Les Evêques catholiques aux Congolais : «Restez debout et vigilants…!»

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Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Après la clôture de sa 2ème Assemblée plénière extraordinaire de l’exercice 2017-2018 intervenue à Kinshasa le samedi 17 février 2018, avec une déclaration essentiellement axée sur la pastorale, la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo) est revenue à la charge hier lundi 19 février pour fixer l’opinion sur la situation sociopolitique en République Démocratique du Congo.

C’était au cours de la conférence de presse que son Secrétaire général, l’Abbé Donatien Nshole a animée hier au Centre Interdiocésain. Il a commencé par lire la déclaration sanctionnant l’Assemblée plénière extraordinaire de la CENCO, tenue à Kinshasa du
15 au 17 février 2018, avant de se livrer au jeu des questions-réponses avec les journalistes.

D’emblée, le Clergé dit observer un éveil de conscience du peuple
congolais aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Puis, il
fait quelques constats douloureux de la situation que traverse la RDC.
Parmi ces constats, il dénonce entre autres la répression sanglante
des marches pacifiques des chrétiens du 31 décembre 2017 et du 21
janvier 2018 ; la campagne de dénigrement et de diffamation de
l’Eglise catholique et de sa hiérarchie ; l’extension inquiétante des
zones d’insécurité ; l’application sélective et biaisée des
dispositions de l’Accord de la Saint Sylvestre.
Après la déclaration, des questions d’éclaircissement ont été posées
à l’orateur. Concernant les préalables sur lesquels la Cenco insiste
pour qu’il y ait un climat de confiance avant d’aller aux élections,
le SG de la Cenco a rappelé la nécessité de poursuivre les mesures de
décrispation politique, la restructuration de la CENI et du CSAC…avant
de fustiger les complications auxquelles l’UDPS se bute pour obtenir
le remplacement de son membre au bureau de la Ceni.
Quant aux rumeurs sur la rencontre que le chef de l’Etat aurait eue
avec le Cardinal Laurent Monsengwo, il dit n’avoir pas le contrôle de
tous les mouvements du Cardinal, avant d’ajouter que le concerné n’a
fait aucune allusion à une telle rencontre lors de la réunion des
évêques. Idem en ce qui concerne une collusion qui existerait entre
l’Eglise catholique et l’UDPS. Ici, il a prié les journalistes
d’analyser la démarche de l’une et l’autre pour mieux déceler qu’il
n’y a aucun deal entre les deux structures.
Pour ce qui est de la marche du 25 février, l’Abbé a réaffirmé la
position de la Cenco : elle n’est pas impliquée dans
l’opérationnalisation de l’action. Toutefois, elle ne condamne pas
tout comme elle ne peut pas décourager les organisateurs. Seulement,
la Cenco leur apporte son soutien moral, et condamne la répression à
laquelle le pouvoir recourt.
Dom

DECLARATION DE LA CENCO A L’ISSUE DE L’ASSEMBLEE
PLENIERE EXTRAORDINAIRE DU 15 AU 17 FEVRIER 2018
1. Nous, Cardinal, Archevêques et Evêques, membres de la Conférence
Episcopale Nationale du Congo (CENCO), réunis en Assemblée Plénière
Extraordinaire à Kinshasa, du 15 au 17 février 2018, mus par la
sollicitude pastorale à l’égard du Peuple congolais, partageons ses
joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses (cf. Gaudium et
Spes, n.l).
2. En moins de trois mois de notre dernière Assemblée Plénière
Extraordinaire du 22 au 24 novembre 2017, nous nous sommes retrouvés
encore une fois à cause de la persistance et de l’aggravation de la
crise sociopolitique du pays.
3. Corps du Christ, l’Eglise n’est inféodée à aucune organisation
politique. Sa seule préoccupation, c’est de contribuer au bien-être du
Peuple congolais tout entier, à la sauvegarde et à la promotion de la
dignité de la personne humaine, au respect de la vie, des libertés et
des droits fondamentaux (cf. Gaudium et Spes, n. 76 §2).
4. Suite aux appels constants de la CENCO, nous observons, aussi bien
à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, un éveil de conscience du
Peuple congolais et sa détermination à prendre son destin en main.

