Ethique, déontologie et sécurité : la presse congolaise de nouveau en ordre de bataille

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Des dossards de presse distribués le 24/11/2011 au commissariat général de la PNC à Kinshasa par Journaliste en danger (JED). Radio Okapi/ Ph. John Bompengo
Des dossards de presse distribués le 24/11/2011 au commissariat général de la PNC à Kinshasa par  Journaliste en danger (JED). Radio Okapi/ Ph. John Bompengo
Des dossards de presse distribués le 24/11/2011 au commissariat général de la PNC à Kinshasa par Journaliste en danger (JED). Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Une soixantaine de journalistes congolais se trouvent réunis, depuis hier jeudi 21 juillet 2016 à Africana Palace, dans la commune de Lingwala, dans un atelier de deux jours dont le thème central est : « Ethique, Déontologie et Sécurité des Journalistes: avancées, contraintes et perspectives ». La cérémonie d’ouverture a été rehaussée de la présence du président du CSAC (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication), Christophe Tito Ndombi, du Directeur-pays d’Internews, Karim Benard Bende ainsi que de plusieurs responsables des organisations professionnelles des médias et des entreprises de presse.

Dans son mot de bienvenue aux invités et aux participants, Polydor Muboyayi, président de l’Omec (Observatoire des Médias Congolais) a rappelé à tous qu’à l’initiative de l’Omec, de l’UNPC, de JED et de leur bailleur, la presse congolaise a jugé utile de marquer un temps
d’arrêt pour réfléchir sur ses points forts et faiblesses, 12 ans après la mise en circulation de leur Code de déontologie. Ce regard critique, a-t-il indiqué, s’impose d’autant que dans ce pays, tout le monde, même des analphabètes, parle de l’éthique et de la déontologie
des journalistes sans parfois en connaître le contenu.
Il s’est toutefois réjoui de l’enracinement progressif de ce concept
au sein de la société congolaise, grâce notamment aux campagnes de
sensibilisation et de vulgarisation que mène l’Omec auprès des
professionnels des médias. Polydor Muboyayi s’est saisi de l’occasion
pour interpeller ses consœurs et confrères sur la délicatesse de
l’environnement actuel, où persiste le flou au sujet de l’organisation
des élections. Selon lui, tôt ou tard, les Congolais finiront bien par
se rendre aux urnes. Par conséquent, les journalistes doivent d’ores
et déjà revisiter leurs outils pédagogiques que sont « Le Code de
déontologie », « Le Guide pratique du journaliste en période
électorale » et « Monitoring des médias en période électorale » pour
se mettre à l’abri des tentations diverses de nature à les pousser à
manquer aux devoirs de leur charge.
Intervenant en second lieu, Boucard Kasonga Tshilunde, président de
l’UNPC (Union Nationale de la Presse du Congo), a salué l’unité
retrouvée au sein de la corporation, grâce à laquelle « la journée
sans presse » du lundi 20 juin 2016, destinée à exprimer aux pouvoirs
publics le ras le bol de la presse contre la hausse des coûts de
l’internet, fut un succès, en dépit de quelques ratés constatés à
Kinshasa. Il en a appelé à la consolidation de cette unité, afin de
faire de la presse congolaise une force plus puissante que la bombe
atomique.
Boucard Kasonga a recommandé aux professionnels des médias de
continuer à s’attacher à l’éthique et à la déontologie, car le pays va
aborder bientôt un processus électoral de tous les dangers. Dans la
foulée, il a attiré leur attention sur les risques d’accointances avec
les acteurs politiques, prompts à les entrainer dans des sales
besognes mais prêts à se pardonner et à se réconcilier entre eux, dans
le dos des journalistes, souvent transformés en dindons de la farce.
Pour sa part, le secrétaire général de JED (Journaliste en Danger),
Tshivis Tshivuadi, a indiqué que la problématique de la sécurité et de
la sécurisation des journalistes se pose particulièrement en cette
période préélectorale, mais il ne faut ni la sous-estimer, ni la
dramatiser. L’on doit s’attendre, a-t-il prévenu, à un environnement
politique, économique et social singulièrement hostile aux médias et à
leurs membres, à travers des menaces, des intimidations, des
arrestations, des détentions arbitraires, voire des assassinats.
Pour démontrer la précarité de la situation du journaliste congolais,
il a fait état de 56 cas d’atteintes à la liberté de presse entre
janvier et juillet 2016, soit une moyenne de 8 cas par mois.
L’objectif de l’atelier en cours, a-t-il souligné, n’est pas de
chercher à accuser les prédateurs de la liberté de presse mais plutôt
à sensibiliser, une fois de plus, les journalistes au strict respect
des règles d’éthique et de déontologie, de manière à les amener à
aider le pays à préserver la paix, gage de sa stabilité. Car s’il n’y
a pas de paix, a-t-il tranché, personne ne peut vivre en sécurité.
Enfin, avant de procéder à l’ouverture officielle de l’atelier, Tito
Ndombi, président du CSAC, a salué les efforts que conjuguent l’UNPC,
l’Omec et JED pour faire rayonner le journalisme dans notre pays et
construire une nouvelle presse. Parlant du Code d’éthique et de la
déontologie, il l’a comparé à une boussole chargée de guider les
professionnels des médias congolais dans l’exercice quotidien de leur
métier.
Jetant à son tour un regard critique sur le paysage médiatique
congolais, il a noté un foisonnement dangereux qui se traduit par la
montée des dérives déontologiques. D’où, il a exhorté les participants
à s’interroger sérieusement sur la qualité des produits médiatique
proposés au public.
Pour sa part, il s’est appuyé sur l’article 19 de la Déclaration
Universelle des Droits de  l’Homme pour relever que même si ce texte
reconnaît la liberté d’expression et d’opinion à tout citoyen, le
journaliste doit tenir compte des autres dans la collecte, le
traitement et la diffusion de l’information. Au nom du droit du public
d’être informé, il devrait faire preuve d’objectivité, d’indépendance,
de responsabilité, mais aussi de respect des lois du pays.
Il a déploré l’émergence, au sein de la presse congolaise, de ce
qu’il a qualifié de « nouveaux genres journalistiques », marqués par
les injures, les règlements des comptes, le clientélisme politique,
etc. Enfin, il a invité la presse nationale à être à la hauteur des
enjeux politiques futurs du moment, de manière à participer à la
construction de notre jeune démocratie.
Aussitôt après le cocktail, les participants ont été conviés à suivre
sept communications, assorties de débats. Il s’agit de :

1. Les avancées du Code de déontologie et leurs effets sur la qualité
des médias (Par Polydor Muboyayi, président de l’Omec)
2.  Les contraintes dans la mise en oeuvre des prescrits du Code de
déontologie (Par Stanis Nkundiye, Secrétaire général du SNPP)
3. Le Code de déontologie et le vécu des médias privés (Par Stéphanioe
Kitutu O’Léontwa (président de l’ANEAP)
4. Quel avenir pour le Code de déontologie face au développement des
NTIC et au cyber espace (Par prof. Lino Pungi)
5. Quelle évolution possible pour le Code de déontologie congolais
face à la mondialisation? Modification éventuelle, statu quo ou
adaptation (Par prof JC Ekambo Duasenge).
6. Obstacles et pesanteurs au travail des journalistes pendant les
élections (Par Kasonga Tshilunde, président de l’UNPC)
7. La liberté de la presse et la sécurité des journalistes (Par
Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de JED)
Perside Diawaku

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