Félix Tshisekedi aurait-il dû reconnaître sa défaite, comme l’a dit Mgr Monsengwo ?

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« Félix Tshisekedi aurait mieux fait de reconnaître sa défaite », dixit Mgr Monsengo ! Martin Fayulu, 62% de voix, Félix 18%! Donc le peuple aurait choisi Martin Fayulu. Voici pour la forme. Et pour le fond ? Est-il possible que le président de l’UDPS, le parti le mieux implanté à travers la RD Congo n’ait obtenu que 18% de voix ? Cela voudrait-il dire que l’implantation d’un parti politique à travers le pays ne pèserait en rien dans le vote ? Si Martin Fayulu a fait carton plein au Bandundu, pouvons-nous admettre que Félix Tshisekedi aurait, lui aussi, remporté la mise  dans les deux Kasaï ? Si tel fut le cas, les voix de deux Kasaï plus celles de tous les membres de l’UDPS de Kinshasa, du Katanga, du reste du pays… l’ensemble n’auraient fait que 18% ! De deux choses l’une : ou ces chiffres sont faux, ceux qui tempêtent aujourd’hui devraient se calmer ou ils sont vrais, alors ils seraient encore pire de signification, comme je vais essayer de le démontrer.

            Pour rappel : Mars 2018, la plate-forme ENSEMBLE (dont fait partie Mr Fayulu) est en train de clôturer ses travaux sous la présidence de Moïse Katumbi, en Afrique du Sud. Voilà que surgissent dans la salle une horde de gens bien décidés à en découdre avec les séminaristes. « Vous voulez vendre notre pays », crient-ils. J’interpelle l’un d’entre eux : « C’est quoi la raison de votre colère ? » Réponse : « Vieux, tu vois, moi qui te parle, je suis de l’Equateur, je suis un ngbandi pur… ». Cette introduction me rappelle la dictature, l’époque où ce bout de phrase était pour les uns une sorte de sésame et pour les autres une hantise. Je lui dis « En tant que ngbandi, ne fais-tu pas partie de ceux qui devraient se taire, pour une fois ?». Réponse : « Mobutu n’était pas ngbandi… ». J’ai arrêté la conversation. Mobutu était ngbandi quand on tirait profit d’être proche de lui. Maintenant qu’il n’est plus, on lui trouve d’autres origines ! Judas !

            Cessons donc d’être hypocrites. Reconnaissons que la composante ethnique pèse encore dans la balance chez beaucoup de Congolais. Souvenons-nous de l’opération «lititi mboka» sur le campus universitaire de Lubumbashi. A Kisangani où j’ai étudié, cinq provinces ont dû se coaliser pour se libérer un tant soit peu du joug du MPR dont le dirigeant ne pouvait être qu’un proche ou un voisin de ceux qui détenaient le pouvoir. Revenons aux chiffres : que représenteraient les 62% de voix attribuées à monsieur Fayulu ? Elles seraient venues et de ceux qui le voulaient comme chef et de ceux qui, même sans vouloir Fayulu, ont quand même dû le choisir juste pour barrer la route à Félix ? Et pourquoi ce rejet ? Parce que Félix Tshisekedi serait un serpent à écraser? Et Dieu dans tout cela ?

            La réponse serait à chercher dans une autre phrase de Mgr Monsengo à la CNS : « L’avenir d’un pays dépend de deux ou trois personnes qui ont su garder le secret ». Eh bien, demandez aux 7 présidentiables qui se sont retrouvés à Genève, quel fut leur critère de choix, leur secret ? Qu’avait-il de démocratique ce secret ? Demandez-leur pourquoi les 21 candidats à la présidence n’étaient pas à Genève ? Pourquoi dans le carré des quatre présidentiables, y avait-il deux personnes de Bandundu ? Chacun des candidats avait-il la même chance que les autres d’être choisi ? Les dés n’étaient-ils pas pipés déjà à ce niveau? Et puisqu’il a été question d’alliances dans tous les camps, qui peut se targuer d’être le grand gagnant ? A mon avis, toutes choses étant égales par ailleurs, la victoire revient à l’UDPS et elle le mérite. Comme ce fut le cas en 2011. Il nous reste à arrêter de nous insulter, à rejoindre Félix et à nous mettre au travail pour bâtir un pays plus beau qu’avant.

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Pie Tshibanda W.B. psychologue,

écrivain, conteur

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