Félix Tshisekedi : « Je rêve d’un Congo puissant »

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En marge de son passage au Saint Siège pour honorer son compatriote Mgr Fridolin Ambongo que le Pape François était en train de créer cardinal, le Chef de l’Etat congolais, Félix Antoine Tshisekedi, a accordé une interview aux confrères de Radio Vatican.

De sa vie de foi, ses relations avec l’église catholique, son rêve en termes de vision politique qu’il a pour son pays la République Démocratique du Congo…, tout a été passé au crible avec le nouveau dirigeant congolais.

A propos de sa présence physique au Vatican en vue d’assister à la cérémonie de création de son compatriote comme cardinal, le Président de la République a fait savoir qu’il était venu non seulement pour honorer l’Archevêque de Kinshasa, Mgr Fridolin Ambongo, mais voulait également envoyer un message fort à son peuple. Celui de fierté d’être Congolais et de dignité pour ce peuple meurtri et découragé qui n’avait plus d’espoir pour l’avenir.

            Et aujourd’hui, tel qu’on excelle à travers le monde ça redonne l’espoir et la fierté d’être Congolais. Le Prix Nobel de la Paix obtenu par Dr Denis Mukwege, la reconnaissance internationale du travail que réalise le Dr professeur Muyembe pour la lutte contre la maladie à virus Ebola, et la création de Mgr Ambongo cardinal  sont des cas qui ne peuvent que redonner la fierté et la dignité à notre peuple.

Radio Vatican : Quel message particulier avez-vous parce que c’est la première fois pour un Président de la République de la RDC d’assister au cardinalat d’un de ses fils ?

Félix Tshisekedi : Vous savez qu’on dit des choses sur l’église catholique, et vous savez que je suis enfant de l’église catholique. J’ai été baptisé à l’âge de deux ans, je suis membre des familles très proches de l’église qui ont des vœux. J’ai un oncle paternel évêque. Du côté maternel, il y a eu deux religieuses. De deux côtés, paternel et maternel, mes grands-parents étaient très pieux, très catholiques. Même si plus tard, j’ai pris d’autres options qui sont miennes. Mais, cela ne veut rien dire parce que je suis très proche de l’église catholique et j’y vais parfois, je prie comme catholique. Donc, pour moi, ce qui compte, c’est la relation avec Dieu. Car, je suis catholique et évangéliste à la fois.

Radio Vatican : A un certain moment de votre parcours, on reprochait à l’église catholique d’être porte-voix de Félix Tshisekedi. Puis, à un certain moment il y a eu des incompréhensions avec l’église. Mais, on sent qu’il y a quand même toujours des rapprochements comme vous veniez de le témoigner dans la famille d’abord. Y a-t-il l’ombre entre l’église et Félix Tshisekedi ?

Félix Tshisekedi : Il n’y a aucune ombre. Et moi, je dis clairement que s’il y a eu maille avec l’église catholique c’est à cause de la manipulation, et j’ai été victime de la manipulation, de la manipulation politicienne. Et ça arrive partout où il y a des politiciens, et il ne faut jamais exclure de telles choses.

Mais pour moi, m’en prendre à l’église catholique, ça aurait été ingrat de ma part. Cette église a un parcours que l’on connait. Déjà, à l’époque du Cardinal Malula qui s’opposait aux méfaits du régime d’antan, l’église a toujours marché près du peuple et pour les intérêts du peuple. C’est vrai que par moment, on a eu des incompréhensions. Mais, dans l’ensemble, la mission de l’église catholique est à louer, féliciter. J’entends d’ailleurs raffermir davantage les relations entre l’Etat et l’église, chacun évidemment dans son domaine d’action. Je crois que dans le pays comme le nôtre où j’ai lancé un appel au redressement, à la conscience, à la lutte pour le changement des mentalités, lutte contre la corruption, lutte contre la pauvreté, l’église peut être un partenaire très important. Donc, pour nous, il n’est pas question de la regarder (église) comme adversaire mais plutôt un allié. C’est ça que je vais envoyer somme signal.

Radio Vatican : C’était la grande joie que les chrétiens vous ont exprimée avant la messe. Cela vous a-t-il frappé ?

Félix Tshisekedi : Oui, mais c’est d’abord à Dieu qu’il faut rendre gloire. Moi, je n’ai rien fait de plus que ce que Dieu m’a donné de faire. Le caractère que j’ai, l’intelligence que j’ai, les intentions que j’ai, louables ou pas, peu importe, sauf que si tout cela est apprécié par le peuple, c’est parce que Dieu m’a créé ainsi. Je n’invente rien, je n’ai rien reçu de quelque part, c’est pourquoi je rends gloire à Dieu.

Radio Vatican : Est-ce facile d’être Président de la République ?

Félix Tshisekedi : Non, ce n’est pas facile.

