ENTRE LES MORTS VAILLANTS ET LES VIVANTS MALVEILLANTS : LE CHOIX DU PEUPLE EST CLAIR !

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1. LA DOUBLE HISTOIRE D’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE EN RDC 1960 ET 2019

         Dans l’intervalle de près de 60 ans, la République Démocratique du Congo connait deux moments d’alternance démocratique qui se ressemblent à la fois par le poids du changement en vue et par la posture des acteurs politiques en manœuvre dont les uns sont auteurs du statu quo et les autres sont porteurs du changement.

         La grande différence entre 1960 et 2019 se situe au niveau du saut qualitatif du changement allant de  80 ans d’occupation coloniale à l’accession à la souveraineté nationale en 1960 et celui allant de 60 années des régimes dictatoriaux  à la victoire électorale du Président en exercice élu démocratiquement en décembre 2018, après 5 ans d’âpres luttes populaires ayant fait le plus grand nombre de victimes en vies humaines et en prisonniers politiques par rapport aux années antérieures.                 

         L’expérience de notre histoire politique a démontré que la coalition entre Kasa-Vubu, soutenu par les Belges du statu quo, et Lumumba, soutenu par le camp progressiste n’a donné lieu qu’à la crise de légitimité la plus longue et la plus meurtrière que le Congo ait connu.

         Dès le discours du 30 juin 1960, les trois principaux acteurs politiques, notamment le Roi Baudouin, le Président Kasa-Vubu et le Premier Ministre Lumumba se sont retrouvés presque dans un décor semblable, se disputant l’alternance démocratique ayant consacré l’indépendance du Congo, mettant ainsi en opposition le discours paternaliste belge et conservateur du statu quo ou celui modéré de Kasa-Vubu  à  celui souverainiste, réformiste ou progressiste de Lumumba.

Le Roi Baudouin se fit l’honneur de déclarer dans son discours du 30 juin que « l’indépendance du Congo (alternance démocratique) constituait l’aboutissement de l’œuvre conçue par le génie du Roi Léopold II, entreprise par Lui avec un courage tenace et continuée avec persévérance par la Belgique. Léopold II a entrepris la grande œuvre non en conquérant mais en civilisateur.

         Selon lui, le grand mouvement d’indépendance a trouvé auprès de pouvoirs belges, la plus grande compréhension. En face du désir unanime de populations congolaises, nous n’avons pas hésité à leur reconnaître, dès à présent cette indépendance. Les dirigeants congolais connaîtront la tâche difficile de gouverner. Un particulier hommage a été rendu à la Force publique qui a accompli sa lourde mission avec un courage et un dévouement sans défaillance ».

         A la même occasion, le Président Joseph Kasa-Vubu, après avoir exprimé sa reconnaissance envers les artisans obscurs et héroïques de l’émancipation nationale pour un Congo libre et indépendant, s’empressa de rendre grand hommage à la sagesse de la Belgique pour ne pas s’être opposée au courant de l’histoire dans la grandeur de l’idéal de la liberté qui anime tous les congolais. La Belgique a  su, fait sans précédent dans l’histoire d’une colonisation pacifique,  faire passer directement et sans transition notre pays de la domination étrangère à l’indépendance dans la pleine souveraineté nationale.

         Le Premier Ministre Patrice Emery Lumumba rendit hommage aux combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux pour sa lutte noble et juste ayant mis fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force. Ce fut notre sort de régime colonialiste en 80 ans, nos blessures trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire. Nous avons connu les insultes, les coups, les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses exilés dans leur propre patrie ; notre sort était vraiment pire que la mort elle-même».

Et Lumumba d’enchaîner : « qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’oppression et d’exploitation? Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert ».

         Si il est vrai pour Lumumba que le reniement public de la paternité de l’alternance démocratique au Congo par le Roi Baudouin et que Kasa-Vubu lui concédait hypocritement et de manière fourbe ne lui a pas apporté l’avantage politique mais plutôt sa liquidation physique, il n’y a aucune raison de croire qu’il avait tort de le faire. Car, la justesse et l’honneur de la lutte des Congolais pour leur indépendance sont restés dans la mémoire de notre histoire.

2.      LE DILEMME ENTRE AGIR ET NE PAS AGIR POUR LES REFORMES

         Le discours du 13 décembre 2019 du Président de la République à la première année de la libération du peuple congolais après de longues années de dictature, n’aurait pas dû consacrer  un passage d’honneur en rendant hommage à ceux qui  ont institué tout au long de leur terrible règne, avec des moyens d’Etat, la répression aveugle face à la résistance farouche du peuple congolais pour l’alternance démocratique.

La République Démocratique du Congo a connu des milices armées instrumentalisées pour raison d’Etat au Kasaï, au Kivu, en Ituri, au Katanga, des politiques de démembrement brutal menées par ceux-là même qui avaient combattu la République avec la complicité de certains pays voisins, faisant plus de six millions de Congolais morts, des tortures les plus inhumaines sur les manifestants, des tueries en masse des populations au Kongo Central, à Kinshasa et à Yumbi,  pour sauver un régime hors mandat légal ou constitutionnel durant trois années.

         C’est à ce titre que l’hommage rendu à l’ex-Président pour sa contribution à l’alternance démocratique intervenue avec l’élection du Président de la République paraît comme un déni de l’histoire la plus récente de notre Pays et surtout une souille inacceptable à la mémoire de toutes ces victimes congolaises tombées pendant la lutte pour la dernière alternance démocratique au prix d’énormes sacrifices et du sang des congolais.