Constats douloureux

5. Alors que nous sommes censés nous préparer à la tenue des élections
en vue d’une alternance pacifique au pouvoir, nous sommes profondément
inquiétés par des faits très graves et des attitudes hostiles. Il
s’agit notamment de :
1° La répression sanglante des marches pacifiques (Le 31 décembre 2017
et le 21 janvier 2018)
Pourquoi tant de morts, de blessés, d’arrestations, d’enlèvements,
d’attaques des paroisses et des communautés ecclésiastiques,
d’humiliations, de tortures, d’intimidations, de profanations des
églises, d’interdictions de prier? Quels crimes ont-ils commis, ces
chrétiens et citoyens congolais qui, pacifiquement, réclamaient
l’application intégrale de l’Accord du 31 décembre 2016? Nous
condamnons vivement la violence sanglante avec laquelle ces deux
marches ont été réprimées.

2° La campagne de dénigrement et de diffamation de l’Eglise catholique
et sa hiérarchie
La communauté tant nationale qu’internationale est témoin d’une série
de campagnes d’intoxication, de dénigrement, voire de diffamation
visant à affaiblir la force morale de l’Eglise, particulièrement de
Son Eminence Laurent Cardinal MONSENGWO, et à détourner l’attention du
Peuple de vrais enjeux. Nous réaffirmons notre soutien et notre
proximité au Cardinal Archevêque de Kinshasa. Inébranlables dans notre
foi en Jésus-Christ, Roi de l’univers, et fidèles à notre mission
prophétique, nous n’abandonnerons jamais notre engagement pour
l’avènement d’un Etat de droit en République Démocratique du Congo.

3° L’extension inquiétante des zones d’insécurité
Nous sommes profondément préoccupés de voir s’étendre progressivement
les zones d’insécurité dans différentes provinces. Comme récemment
dans le Grand Kasaï, dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, en lturi, la
présence des assaillants qui sèment la mort et la désolation, fait
penser à la mise en oeuvre d’un plan d’occupation et de balkanisation
constamment dénoncé. Dans les Provinces du Kwango et du Kwilu, la
présence d’« éleveurs étranges» et armés avec leurs troupeaux de
vaches entretient un climat d’inquiétude et d’insécurité au sein de la
population. A ce stade du processus électoral, on est en droit de se
demander: à qui profite cette déstabilisation du pays?

4° L’Application sélective et biaisée des dispositions de l’Accord de
la Saint Sylvestre
Peut-on prétendre se préparer aux élections apaisées et passer outre
les dispositions de l’Accord de la Saint-Sylvestre qui en sont les
préalables? S’obstiner sur cette voie ne peut que conduire à des
élections contestables et à de nouvelles crises. Nous en appelons au
sens de responsabilité de tous et de chacun.
5° La polémique autour de la «machine à voter»
Nous sommes perplexes du fait que le projet de la « machine à voter})
lancé par la CENI ne fait pas l’unanimité de la classe politique et ne
rassure pas la population. Ce fait augure la contestation des
résultats.

Recommandations

5. La CENCO réaffirme l’urgence d’aller aux élections en 2018 et
demande avec insistance l’application intégrale et effective des
dispositions en souffrance de l’Accord de la Saint-Sylvestre,
notamment: le parachèvement des mesures de décrispation du climat
politique, la redynamisation de la CENI, les dispositions relatives au
Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC).

7. Elle demande aux autorités compétentes de :
* Annuler les édits interdisant les manifestations pacifiques, engager
des poursuites judiciaires à l’encontre de ceux qui ont commis des
actes délictueux à l’occasion des marches organisées par le Comité
Laïc de Coordination (CLC) et prendre des dispositions appropriées
pour encadrer les marches pacifiques, comme cela se fait sous d’autres
cieux.
* Arrêter les poursuites et les menaces à l’endroit des organisateurs
des marches pacifiques qui n’ont fait qu’exercer leurs droits reconnus
par la Constitution.
* Rendre crédible et effective l’autorité de l’Etat pour sauvegarder
l’intégrité du territoire national, protéger les frontières et assurer
la sécurité de la population ainsi que de ses biens.

8. La CENCO invite la CENI à lever l’équivoque et les suspicions
autour de la «machine à voter» en acceptant sa certification par des
experts nationaux et internationaux.
9. Au Peuple congolais, la CENCO recommande de demeurer débout et
vigilant, de prendre son destin en main notamment par la prière et par
des initiatives de nature à barrer pacifiquement la route à toute
tentative de confiscation ou de prise de pouvoir par des voies non
démocratiques et anticonstitutionnelles.
10. A la Communauté internationale, la CENCO demande de continuer à
accompagner la République Démocratique du Congo dans le processus
électoral et à placer le bien du Peuple congolais au-dessus de ses
intérêts.

