FCC : des questions sur les propositions de Néhémie Mwilanya

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Dans un document de cinq pages signé le 3 avril 2020, Néhémie Mwilanya Wilondja, Coordonnateur du Front Commun pour le Congo, annonce dix propositions de sa plateforme politique pour vaincre le coronavirus.

Comme tous ceux qui réfléchissent sur le sujet, il pose le même diagnostic et formule les habituelles voies de sortie de crise, à savoir :

  1. Améliorer la stratégie de communication et de sensibilisation de la population en apportant la clarté nécessaire sur la réalité et la gravité de l’épidémie
  2. Vaincre les réticences de l’opinion publique sur la problématique du confinement à travers un éclairage sur les motivations, le bien-fondé et l’objectif du confinement y compris l’alternative à celui-ci
  3. Assurer la montée en puissance des tests à faire par jour et multiplier les laboratoires pour le diagnostic
  4. Garantir une prise en charge effective et efficace en cas de développement de la maladie
  5. Prévoir la possibilité de recrutement des volontaires
  6. Faire de la protection et de la motivation du personnel engagé dans la lutte contre l’épidémie une priorité
  7. Du point de vue des structures de gestion de la riposte, affirmer outre leadership du Chef de l’Etat et de la Task Force, la responsabilité politique du Gouvernement dans la gestion quotidienne de la stratégie de lutte et nécessité de décentraliser les activités opérationnelles du Secrétariat Technique
  8. Éviter la tentation de gérer la crise sous la pression de l’opinion et de politiser ce processus
  9. Préparer en conséquence les éléments de la police, le cas échéant les forces de défense engagées dans la riposte
  10. Encadrer les mesures économiques prises pour qu’elles atteignent effectivement leurs objectifs

A la lecture de ces propositions, nous avons quelques observations à faire. La première est qu’elles rappellent les préoccupations que tout le monde a formulées jusqu’ici. Le seul élément nouveau à épingler est la nécessité de décentraliser les activités opérationnelles du Secrétariat Technique eu égard à l’étendue du territoire et de l’évolution de la pandémie en provinces.

La deuxième observation est qu’on ignore à qui s’adresse le signataire du document.

Coordonnateur d’une plateforme politique membre de la coalition au pouvoir, Néhémie Mwilanya dispose de tous les outils pour faire passer son message. Les décisions prises jusqu’ici dans le cadre de la prévention et de la lutte contre la pandémie de coronavirus l’ont été avec l’implication active des délégués de sa plateforme dans les institutions concernées. Il ne peut pas l’ignorer, d’autant plus que les comptes-rendus sont officiels et publics.

Ainsi donc, réclamer, comme il le fait au point 7 de ses propositions, qu’il importe d’affirmer la responsabilité politique du Gouvernement dans la gestion quotidienne de la stratégie de lutte, c’est donner l’impression qu’il ne suit pas les comptes-rendus réguliers des réunions restreintes que préside le Premier Ministre Ilunga Ilunkamba et les différentes dispositions pratiques prises par le Gouvernement pour tonifier l’action de la riposte.

Le plus étonnant dans ce dossier est la voie choisie pour porter le message du FCC. Représenté au plus haut niveau au Gouvernement, le Front commun pour le Congo devait logiquement faire directement part de ses préoccupations au Premier Ministre, quitte à celui-ci d’en partager, sur base de leur pertinence, la quintessence avec les autres parties impliquées dans la riposte. Dans quelle intention a-t-on donc « bypassé » le Premier Ministre pour s’adresser directement à l’opinion ? S’agit-il d’une volonté de réaffirmation du leadership interne ? Et si c’est le cas, ne peut-on pas y voir une volonté délibérée d’affaiblir le Premier Ministre, obligé désormais de garder un œil constamment rivé sur le rétroviseur pour s’assurer que tout se passe bien dans son dos et qu’il ne va pas recevoir un couteau entre les omoplates, assené inutilement par ceux qui l’ont délégué à sa fonction ? Par ailleurs, la « ngaimanie », cette tendance de l’époque mobutienne de tout ramener vers soi, ne devrait pas être de mise dans le combat actuellement engagé car celui-ci concerne la survie de tous, quelles que soient les tendances politiques ou religieuses.

Soyons patriotes. Regardons tous l’objectif et avançons. Le pays est en effet menacé et il est temps que tout le monde s’engage, sans atermoiement, dans la lutte. Car seule une contribution dénuée d’arrière-pensées pourra permettre de contenir la pandémie et de retrouver les fondamentaux nécessaires au fonctionnement de l’Etat.

Qu’on se le dise.

L.P.    

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