En tentant de renier sa délégation des pouvoirs : le Premier Ministre s’est grillé !

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Que se passe-t-il à la Primature ? Pour la deuxième fois en l’espace d’un mois, le Premier Ministre a décidé de s’adresser au Chef de l’État via son directeur de la communication. Il serait devenu tellement important qu’il se rabaisserait en délivrant lui-même le message. Et qu’y a-t-il dans ce message ? « Ilunkamba n’endosse pas les ordonnances portant mises en place dans l’armée et la magistrature, parce que l’intérimaire ne l’aurait pas informé préalablement » !

La sortie du Premier Ministre pose deux problèmes. Le premier est qu’il tente de donner au principe de la délégation des pouvoirs un contenu qui n’est pas constitutionnel. Nous sommes ici dans la gestion d’un État démocratique et on ne peut, quelles que soient les circonstances ou les prétentions, ramener cette gestion à la dimension d’un individu. La République ne s’appelle pas Ilunga Ilunkamba et les Congolais ne sont pas ses sujets. Soutenir que lorsqu’íl bouge, tout doit s’arrêter, c’est faire preuve d’une dommageable cécité politique.

          C’est ici le lieu de rappeler au Premier Ministre que la délégation des pouvoirs qu’il met en débat n’est pas assumée pour la toute première fois sur l’avenue ex-Trois Z. Les différents Premiers Ministres, depuis Joseph Ileo jusqu’à lui-même, se sont toujours pliés au même exercice. Quelques exemples récents devraient d’ailleurs l’aider à sortir du brouillard dans lequel il s’est inutilement enfermé. En 2018, à quelques mois des élections législatives et présidentielle, l’ordonnance portant nomination des membres de l’actuelle Cour Constitutionnelle avait été contresignée par She Okitundu, alors ministre des Affaires étrangères. La même année, José Makila Sumanda avait aussi apposé son contreseing dans le cadre de la délégation des pouvoirs.

          Le deuxième problème est que le Premier Ministre a une compréhension évasive du contreseing qu’il semble, à travers son communiqué, considérer comme une autorisation qu’il accorderait au Chef de l’État pour agir. C’est une erreur monumentale car son rôle est bien déterminé par la constitution et se limite à l’engagement d’appliquer les ordonnances.

          Dans ce dossier, il apparaît manifestement que le Premier Ministre est l’objet d’une manipulation suicidaire. Des extrémistes de sa famille politique le poussent vers le fossé pour mieux le broyer. A-t-il encore quelque force pour résister ? Il est permis d’en douter, au regard des bourdes qu’il enchaîne, à commencer par cette affaire honteuse du ministre de la Justice dont il a inexplicablement endossé les infractions de faux et usage de faux. Parti à Lubumbashi pour ramener John Numbi, il est rentré bredouille, laissant la ville aux mains des forces centrifuges qui sèment les graines de la rébellion contre le pouvoir établi. Et maintenant, le voilà jeté dans la fosse aux lions, cherchant à polémiquer avec l’élu de la Nation sur des matières qui n’appellent pourtant aucun débat. C’est une action inutile, d’autant plus que le discrédit qui va découler de sa démarche anticonstitutionnelle va retomber sur sa seule tête. Et pour son malheur, rien ne va bouger, parce que le Garant de la Nation a agi conformément à la loi fondamentale qui est au-dessus de tous les citoyens, y compris les associations, les partis et les plateformes politiques.

          C’est triste qu’on en soit arrivé là, surtout pour un homme dont l’expertise était attendue pour résoudre les questions économiques découlant de la pandémie de coronavirus.

          Pour son honneur et sa crédibilité, le Premier Ministre ne devait pas accepter de jouer un rôle qui le grille. Au propre comme au figuré. Pour des siècles et des siècles.

L.P.

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