ESU : la formation et les travaux de fin de cycle en question

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images-theophile_mbemba_fundu_360x240_153024672Actuellement, nombreux sont les établissements de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU) qui ont déjà clôturer ou qui s’apprêtent à clôturé l’année académique 2014-2015 avec le tintamarre de cris, sifflets et grincements des pneus de voitures qui accompagnent cette cérémonie. Une manifestation de joie justifiée d’abord par des années de sacrifices, de privations que se sont imposées aussi bien l’étudiant finaliste que sa famille et ses connaissances pour honorer les divers frais académiques exigés imperturbablement à tous les niveaux d’études pendant trois à dix ans, particulièrement lorsqu’un apprenant redouble durant plusieurs années académiques ; ensuite par l’espoir que suscitent les jeunes fraichement formés au sein de leurs familles et pour l’avenir de la République qui possède ainsi des nouveaux artisans de son développement social, économique et intellectuel. Toutes ces considérations amènent chaque personne impliquée dans ce processus à se réjouir, chacune à son niveau et suivant sa propre motivation.

Si cette joie est légitime et compréhensible, on ne saurait éluder ou contourner une pertinente question que se pose tout observateur de l’actuel système d’évaluation dans les universités congolaises : ces étudiants qui terminent aussi bien au niveau du graduat (3 ans d’études), de la licence (5 ans d’études) ou même du troisième cycle d’études universitaires méritent-ils réellement leurs diplômes?

Cette interrogation non seulement préoccupe les lauréats et leurs familles, mais aussi et surtout les formateurs que sont les autorités académiques et professeurs d’universités. C’est un débat qu’on préfère taire, pour se concentrer uniquement sur la recherche de l’emploi ou le reclassement professionnel de nouveaux «chômeurs». Et pourtant, pour les employeurs de ces produits des universités congolaises, c’est un débat nécessaire et incontournable pour l’émergence du pays et qui appelle aujourd’hui d’autres interrogations. Comment s’effectuent et sont cotés les interrogations, les travaux pratiques, les travaux de fin de cycle dans nos auditoires ? Les formateurs, les professeurs ou leurs assistants prestent-ils effectivement dans les auditoires, conformément à leur charge horaire ? Au finish, ces produits placés sur le marché de l’emploi peuvent-ils se défendre, chacun dans sa spécialité ?  C’est bien là le problème.

Etudes médicales, une calamité pour la population : 52% de filières non viables

Une bonne formation exige nécessairement du temps, autant de la part du formateur que de l’apprenant. En plus de cette disponibilité, une université ou un institut supérieur se doit – et cela conformément à la loi régissant ce secteur de l’Education nationale – de posséder au minimum un site propre, un corps professoral propre, un laboratoire et une bibliothèque spécialisées. En 2014, le Ministre de l’ESU avait commenté devant les sénateurs, une enquête réalisée en 2011, laquelle avait fourni des données qui interpellent les décideurs politiques. Sur 630 Universités et instituts supérieurs audités, 25% avaient été jugés viables, 41% intermédiaires et 34% non viables. Une situation que le ministre de l’ESU avait trouvé plus dramatique dans les filières d’études médicales. En  effet, cette enquête, selon le ministre de l’ESU, a conclu que sur 508 filières organisées dans les 235 établissements audités, 52% étaient  classées non viables, 32% intermédiaires et 16% seulement viables. Par contre,  selon l’annuaire statistique 2012-2013, le ratio d’encadrement académique moyen est particulièrement  faible, soit un professeur pour 246 étudiants alors que la norme internationale situe ce ratio à 1 professeur pour 20 étudiants. Selon cette norme, avec ses 512.322 étudiants, la République Démocratique du Congo devrait avoir au moins 25.000 professeurs attitrés au lieu de 2.371 aujourd’hui.

Pléthore du personnel administratif alors que le niveau d’enseignement baisse

            L’insuffisance du corps professoral provoque assurément l’insuffisance d’encadrement des étudiants. Les professeurs prestent dans plusieurs universités ou sont retenus dans des fonctions politiques, laissant leurs cours entre les mains de leurs assistants parfois non encore expérimentés. Par ailleurs, ces mêmes professeurs, à cause des charges-horaires  cumulées de plusieurs universités et instituts supérieurs, peinent à bien jauger et bien corriger les différents travaux de fin de cycle, des travaux pratiques et des interrogations permettant une meilleure évaluation des étudiants. Cette corvée est souvent abandonnée aux assistants qui, parfois avec l’accord ou non du professeur titulaire du cours, bradent et monnayent les cotes. Comment faire autrement lorsqu’un professeur titulaire du cours ou son  assistant a devant lui entre 1.000 et 2.000 exemplaires à lire ou à corriger, provenant de multiples institutions de formation universitaire. Le laxisme dans l’évaluation qui en résulte ne peut faire l’objet d’aucun doute. Dans cette situation, comment s’étonner de la perte, voulue ou non, des cotes ? C’est une résultante logique que les étudiants endurent chaque année. En outre, la pléthore du personnel administratif dans le secteur public est plus que préoccupante. Le ratio en 2014 est de plus d’un administratif pour un enseignant, contrairement à la norme internationale d’un administratif pour dix enseignants surtout lorsque l’on intègre l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans l’administration moderne.

            Sur les 955 établissements de l’ESU recensés en RDC, il y a 274 universités dont 46 publiques ; 168 instituts supérieurs pédagogiques dont 137 publics ; 486 instituts supérieurs techniques dont 246 publics et 28 écoles supérieures 12 publiques

SAKAZ

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