Lors de ce discours dans la salle du Congrès, seuls les militants et sympathisants du régime précédent ont savouré la plus grande forfaiture politique contre une alternance démocratique voulue par le plus grand nombre de Congolais, dont l’UDPS du Président en exercice a  payé le plus lourd tribut. La mémoire d’un peuple meurtri contraste scandaleusement avec le satisfecit accordé injustement aux bourreaux de la République.

         C’est ici que s’installe le grand doute sur  l’agir du nouveau pouvoir dans le sens du changement voulu par le peuple sous l’adage politique « du peuple d’abord » ou encore intervient le plus grand scepticisme sur les réformes  attendues pour marquer une véritable alternance démocratique.

         C’est ce dilemme qui, hier, a compromis la réalisation du bonheur des Congolais après l’indépendance du pays à la suite du néo-colonialisme ayant soutenu les dictatures et qui se profile aujourd’hui à travers le doute ou des inquiétudes sérieuses du peuple au sujet de la matérialisation effective de la vison du Président Felix Tshisekedi. En effet, tout le monde se pose la question de savoir ce que cache l’intriguant hommage à l’ex-Président consacrant la coalition FCC-CASH, au cas où ses partenaires de la coalition ne lui laisseraient pas les mains libres pour opérer des réformes attendues par le peuple.

         Le doute se cristallise aussi sur cet hommage indigne fait à ceux qui ont boycotté toutes les sorties de crises prescrites par  les recommandations de multiples dialogues ; à ceux qui ont impunément tiré sur les manifestants pacifiques ; à ceux qui ont manipulé le processus électoral avec une interprétation erronée de l’article 70 et la validation d’une loi électorale scélérate par la Cour constitutionnelle à leur solde ; à ceux qui ont sabordé la tenue transparente des élections avec des foutues machines à voter ; enfin, à ceux qui ont planté le malheureux décor d’un désordre institutionnel, qui bloque aujourd’hui la bonne marche de l’Etat et la construction démocratique d’un Etat de droit.

         Le seul moyen de réparer cette dérive discursive du Président de la République rendant hommage aux impies politiques est celui d’honorer la mémoire des combattants morts pour l’alternance démocratique par l’érection d’un monument historique en guise de mémorial consacré à la courageuse lutte du peuple congolais, appuyée par la communauté internationale, pour l’alternance politique en République Démocratique du Congo.

         Sur le plan des projets socio-économiques annoncés par le Président de la République, il doit être marqué,  à la deuxième année du mandat présidentiel, par un curseur visible de la lutte contre la corruption, contre l’insécurité au Centre et à l’Est du pays, contre la pauvreté dans laquelle a été plongé le peuple congolais par les pouvoirs précédents. Les meilleures illustrations de cette paupérisation massive s’affichent avec la pagaille anarchique des petits marchés de vivres alimentaires de fortune partout, dans tous les coins de rue et à travers toute la République, avec le syndrome du mal-logé et du mal-loti des habitations, avec  la résurgence de maladies jadis radiées.

         Il en est de même du plus grand nombre de forces actives désœuvrées , du nombre impressionnant de diplômés  sans-emplois, du grand nombre d’enfants de la rue dans toutes les grandes agglomérations, du plus grand nombre de motocyclettes et voiturettes de fortune comme principal moyen de transport urbain au grand risque de vies humaines, alors que jadis dans un passé proche, les bus, les taxis-bus et les taxis étaient à la portée du citoyen moyen.

         Pendant cette même courte période, des fortunes scandaleuses ont été amassées sans cause, des immeubles luxueux inhabités ont poussé partout comme des champignons, des fermes en ranch et des somptueuses maisons de campagne ont surgi du néant, de pans entiers de terres d’autrui ont été rachetés à vil prix, de véhicules de derniers cris ont envahi les pitoyables routes mal bâties et embourbées, etc…

         Le Président Felix-béton devra, tant qu’il dispose encore d’un crédit politique marqué par l’allégeance populaire faite à son pouvoir, démontrer qu’il ne partage pas son leadership pour la gestion des questions d’intérêt national avec tout autre leader, fut-elle autorité morale. Il est le seul garant et comptable de la réussite de son mandat.

         Le leadership d’un homme politique et particulièrement d’un Chef de l’Etat n’est pas additionnel ou proportionnel à la part des autres leaders. Il est total et n’est redevable qu’à son peuple. L’agglutination actuelle de roitelets, princes héritiers de tout bord autour de lui ou encore cette dispensation de parts de son pouvoir au nom d’une coalition débridée  et inutilement encombrante, risque de lui jouer de tours avant ou pendant les prochaines échéances électorales.

         Il est mal pensé de croire que la réconciliation nationale se fera au prix du partage de pouvoir au sein de la coalition bancale avec des Rambo  en déperdition ou en sursis pénal. Ignorer qu’on est grand maître à bord du grand Congo, c’est jouer au tournoi de mauvaise notation à coups d’échec. Et dans un jeu d’échec, lorsque tous les coups à disposition se révèlent mauvais pendant qu’on a le trait et on se trouve dans l’impossibilité d’exécuter un coup légal, la partie se termine par un pat ou un échec et mat.

         Pensez plus  aux morts méritants ayant combattu  pour l’alternance démocratique  qu’aux survivants malveillants qui s’en attribuent une paternité cocufiée.

Par Jean-Marie Kashama Nkoy

(C.P.)

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