Enigme « déplacés de guerre» : la Monusco mise à rude épreuve

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Concentration dans un certain rayon du Territoire de Walikali, des groupes armés rebelles hétérogènes étrangers et nationaux comme les fameuses FDLR, le groupuscule Maï-Maï Kifuafua, les francs-tireurs ougandais ADF/NALU, LRA. L’insécurité entretenue quasi en permanence par ces rebelles provoque des vagues successives de personnes déplacées contraintes d’abandonner leurs villages, en quête d’illusoire havre de paix dans cette province du Nord-Kivu infestée de semeurs de mort et de désolation. On dénombre déjà 90.000 personnes déplacées arrivées dans le Territoire de Beni, et le mouvement continue. Un véritable casse-tête pour les organisations humanitaires qui se chargent de leur fournir le minimum de rations alimentaires et de tentes d’hébergement. Cette situation a été révélée par la Monusco au cours de son point de presse hebdomadaire de ce mercredi 28 juillet à Kinshasa. Les chefs de groupement locaux et les ONG sont dans la psychose d’autres attaques lancées contre eux par ces rebelles, sur l’axe Walikali vers Ottoboroa à 24 km à l’est d’Itebero et sur quelques villages situés à 8 ou 15 km au nord de Walikali. Tous ces détails ont été donnés par la Monusco. 

    Une embuscade tendue par les maquisards ADF/NALU, mardi 27 juillet, a causé la mort de 15 personnes revenant du marché de Lubirye à 30 km de Beni. Ces événements malheureux se sont produits juste au moment où les chefs d’Etats-majors généraux ougandais, centrafricains et congolais se trouvaient à Kisangani en concertation sur le problème de la sécurité commune à leurs pays respectifs, la RDC ayant la République centrafricaine parmi ses voisins du nord, et l’Ouganda parmi ceux de l’est. La situation à Walikali que la population déserte et à Beni où affluent les réfugiés, n’a rien de nouveau. C’est la perpétuelle énigme du Kivu, plus particulièrement les deux provinces du Nord et du Sud de cette partie du pays. La Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo) doit se rendre à l’évidence qu’elle a hérité de la Monuc (Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo) d’une situation peu confortable qui n’est guère de tout repos en RDC, particulièrement à l’Est. Le changement de dénominations n’implique pas nécessairement le changement de tâches à accomplir hier comme aujourd’hui.

    La protection ou la sécurisation des institutions qu’avait la Monuc comme rôle à jouer, et la stabilisation du Congo assignée à la Monusco, sont pratiquement deux concepts équivalents. La protection des institutions et la stabilisation du pays vont de pair, c’est-à-dire que l’une est inséparable de l’autre. Les problèmes liés à l’insécurité à l’Est de la RDC laissés par la Monuc, sont les mêmes qui attendent la Monusco. La stabilisation ne peut être plus ou moins couronnée de succès que si tous les groupes armés rebelles étrangers et nationaux sont neutralisés et mis hors d’état de nuire, et le terrain ratissé et purgé de toutes les poches de résistance. Mais ce n’est pas une partie de plaisir en tout cas, quand on sait que ces rebelles sont aussi des trafiquants de minerais en étroite liaison d’affaires avec des requins de la haute finance apparentés à certaines multinationales, qui leur fournissent en échange des minerais, d’importantes ressources pour se procurer armes et munitions dont ils ont besoin. Des ONG internationales de défense des droits de l’homme ont déjà dénoncé, dans leurs plusieurs rapports, cette liaison d’affaires entre les groupes armés rebelles en RDC et des entreprises multinationales. 

La stabilisation ou le chant des sirènes ? 

    Il est vrai que le Congrès américain vient de voter une loi destinée à contrarier le trafic des minerais qui profite aux groupes armés rebelles de l’Est de la RDC. Mais la question que l’on peut se poser est celle savoir si les gouvernements des pays d’origine de ces multinationales et des vautours servant d’intermédiaires, sont en mesure d’agir sur eux à titre de coopération à l’application de cette loi du Congrès américain qui frappe d’anathème le commerce des minerais du sang en provenance de l’Est de la RDC ? La survie et la résistance des groupes armés rebelles tiennent pratiquement de ce genre de commerce. Toutefois, la loi du Congrès coïncide – curieusement – avec la nomination à la tête de la Monusco, d’un diplomate américain vieux routier des méandres de la situation politique de la RDC, Roger Meece. L’ambassadeur des Ets Unis à Kinshasa de 2004 à 2007, c’est-à-dire de la transition de la formule 1+4 à l’installation de nouvelles institutions issues du processus électoral de 2006, Roger Meece était l’un des diplomates occidentaux très influents au sein du fameux Comité International d’Accompagnement de la Transition (CIAT), en symbiose avec son compatriote William Lacy Swing, alors à la tête de la Monuc.

            Il n’est pas exagéré de dire que nul autre diplomate que lui aujourd’hui n’est mieux censé connaître à fond les paramètres de l’énigme du Kivu. Comme c’est là que se trouve la citadelle du trafic des minerais du sang, on est fondé à croire qu’il va mettre en œuvre ses trésors d’imagination pour faire agir efficacement la loi votée par le Congrès de son pays. Les chances de réussite de la stabilisation du Congo assignée à la Monusco dépendent effectivement de la manière dont cette loi du Congrès américain sera appliquée. Dans le cas contraire, c’est-à-dire si le trafic des minerais à l’Est de la RDC n’est pas combattu et anéanti, ce serait un échec pour la Monusco. Il y a lieu de le souligner, état donné que ce phénomène est tissé d’un puissant réseau de nombreuses ramifications répandues à l’étranger, servant d’intermédiaires dans les relations d’affaires avec les groupes armés rebelles locaux. Ce problème dépasse les capacités et les moyens d‘action du gouvernement congolais. Jusqu’ici la Monusco n’en est qu’au stade des constats des drames et des exactions que commettent les rebelles comme l’Alliance des Forces Démocratiques/Armée Nationale de Libération de l’Ouganda (ADF/NALU), et les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), notamment à Beni, Butembo,Walikali.

            A ce rythme, il y a lieu de se demander comment la stabilisation du Congo se conçoit et va se concrétiser. Les stratégies appropriées mises au point pour atteindre cet objectif tardent encore à être déployées sur le terrain. Les tragédies qui se déroulent à Walikali et à Beni sont comme un défi que les groupes armés rebelles lancent à la Monusco. Qui d’autre peut relever ce défi si ce n’est le Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU, patron de la Monusco, l’ambassadeur Roger Meece, vers qui tous les yeux sont tournés à présent ? La stabilisation du Congo est un concept charmant et enivrant que la prudence n’autorise pas à croire comme parole d’évangile. Que n’a-t-on pas fait pour en finir avec la situation dramatique du Kivu ? Le fameux accord de Nairobi ; la retentissante conférence de Goma pour la paix et le développement du Kivu Nord et Sud ; une structure supranationale permanente installée à Goma composée de diplomates occidentaux et africains, ainsi que de l’ONU, de l’Union Européenne, de l’Union Africaine, de la SADC, dénommée « Task Force » ou comité de suivi de l’application de l’accord de Nairobi et de l’Acte d’engagement de cessation des hostilités de la conférence de Goma ; des opérations militaires conjointes Rwanda-RDC pour liquider les FDLR etc… tout cela sans grands résultats. La stabilisation du Congo retentit comme le chat des sirènes dont on nous invite à écouter la mélodie.

Jean N’Saka wa N’Saka,  Journaliste indépendant 

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