme congolaise croit-elle suffisamment en elle-même pour
s’assurer des victoires électorales ? Quelle chance a-t-elle en
limitant sa campagne sur des thèmes comme « 5 chantiers » ou encore «
révolution de la modernité » en lieu et place d’une campagne sur la
promotion de la femme et la problématique de la parité
Congolaise-Congolais, les violences faites au femmes, la scolarisation
de la jeune fille, les conditions socioprofessionnelles des femmes,
etc.?
• La femme candidate a-t-elle un contrat qui la lie à ses électrices
éventuelles ? Est-elle plus crédible et honnête vis-à-vis de ses sœurs
électrices lorsqu’elle opère, comme les hommes, à coup de corruption,
de manipulation, de T-shirts, de bières et autres dons-achats de
conscience, etc. ? Peut-elle offrir une campagne électorale
éthiquement plus respectueuse de ses sœurs pour mériter leurs voix ?
•       Quelle chance a-t-elle avec une campagne tardive, improvisée,
opportuniste et limitée dans l’espace faute de moyens ? Bien plus,
qu’espère-t-elle gagner d’une présence, timide, furtive et douteuse
dans sa circonscription électorale tout au long de la période
pré-électorale depuis la fin des dernières élections de 2011 ?
• Cette faible représentation de la femme ne serait-elle pas liée à
l’absence de l’application de la loi pour la mise en œuvre de la
parité ? Le combat n’est-il pas à mener contre les nombreuses
dispositions légales qui sont encore discriminatoires envers les
femmes ? Les femmes se sont-elles suffisamment mobilisées contre cette
loi électorale qui inclut, de façon, expresse une disposition
contraire à la Constitution,  en laissant le principe de la parité
vide de contenu ? Les femmes ne se laissent-elles pas, aujourd’hui
encore, piéger par la disposition de la loi électorale selon laquelle
« chaque liste est établie en tenant compte de la représentation
paritaire homme-femme (…) Toutefois, la non réalisation de la parité
homme-femme (…) n’est pas motif d’irrecevabilité d’une liste » ? A
quels résultats peuvent s’attendre les femmes lorsqu’encore une fois,
elles acceptent d’aller aux prochaines élections sans qu’aucun
mécanisme de mise en œuvre, sans qu’aucune sanction ne soit prévue en
cas de non-respect de la représentation paritaire par les listes des
partis ?
•       L’analphabétisme plus répandue parmi les filles et les femmes
est-elle responsable de ce pauvre résultat ? Quels résultats les
femmes attendent-elles de toutes ces formations tardives et à la qui
va vite qu’organisent les différents partenaires?
• Comment les femmes comptent-elles s’organiser financièrement ?
Peuvent-elles collecter des fonds pour soutenir financièrement des
candidatures féminines ? Réalisent-elles que les collectes de fonds au
sein des partis politiques se font souvent au profit des leaders
hommes et à la sueur des « songué ya maputa ya ba mama » ?
Peuvent-elles continuer à rêver de la manne des partenaires étrangers
soucieux de la promotion politique des femmes ? Connaissent-elles la
nature du soutien qu’elles peuvent attendre de ces partenaires pour ne
pas être surprises si pas déçues le moment venu ?
• Enfin,  que peuvent espérer les femmes en acceptant comme en 2006 et
2011 de participer encore une fois  à une parodie électorale avec une
CENI bipolarisée et qui a cessé d’être une institution citoyenne ?
N’est-ce pas le moment d’insister sur la crédibilité des hommes et
femmes en charge de l’organisation matérielle des élections et surtout
sur la présence quantitative et qualitative de la femme au niveau des
bureaux d’administration et de gestion des élections à tous les
niveaux ?

Que dire pour
conclure ?