Radio Vatican : Est-ce facile d’être président d’un parti dans l’opposition, et puis Président de la République ?

Félix Tshisekedi : Les deux sont difficiles. Et ça dépend aussi de l’opposition que vous faites. Nous, on faisait une opposition réelle et sincère ; c’est-à-dire sans compromission. Nous voulions un idéal pour notre pays. Et quand vous vous fixez ça en termes d’objectifs, vous devez vous privez de beaucoup de choses.

                  Nous savons que nous avons plein d’amis opposants qui mangeaient à tous les râteliers. Cela n’est pas une opposition. L’opposition telle que l’on fait, est difficile. Les deux sont difficiles, sauf que les difficultés sont d’ordre différent.

                  C’est pour cela, je vais changer des choses même de ce côté-là. Donc, être opposant ne doit plus être regardé comme un ennemi, un souffre-douleur du pouvoir. Il faut plutôt la faire participer au pouvoir. Pas en la débauchant, mais en lui confiant des responsabilités en tant qu’opposition pour qu’elle surveille l’évolution du pouvoir. Voilà pourquoi à l’époque, j’avais demandé à la présidente de l’Assemblée nationale et au président du Sénat de donner des commissions très importantes à l’opposition pour qu’elle puisse réellement contrôler le pouvoir et savoir ce qui se passe.

                  Nous, en arrivant au pouvoir, on s’est rendu compte qu’il y a beaucoup de choses qu’on ne sait pas et qui créent d’ailleurs de l’incompréhension avec ceux qui sont au pouvoir parce qu’on les soupçonne, on a des préjugés, etc.

Or, si on la fait participer aux affaires d’une manière ou d’une autre, ça va aller. C’est pourquoi, cette histoire du chef de file de l’opposition, comme prescrit dans la constitution, je vais la réaliser. Je pense que c’est important d’avoir des interlocuteurs qui ne pensent pas comme nous, et qui vont nous aider par leurs critiques constructives, j’espère, à aller de l’avant. Et dans tout ça, c’est le pays qui va gagner.

Radio Vatican : Quel nom voulez-vous qu’on vous appelle : Félix Tshisekedi, Félix ou Fatshi ?

Félix Tshisekedi : Le nom de Fatshi, c’est moi qui l’ai créé en créant mon e-mail, qui est les initiales de mes noms : Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. On peut m’appeler comme on veut.

Radio Vatican : Quel est votre rêve pour la République Démocratique du Congo ?

Félix Tshisekedi : En faire un pays puissant, parce que le Congo, mon pays, le mérite la place de leader en Afrique, même dans le monde aujourd’hui. Nous avons des atouts, enjeux mondiaux, et nous ne les utilisons pas. Mon rêve, c’est celui-là, faire de mon pays un des moteurs de l’Afrique. J’ai beaucoup d’ambitions pour l’Afrique. Il faut que l’Afrique se développe.

L’Afrique, c’est l’avenir de ce monde. Donc, elle se doit de le démontrer. Nous avons beaucoup de force, et personne ne peut nous égaler à ce niveau : nous avons une jeunesse créative, innovante, dynamique, ingénieuse, etc. Nous devons tout simplement la mettre dans de bonnes conditions et vous allez voir que l’Afrique va étonner. C’est ça mon rêve.

Radio Vatican : Que pensez-vous du culte de personnalité ?

Félix Tshisekedi : Je déteste ça. Vraiment, je déteste ça et je prie tous les jours mon Dieu pour qu’il me garde de tomber dans l’orgueil, et que je reste ce que je suis. C’est pourquoi je demande toujours à mes amis, à mon entourage de me dire chaque fois si je déborde pour qu’ils me le fassent remarquer. Mais, je me rends compte jusque-là que ça tient.

                  On dit que le pouvoir use, le pouvoir rend fou. J’espère que je pourrai partir avant de devenir fou.

Radio Vatican : Avez-vous encore le temps pour les amis et la famille ?

Félix Tshisekedi : Oui, quand même. Pas beaucoup, mais quand même.

Radio Vatican : A quand votre visite officielle au Vatican ?

Félix Tshisekedi : Quand le Vatican m’invitera. Pas de problème, je suis là. Mais, je vous dis tout à l’heure dans ma rencontre avec le Pape, moi, j’ai d’ores et déjà lancé l’invitation au Saint Père et j’espère le voir à Kinshasa l’année prochaine, ou peut-être en 2021 l’année où je serai président en exercice de l’Union Africaine.

Radio Vatican : Votre dernier message au Vatican et au peuple du monde ?

Félix Tshisekedi : Le message d’amour. Je suis au Saint Siège et je ne peux qu’émettre le message d’amour parce que grâce à l’amour nous avons le sens du partage, du pardon, de la considération et de la paix.Dom

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