En marge de l’audit du FMI à Kinshasa : la nouvelle bataille de Fatshi, discipliner les finances publiques

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Women in Economic Decision-making: Christine Lagarde

Le Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi, a séjourné aux Etats-Unis d’Amérique du 3 au 5 avril 2019. Il a bouclé sa mission officielle par la visite, le même vendredi, du Mémorial d’Arlington, célèbre cimetière où reposent, pour l’éternité, des patriotes américains, dont Martin Luther King. Parmi les faits marquants de ce déplacement outre-Atlantique, on a retenu la pose des premiers jalons du « partenariat stratégique » entre la République Démocratique du Congo et les Etats-Unis d’Amérique, dont la trame va être l’accompagnement appuyé de Kinshasa par Washington dans les secteurs de la défense, de la démocratisation, de l’économie, de l’industrie, de la santé, de l’éducation, des infrastructures de base, mais surtout de la lutte contre la corruption. Le président congolais a reçu des garanties du réchauffement de la coopération bilatérale de la part du Secrétaire d’Etat en personne, Michael Pompeo.

Le hasard du calendrier a placé aussi, sur le chemin de Félix Tshisekedi, le vice-premier ministre et ministre belge des Affaires Etrangères, Didier Reynders, qui lui a donné des gages d’un nouveau départ de la coopération belgo-congolaise.

            L’autre fait qui fait couler beaucoup d’encre et de salive, c’est la rencontre entre le président congolais et la Directrice générale du FMI (Fonds Monétaire International), Christine Lagarde. Sa promesse de la reprise imminente de la coopération entre son institution avec la RDC, après sa suspension depuis 2012, sous le mandat du Premier ministre Augustin Matata, avec comme préalable un audit exhaustif de la situation économique congolaise, fait grand bruit à Kinshasa.

A en croire des experts proches du dossier, le FMI va s’intéresser singulièrement à des aspects tels que la crédibilité des budgets nationaux depuis la rupture de la coopération bilatérale en 2012, dans ses volets relatifs à la mobilisation des recettes et des dépenses, à la transparence ou non des informations relatives à leur exécution, à l’existence ou non des plans nationaux de développement, à l’adéquation ou non entre les prévisions budgétaires et les potentialités réelles du pays en termes de recettes fiscales, douanières, minières et autres, à l’enregistrement ou non des informations financières, à la rédaction ou non des rapports financiers, etc.

Ce serait l’occasion, pour les institutions publiques, ministères, sociétés et services publics de fournir, aux experts du Fonds Monétaires International, la preuve que les chiffres consignés dans les différents documents comptables reflètent la situation économique et financière réelle du pays. Attendus dès cette semaine à Kinshasa, ils vont constater sur le terrain, si le taux de change du franc congolais est relativement stable depuis plus d’une année, et que son taux de dépréciation, chiffrée à 2,7 % en 2018, est retombé à 0,2% en mars 2019; que le taux de croissance est passé de 3,7 % en 2017 à 5,8 % en 2018.

            Il leur appartiendra aussi d’apprécier le niveau d’endettement extérieur du pays, que les officiels congolais estiment soutenable. Un regard sera posé aussi sur les indicateurs économiques, qu’ils affirment être relativement au vert, en dépit du financement des élections sur fonds propres. Bref, l’exercice va consister à s’assurer que le cadre macro-économique est effectivement stable.

Discipliner les finances publiques

            Le FMI revient en fait en RDC jouer son rôle de surveillance de l’état des finances publiques, prendre acte des forces et faiblesses de gestion et formuler des recommandations pour leur amélioration. Si le pays réussit son examen de passage, le Chef de l’Etat pourrait alors signer une « Lettre d’intention » pour spécifier la hauteur des appuis financiers attendus et les domaines auxquels ils devraient être destinés.

            En raison du gâchis financier observé durant la période de la suspension de la coopération, avec les tripatouillages des chiffres de recettes et de dépenses, et le non respect de la loi des finances, avec entre autres conséquences l’implosion du budget national durant l’exercice 2016, passant de 8 milliards de dollars votés au parlement à 4 milliards après correction, la nouvelle bataille de l’actuel Chef de l’Etat devrait se focaliser sur la discipline dans la gestion des finances publiques.

            C’est le lieu de réitérer le vœu de le voir combattre, sans merci, la corruption sous toutes ses formes. Car, selon les statistiques imputées à l’ancien Conseiller Spécial de l’ancien Chef de l’Etat chargé de la Bonne Gouvernance, de la Lutte contre la Corruption, le Blanchiment des Capitaux et le Financement du Terrorisme, Luzolo Bambi Lessa, la RDC connaît chaque année une saignée d’environ 15 milliards de dollars américains dans les secteurs du fisc, des douanes et autres recettes administratives domaniales. Quant à un ancien Vice-Premier ministre et ministre du Budget, Daniel Mukoko Samba, qui avait organisé, en 2015, un atelier national, il avait estimé le coulage des recettes à hauteur de 30 milliards de dollars l’an.

Si Félix Tshisekedi arrive à gagner la bataille de la discipline budgétaire, et à éradiquer la corruption ainsi que des antivaleurs telles que les détournements des deniers publics l’impunité, la RDC peut se doter, à brève échéance d’un budget supérieur à 30 milliards de dollars américains et l’améliorer progressivement.

            Le temps ne doit plus être au maquillage des chiffres, comme à l’époque de Kengo wa Dondo entre 1982 et 1986, quand Mobutu lui avait fait remarquer qu’on ne mangeait pas la rigueur, vu l’impact négatif des programmes d’ajustements structurels avec le FMI sur le social des populations, ni à la navigation à vue, comme sous le régime de Matata Mpoyo, libre de tout marquage par le gendarme financier de la planète. Félix Tshisekedi doit jouer cartes sur table et  mettre fin au sport national qui consiste en la surestimation des recettes au moment de l’adoption du budget national et à la sous-estimation des dépenses alors que dans son exécution, on ne respecte rien. Il est à espérer que dans le cadre de la mission actuelle d’audit du FMI, les experts congolais vont jouer franc jeu et permettre au pays d’ouvrir des perspectives franches de développement.                                  Kimp

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