Visiblement et au-delà des agitations des séminaires et autres
ateliers sur la préparation des femmes candidates aux prochaines
élections, il faut avouer que la femme congolaise n’est pas prête pour
la prochaine parodie électorales. Pour se consoler, elle a tendance à
se satisfaire du fait que les hommes non plus ne semblent pas prêts du
tout ! Mais si les femmes veulent gagner demain, elles doivent
regarder leur situation avec lucidité et sans légèreté.
Manifestement, les femmes ne sont pas prêtes,  elles dont la
préparation est tributaire des appuis des organisations
internationales activistes des violences liées au sexe et au genre et
du bon vouloir d’une machine électorale patriarcale qui monnaie le
plus grand nombre de victoires électorales masculines en espèces et
féminines en espèces si pas parfois en nature. Toutes mes excuses, mes
sœurs, pour cette dure et atroce vérité d’une scène électorale où,
semble-t-il, les voix se vendent et s’achètent!
Avant 2006 jusqu’à ce jour, les femmes congolaises n’ont pas eu une
préparation électorale organisée, structurée et surtout dans la durée.
Souvent et c’est le cas encore aujourd’hui, à quelques mois des
élections, on observe une agitation des milieux féminins intéressés
par la question électorale. Cette agitation tardive ne
s’explique-t-elle pas par la dépendance des activités du corps
électoral féminin des financements de nombreux partenaires étrangers ?
N’est-elle pas aussi tributaire de l’opportunisme qui anime souvent
les actions de certaines femmes ambitieuses en quête de pouvoir
politique qui, comme les politiques hommes, refusent d’investir dans
le long terme pour ainsi espérer se faire élire grâce à l’ignorance et
à l’immaturité électorale de leurs consœurs?
Les tentatives de réponses à toutes les interrogations suscitées
ci-dessus tournent mon regard vers la CENI, les partis politiques au
sein desquels les femmes militent et les Eglises.
De la CENI, les femmes doivent continuer à exiger et obtenir;
• Une répartition des bureaux de vote qui tiennent compte des
distances et des conséquences pour l’électorat féminin.
• Une cartographie spatiale des bureaux de vote. S’il y a un soutien à
obtenir des organisations internationales, elle devrait, à mon avis,
aller dans le sens de la réduction de ces distances en offrant des
appuis logistiques là où les matériels de vote nécessitent des
déplacements. Mais pour des raisons d’efficacité, les femmes doivent
justement indiquer clairement avec l’appui de leurs consœurs en
province les espaces où les distances risquent de porter préjudice à
l’électorat féminin.
Des églises et de l’église catholique en particulier, les femmes
doivent exiger et obtenir :
• Des espaces de formation et de conscientisation en faveur non pas de
leurs partis respectifs mais bien de la cause des femmes et des
candidates aux élections. Un deal peut être signé entre les églises et
les femmes qui, de nos jours, sont de réels partenaires  financiers.
N’est-ce pas la femme qui organise les « mabonza-offrandes » de chaque
dimanche à la sueur de son front. Ce sont les femmes qui, par leur
bénévolat assurent le fonctionnement au quotidien de nos églises.
•       Des postes de responsabilité et non de « mamans-fleurs » au sein des
équipes d’observations

Des partis politiques les femmes doivent exiger et obtenir :
•       Une attitude plus positive à leur égard dans la mesure où
aujourd’hui, par leur nombre, elles organisent la mobilisation au sein
des partis politiques. Les femmes ne doivent pas rester naïves. En
cette période électorale, si les femmes veulent gagner, le slogan
devra être : « une femme= une voix pour la femme! ».
•       Des postes de responsabilité et non protocolaires au sein des
équipes de témoins dans les bureaux de vote. Les femmes témoins
doivent veiller à ce que des agents masculins véreux ne profitent de
l’analphabétisme de la femme électrice pour détourner le « vote de la
femme pour la femme »
•       Une fidélisation effective de l’électorat féminin au sein des partis
politiques. Il s’agit d’un combat que la femme se doit de mener dans
un contexte qui conçoit la femme comme « nduunda ya commandant »,
bonne pour les activités protocolaires et ludiques, pour utiliser un
slogan propre au monde patriarcal de l’armée pas différent du tout du
« monde ya nko » ; « monde arabe » qu’est le monde politique
congolais.
En définitive, au regard de ce qui précède, et je ne cesserai de le
dire : le problème des femmes en politique ne réside pas dans leur
capacité de s’organiser ni de se mettre ensemble. C’est faux. Les
femmes congolaises sont capables de le faire et elles en ont fait les
preuves plusieurs fois.

Le problème n’est pas non plus dans leur capacité de gérer les fonds
et autres subsides. De la femme au foyer à celles dans les entreprises
et autres organisations, personne ne nie leur capacité de gestionnaire
même si certaines parmi elles doivent encore fournir des efforts dans
ce domaine au sein des institutions qu’elles animent.

Le problème n’est même pas dans leur habileté à créer de nouveaux
partis politiques aux noms rivalisant de beauté et de charme. Non, je
ne conseillerai pas aux femmes d’en créer d’autres. Qu’elles gardent
leur imagination créatrice pour étudier comment phagocyter, dans la
non violence et démocratiquement, les partis politiques dans lesquels
elles militent et en prendre les directions.  10. 000 femmes décidées,
contribuant mensuellement à raison de 1$ par femme peuvent disposer de
10 .000$ et peser de tout leur poids au sein du parti  en cette
période électorale et sans doute après !

Je vous remercie.

THIERRY NLANDU MAYAMBA, PROFESSEUR A LA FACULTE DES LETTRES/CONSULTANT
EN DEVELOPPEMENT ORGANISATIONNEL/UNIVERSITE DE KINSHASA, MEMBRE DU COMITE
LAÏC DE COORDINATION (CLC), E-MAIL : THIERRYNLANDU@YAHOO.FR
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