Falsification de l’Histoire du Congo : les historiens au banc des accusés

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Les principaux repères de l’Histoire de l’ex-Congo belge échappent de plus en plus aux Congolaises et Congolais depuis 1960. Pourtant, 50 ans séparent à peine la génération actuelle de celle des pères de l’indépendance. Pire, même les faits qui remontent à 40 ans, 30 ans, 20 ans voire 10 ans commencent à souffrir sérieusement de maquillage.
L’histoire nationale semble s’écrire désormais selon la volonté des hommes au pouvoir. Ou plutôt, des thuriféraires qui donnent l’impression d’avoir été des acteurs et témoins privilégiés de certains événements de notre passé commun alors qu’en réalité, leur objectif est de tromper ceux qui les croient sur parole, sans discernement ni vérification.

Dans cet exercice de falsification volontaire de l’Histoire de la République, des criminels politiques et économiques tentent de se faire passer pour de petits saints, ou même des personnes dignes d’être décorées de quelque médaille de mérite  patriotique. Il n’en fallait pas plus pour voir surgir, de partout, des héritiers de vrais-faux martyrs de l’indépendance ou de la démocratie.

Chaque régime politique possède désormais sa « page d’Histoire », avec ses héros et ses martyrs. Et, ce qui est le plus décevant, c’est que les historiens congolais ont choisi eux aussi de vendre leur plume et leurs connaissances au plus offrant. Ainsi, la République Démocratique du Congo aligne des « vérités historiques » selon qu’on a affaire aux « Historiens » ayant travaillé sous la dictée ou l’influence des dignitaires du régime de Kasa-Vubu, de Mobutu, de Mzee Laurent Désiré Kabila, de Joseph Kabila I, du Régime 1+4 et aujourd’hui de Joseph Kabila II.

Ces éminents hommes de sciences, qui auraient dû remplir leur mission de gardiens de la mémoire collective, sont les premiers à soutenir et distiller des contre-vérités. Par exemple, à l’occasion du Cinquantenaire de la RDC, des criminels notoirement connus ont, par la faute de certains de nos « Historiens », fait une entrée fracassante dans le club fermé des dignitaires de l’Ordre des Héros Nationaux. Dernièrement, en marge du souvenir du 46 anniversaire des Martyrs de la Pentecôte (Kimba, Bamba, Mahamba, Anany), l’on a appris des choses étranges sur ce qui s’était passé à l’ex-Pont Cabu. D’innocentes personnalités, citées gratuitement, se sont empressées de démentir des accusations gratuites formulées contre elles. Heureusement qu’elles sont encore parmi nous. Pourtant, une plongée dans les archives de la Conférence Nationale Souveraine aurait permis à quiconque de se ressourcer au sujet des assassinats politiques commis dans ce pays entre 1960 et 1990.

Maintenant, ce sont les dates qui 4 juin 1969 et du 4 juin 1971 qui font l’objet d’une exploitation de nature à inquiéter les anciens étudiants de l’Université Lovanium. On rappelle, pour la petite histoire, que le 4 juin 1969 avait marqué la contestation estudiantine contre la dictature de Mobutu. La répression fut sanglante et le bilan des étudiants morts très lourd. Le 4 juin 1971 devait marquer la commémoration du second anniversaire du massacre des étudiants. Les manifestations prévues à cet effet furent interdites et réprimées dans la violence.
Réuni en urgence pour délibérer au sujet de la «rébellion» des étudiants contre l’autorité établie, le Bureau Politique du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution) prit, le 06 juin 1971, la grave décision de l’enrôlement, dans l’armée, des étudiants de tous les instituts et universités du pays. Et, dès le 07 juin 1971, leur entrée dans l’armée fut effective.
Mais, la récupération politique aidant, il y a risque que la date du 4 juin 1969 soit extirpée de son contexte 40 ans après et préparée à une sauce politicienne difficile à avaler.

L’Histoire de la RD Congo court donc un grand péril, celui de sa manipulation au gré de la succession des régimes politiques. Les « Historiens » congolais ont la lourde responsabilité de se ressaisir afin de sauver des pans entiers de notre passé qui sont en train d’être précipités dans le gouffre de l’affabulation. C’est ici le lieu d’exhorter les acteurs politiques, d’hier comme d’aujourd’hui, à faire preuve de courage, d’objectivité et d’humilité, pour restituer, au profit de la postérité, la pile d’événements historiques dont ils furent les artisans afin de tordre le cou aux récits des architectes de la falsification.        

                                          Kimp

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