Eugénie Tshika : «Etienne Tshisekedi était un homme hors du commun»

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« Les mots me manquent, il était le pilier de notre famille. Il nous manque et il va nous manquer pour toujours. C’est un grand trou. Nous sommes un peu consolés par la présence de son fils qui a, d’une certaine manière, réalisé le rêve de son père. Nous nous remettons à la volonté de Dieu. Dieu seul est souverain », a déclaré  Eugénie Tshika wa Mulumba, soeur cadette de feu Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, dans un entretien accordé au Journal ‘’Le Phare’’ en rapport avec le rapatriement de la dépouille mortelle de l’homme, qui fut un opposant radical, sous les régimes du Maréchal Mobutu et de Kabila père et fils, pendant plusieurs décennies, en République Démocratique du Congo. 

Le Phare : En quoi se résume l’histoire de feu Etienne Tshisekedi Wa Mulumba ?

Maman Tshika : Son histoire se résume en un être exceptionnel, plein d’amour et de compassion pour tout le monde et son pays en général ainsi que son peuple en particulier. Raison pour laquelle, il a été surnommé ‘’Zéro faute’’.

Le Phare : Quel souvenir la famille garde-t-elle de cet homme, hormis sa carrière politique ?

Maman Tshinka : En tant que frère, nous avons perdu un baobab, une bibliothèque, un conseiller, un homme qui avait pris en charge toute la famille restreinte comme élargie. Il est irremplaçable et je ne crois pas que nous aurons encore  un frère comme lui. En tant que père, il était un homme très responsable, il s’occupait correctement de ses enfants. Toute personne qui venait chez lui avec un problème rentrait généralement toujours avec une solution. Tutu était un homme très compatissant et assumait toujours ses responsabilités face aux différentes difficultés et problèmes que la famille rencontrait.

Le Phare : Sur quoi reposait  sa force politique ?

Maman Tshika : Par rapport à sa vie politique, c’est un homme qui n’abandonnait jamais son pays, il était toujours là pour soutenir les faibles dont le ‘’Peuple Zairois et Congolais’’. C’était un homme exceptionnel, il avait atteint des dimensions surnaturelles. Il ne faisait jamais allusion à la richesse (il n’était pas matérialiste). Il pouvait facilement vivre avec ou sans argent. C’est ce caractère non matérialiste qui a fait de lui un homme fort, puissant dans le pays et ceci l’a propulsé dans le monde  entier puisqu’il est difficile de rencontrer sur cette terre des hommes quelqu’un qui  refuse l’argent.

Le phare : Quand s’est-il lancé dans la vie politique et quels  étaient les bénéfices pour la famille ?

Maman Tshika : C’est depuis la fin des ses études, en 1960, qu’il a été nommé. Commissaire général adjoint a la justice, dans le Collège  des Commissaires généraux. Sa carrière politique nous a  donné une identité extraordinaire dans la société congolaise mais aussi une renommée sur le plan international. Sa véritable carrière politique a commencé avec son élection comme député national du Sud-Kasaï en 1965.  Il faisait partie de la coalition victorieuse des élections générales de 1965 mais qui avait été empêchée de diriger le pays par le coup d’État intervenu le 24 novembre de la même année. Il s’est retrouvé dans le gouvernement de Léonard Mulamba comme ministre de l’Intérieur à la suite d’une démarche particulière de Mobutu en direction du Parlement. Celui-ci avait en effet demandé à chaque groupe parlementaire provincial de désigner une personnalité pour occuper un poste ministériel. Il a été ainsi désigné par le Sud-Kasaï pour occuper le poste de ministre de l’Intérieur et des Affaires coutumières.

            C’est un homme qui a fait l’histoire du pays. Cela nous a donné une référence pour différentes générations. Nous sommes fiers d’appartenir à sa famille   et de l’avoir eu comme frère parmi nous. Sa vie et son passage sur cette terre des hommes ont été un exemple de militantisme pour la paix et le progrès social, un héritage pour notre famille et surtout notre progéniture.

Le Phare : Selon vous, que devrait-il faire et qu’il n’a pu faire ?

 Maman Tshika : ce que nous attendions de lui, c’est être à la tête de ce pays. Nous attendions qu’il dirige le pays puisqu’il s’est terriblement battu pour le bien-être du peuple congolais.  Mais cela n’est pas arrivé étant donné qu’il a été combattu du début jusqu’à la fin de sa carrière politique. Autrement dit, les démons sont venus de plusieurs horizons.

Le Phare : Comment est-ce que vous gériez ses multiples arrestations ?

Maman Tshika : A chaque fois que l’on arrêtait Tutu, dans la famille, c’était la tristesse, la douleur, le découragement, nous étions tous abattus. Et quand on allait le voir dans les lieux où il était garde en résidence surveillée, dans les différentes prisons et autres, il ne faisait que nous encourager. Il nous disait toujours : « il faut bannir la peur, quand il y a une situation qui ne marche pas, il faut qu’il y ait quelqu’un pour changer les choses, et, il disait que c’était lui… ».

Il nous donnait toujours l’exemple de Monseigneur Mulumba, qui avait décidé d’aller au couvent. Et en ce moment, il nous disait, ‘’Laissez-moi, j’ai déjà commencé, laissez moi terminer ce que j’ai déjà commencé et achever ma mission… et  vous devez  bannir la peur »…  Au Kasaï, il y a un slogan qui dit : ‘’diata diata diata bora…» Bannir la peur sinon le pays ne va pas changer, ne va pas évoluer. D’où la nécessité de dire qu’il devait y avoir quelqu’un et c’est quelqu’un là, c’était, lui, Etienne Tshisekedi Wa Mulumba.

Le Phare : Avez-vous été une victime collatérale de son combat politique?

Maman Tshika : J’étais plusieurs fois avec lui et victime de différentes arrestations lorsqu’on le suivait en prison… Moi, personnellement, je l’étais plusieurs fois puisqu’on ne pouvait pas le laisser seul. Pour la famille, c’était la consternation et la tristesse… C’était le traumatisme, les brimades sous les régimes de Mobutu et des Kabila…

    Propos recueillis par Dorcas NSOMUE

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