Conclusion
11. Nous rendons hommage aux morts, aux blessés, et exprimons notre
proximité et compassion aux familles éprouvées par la perte des leurs
durant les marches du 31 décembre 2017 et du 21 janvier 2018.
12. La République Démocratique du Congo appartient à tous ses filles
et fils; c’est un droit et un devoir de tous de combattre tout ce qui
peut hypothéquer son avenir. A dix mois des scrutins, nous en
appelons, une fois de plus, à la responsabilité des personnes et des
institutions chargées de la préparation et de l’organisation des
élections pour l’intérêt supérieur de la Nation.
13.      Que par l’intercession de la Sainte Vierge Marie, Notre Dame du
Congo et Reine de la paix, Dieu bénisse la République Démocratique du
Congo et son Peuple.

Fait à Kinshasa,
le 17 février 2018

LES ARCHEVEQUES ET EVEQUES MEMBRES DE LA CENCO PRESENTS A L’ASSEMBLEE
PLENIERE EXTRAORDINAIRE DU 15 AU 17 FEVRIER 2018
1. S. E. Mgr UTEMBI Marcel, Archevêque de Kisangani et Président de la CENCO
2. S.E. Mgr AMBONGO Fridolin, Archevêque Coadjuteur nommé de Kinshasa,
Administrateur Apostolique de Mbandaka-Bikoro et de Bokungu-Ikela,
Vice-Président de la CENCO
3.  S. Em. Laurent Cardinal MONSENGWO, Archevêque de Kinshasa
4. S.E. Mgr TAFUNGA Jean-Pierre, Archevêque de Lubumbashi
5. S.E. Mgr MADILA Marcel, Archevêque de Kananga
6. S.E. Mgr MAROY François-Xavier, Archevêque de Bukavu
7. S.E. Mgr NGOY Nestor, Evêque de Kolwezi
8. S.E. Mgr KALALA Anatole, Evêque de Kamina
9. S.E. Mgr NSIELELE Fidèle, Evêque de Kisantu
10. S.E. Mgr BANGA Joseph, Evêque de Buta
11. S.E. Mgr NZALA Louis, Evêque de Popokabaka,
12. S.E. Mgr KATAKA Janvier, Evêque de Wamba
13. S.E. Mgr MBUKA Cyprien, Evêque de Boma
14. S.E. Mgr DJOMO Nicolas, Evêque de Tshumbe
15. S.E. Mgr MUDISO Gaspard, Evêque de Kenge
16. S.E. Mgr KASANDA Bernard, Evêque de Mbuji-Mayi
17.S.E. Mgr SIKULI Melchisédech, Evêque de Butembo-Beni
18. S.E. Mgr NLANDU Daniel, Evêque de Matadi
19. S.E. Mgr BULAMATARI Dominique, Evêque de  Molegbe
20. S.E. Mgr ANDA VO Julien, Evêque de d’Isiro-Niangara
21. S.E. Mgr RUVEZI Gaston, Evêque de Sakania-Kipushi
22. S.E. Mgr KWANGA Vincent de Paul, Evêque de Manono
23. S.E. Mgr MUTEBA Fulgence, Evêque de Kilwa-Kasenga
24. S.E. Mgr TSHITOKO Pierre-Célestin, Evêque de Luebo
25. S.E. Mgr TEMBO Philibert,  Evêque de Budjala
26. S.E. Mgr NGUMBI Willy,  Evêque de Kindu
27. S.E. Mgr UNG’EYOWUN Etienne, Evêque de Bondo
28. S.E. Mgr MOKO José, Evêque d’Idiofa
29. S.E. Mgr MWANAMA Félicien, Evêque de  Luiza
30. S.E. Mgr LUBAMBA Placide, Evêque de Kasongo
31. S.E. Mgr NADONYE Jean-Bertin, Evêque de Lolo
32. S.E. Mgr NGBOKO Ernest, Evêque de Lisala
33. S.E. Mgr AMADE Jean-Christophore, Evêque de de Kalemie-Kirungu
34. S.E. Mgr KIBAL Emery, Evêque de Kole
35. S.E. Mgr Madrapile Dieudonné, Evêque d’Isangi
36. S.E. Mgr Nkolo Oscar, Evêque de Mweka
37. S.E. Mgr Kisonga Edouard, Evêque Auxiliaire de Kinshasa
38. S.E. Mgr Kwambamba Jean-Pierre, Evêque Auxiliaire de Kinshasa
39. S.E. Mgr Bafuidinsoni Donatien, Evêque Auxiliaire de Kinshasa

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