Fatshi : l’avenir du Congo passe par les routes

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C’est au point 5 de sa déclaration liminaire faite à l’occasion de chaque conseil des ministres que Félix-Antoine Tshisekedi a posé, lors de la dernière réunion du Gouvernement tenue en visio-conférence, le problème de fond concernant le développement de la République Démocratique du Congo.  Jolino Makelele qui s’est chargé d’en faire part à l’opinion nationale écrit textuellement ceci :

            «Le Président de la République a rappelé que les infrastructures routières sont des instruments importants et indispensables à la réalisation des politiques gouvernementales tant au niveau central que provincial.

            Tout en relevant l’importance de l’aménagement de l’ensemble du territoire national en infrastructures routières de bonne qualité, il a constaté que les travaux de réhabilitation des routes nationales, tronçons Boma-Moanda et Boma (Manteme) – Tshela, tardent à se poursuivre.

            Pour ce faire, le Président de la République a engagé le Gouvernement de la République, à travers le ministre des ITP, de faire diligence dans le processus de réhabilitation des tronçons routiers sus-indiqués, pour permettre une meilleure fluidité du trafic dans cette partie de la République, source considérable des recettes de l’État et servir au mieux les usagers de ces routes ».

            Ces recommandations du Chef de l’Etat sont importantes à plus d’un titre. D’abord parce qu’elles mettent le doigt sur la raison profonde du retard que notre pays connaît en matière de développement, mais aussi parce qu’elles nous aident à ouvrir les yeux sur les difficultés que nous éprouvons à privilégier « l’esprit Nation » dans tout ce que nous entreprenons.

            Il y a un peu plus de trois ans, le pasteur Ekofo s’était essayé sur le même terrain dans une homélie historique au Temple du Centenaire protestant, devant tous les corps constitués de la République. Avec un courage exceptionnel, l’homme de Dieu avait dénoncé le « trou noir » que constitue la République Démocratique du Congo au milieu de plusieurs pays africains, tous engagés sur la voie de l’évolution et du développement. On peut traverser l’Afrique de l’Est à l’Ouest ou du Nord au Sud, mais lorsqu’on arrive au centre du continent, là où le Congo-RDC est situé, c’est le trou noir, avait stigmatisé l’homme de Dieu, qui avait en passant adressé un message ferme à tous nos voisins : « ne cherchez pas à vous emparer du moindre centimètre de notre territoire parce que nos petits-enfants ou arrière-petits-enfants ne vous laisseront pas tranquilles tant qu’ils ne l’auront pas récupéré ».

            Le Congo va mal parce que pendant des décennies, son peuple a été victime des politiques de prédation. Privé de voies de communication, le pays a vu ses dirigeants privilégier la seule voie aérienne comme unique voie de transport et de communication alors que celle-ci est inaccessible pour la majorité des citoyens.

            Résultat : les Congolais peinent à se connaître et finissent par considérer tous ceux qui habitent au-delà des limites de leurs villages respectifs comme des étrangers. C’est cette triste réalité qui a permis aux chorégraphes de la danse « Se Ye » et à leurs célèbres danseurs d’injecter avec efficacité la haine de l’autre au sein de la population congolaise après les élections du 30 décembre 2018.

            En rappelant la nécessité de construire et d’achever les voies de communication, le Chef de l’État veut donner un contenu réel à la citoyenneté congolaise car la route permet aux citoyens de circuler, d’aller ailleurs où ils peuvent vivre d’autres réalités nationales, apprendre d’autres langues du pays, travailler dans des localités différentes de celles dont ils sont originaires et, finalement, devenir dans les faits et l’état d’esprit, des citoyens de tout le Congo.

            Mais pour que l’action initiée soit porteuse de résultats, il importe que les voies de communication s’inscrivent dans le souci de la modernité. Nous voulons rappeler ici le fameux programme de Cinq chantiers qui avait vu la République céder une incroyable quantité de ses minerais pour des routes en terre. On se souvient à ce sujet de l’accueil hostile que feu Pierre Lumbi, alors ministre des ITPR avait reçu à l’Assemblée Nationale de la part des députés du Kasaï qui avaient, lors de la présentation dudit programme au Parlement, dénoncé haut et fort le plan d’aménagement des routes qui ne prévoyait que des routes en terre au Kasaï. Pour les élus, les « Cinq chantiers » étaient une intolérable injure pour les populations de leurs provinces. Et comble de tout, même ces routes en terre n’ont pas été aménagées !

            Parlons vrai. La République a besoin de vraies routes pouvant permettre à tout Congolais d’aller de Kinshasa à Lubumbashi ou Kisangani en 24 heures. C’est faisable mais à la seule condition que la bataille déclenchée par le Chef de l’État contre la corruption et les détournements soit menée jusqu’au bout. On sait à ce sujet que des complicités dangereuses continuent de s’activer pour que l’État n’entre pas en possession des sommes d’argent qui lui sont dues. Il faut les combattre avec la dernière énergie en vue de décourager toute tendance à l’immobilisme et au statu quo. Toutes les voies légales doivent donc être utilisées pour récupérer les fonds perdus et les remettre dans le circuit de la reconstruction du pays. Et toutes les voies légales doivent être également utilisées pour neutraliser les autorités qui perturbent les actions menées sur le terrain, en donnant des contre-ordres, notamment ceux de ne pas contrôler des contribuables bien identifiés sous prétexte qu’ils bénéficieraient d’une prétendue crédibilité.

            On sait à qui profite ce genre de crime.

L.P.

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