ELoge funèbre pour le professeur «Emérite» Omer TSHIUNZA MBIYE

0
188

Chaque jour que le bon Dieu a créé, il meurt des millions d’êtres humains sur terre. Un seul mort a intéressé la petite communauté de la promotion de 1998 de l’Université de Kinshasa. L’un des membres du groupe whatsapp  dit « ECO98 » a posté le jeudi 23 décembre la triste nouvelle qu’il disait navré de  partager avec  tous : le décès de l’éminent Professeur TSHIUNZA MBIYE.

         Certes, même si on admet que la mort constitue une réalité inévitable, pour chacun de nous, le choc qui en résulte n’en   est pas moins rude à toujours accepter.  D’où les échanges empressés entre les intimes affectés pour se rendre à l’évidence afin de faire leur deuil. Les moyens modernes de communications se conjuguent pour ôter tout doute à quiconque, dans une période où le covid s’est avéré être  la plus intraitable faucheuse de ces derniers temps, en emportant l’un des meilleurs d’entre nous. Hélas, les cercles des vulnérables auxquels appartenait le défunt actuellement victime du maudit covid  ne cesse de s’élargir.

         La disparition du Professeur Tshiunza Mbiyé ne peut laisser indifférents, ceux qui l’ont connu ou côtoyé.  Ce n’est pas seulement comme Professeur d’Université que l’illustre défunte  personnalité a servi  notre pays  mais  notamment  au travers ses enseignements, recherches, écrits et publications scientifiques dans le domaine de la monnaie qui était le sien,  où il  a laissé une estampille indélébile, mais aussi sous diverses et plusieurs casquettes, notamment Directeur adjoint du cabinet du président Mobutu, Vice-gouverneur de la Banque centrale, Ministre de l’Economie, PDG de l’INSS et autres,…

         Pour ma part, j’ai croisé le chemin du professeur Omer TSHIUNZA sur la colline inspirée et j’en ai gardé des souvenirs   que je ne pouvais pas ne pas partager avec ceux qui, comme moi, l’ont admiré.

         Le professeur TSHIUNZA MBIYE a terminé sa course dans la vie en tant qu’enseignant émérite. Avait –t-il vocation à la profession enseignante ? A en juger par son itinéraire estudiantin, scientifique et professionnel,   il s’avère que tout son être  a fini par faire corps avec le métier qu’il a tant aimé à exercer.

         En tout cas, c’est le meilleur de lui-même dont il était porteur qu’il a entendu communiquer aux générations qui viennent.

         Toujours est-il que ce fut ma chance d’avoir été un de ses étudiants en deuxième licence en Economie monétaire. Il m’a mis le pied à l’étrier en dirigeant mon mémoire de licence que j’ai obtenu grâce à son    encadrement des plus efficaces, des plus savants.

         Bien sûr, je ne pouvais pas être seul autour de lui à bénéficier de ses lumières. Mais   c’est au cours des  échanges très actifs  qu’il affectionnait entre lui et ses disciples que nous étions qu’il est parvenu à m’apprécier et à me détecter , au point de m’intégrer  dans  son cercle à côté de ses assistants  qu’étaient :Vincent Ngonga, Mapon Matata et  Firmin Koto, dont les deux premiers sont actuellement professeurs.

         Plus tard, j’ai été particulièrement flatté de participer à un article dont il m’avait demandé de faire l’ébauche.  Quand je lui ai remis le draft de l’article, il ne fut pas enthousiasmé outre mesure . Il me fera remarquer que j’avais fait intégrer des éléments d’analyses « intéristes et extéristes », thème cher à mon beau père, le professeur Mboyo Empenge.  Puis, une deuxième chance sur un autre sujet et cette fois-là, l’article sera publié dans les notes de conjonctures avec professeur TSHIUNZA comme co-auteur.  Tout le monde savait que les notes de conjonctures, dont le professeur était le grand animateur faisaient autorité. Pour un jeune assistant de quelques mois, c’était une grande carrière d’économiste qui s’ouvrait à côté du Grand maître professeur Tshiunza Mbiye.

         C’est en participant à ses côtés à la publication des articles dans ses notes que cela m’a ouvert les portes de l’assistanat.

         Mon maître, feu TSHIUNZA, m’a manifesté sa considération en me recommandant à une émission de la RADIOTV RAGA,  où j’ai été reçu avec un autre invité, ingénieur chez Toyota, autour du thème : « l’Energie renouvelable et le développement ».

Apparemment, je n’avais pas démérité, car mon passage  à la TV avait fait l’objet  de commentaires et développements remarquables,  notamment ses chefs de travaux  , dans les séminaires  et couloirs de la Faculté .

         C’est ainsi que progressivement , il m’a été permis  de faire des visites chez le prof TSHIUNZA,  où  j’ai eu à rencontrer  le professeur Matata, en ce temps là encore assistant.

Ce fut à l’une de ces occasions que le professeur Tshiunza nous associa à l’animation d’une conférence sur la réforme monétaire à sa place, à l Opusdei à Righini.

         Malheureusement, les circonstances de la vie ne m’ont pas permis  de continuer   avec le professeur la collaboration qui s’annonçait sous de bons augures, au pays.

         Nos rapports s’étaient espacés mais pas complétement rompus, me retrouvant en  Hollande où je devais poursuivre mes études.

         Ce fut donc avec une belle surprise qu’au terme de cinq ans, sans communications ni contacts, lorsqu’un jour je reçois un appel téléphonique : « Paul, c’est moi le professeur Tshiunza. Je suis avec mon homologue le professeur kabuya Kalala. Nous sommes à l’Université d’Anvers où nous animons un séminaire sur l’ économie de Développement ».  Le rendez-vous était pris pour le week-end suivant, lorsque je débarquais en Belgique pour récupérer le professeur Tshiunza pour la Hollande.  Il me présenta à sa fille comme étant son ami.  J’étais très flatté pour mériter cela.  Depuis lors, nous avons continué à échanger, qu’il soit au pays ou de passage en Belgique. 

         En conclusion, j’ai retenu que Feu professeur Tshiunza Mbiyé avait une très forte capacité à détecter des savoirs en « herbe », quel que soient leurs horizons, pour les encadrer, sachant les stimuler et leur donner l’espace pour grandir.  Il nous confiait des tâches et nous responsabilisait dans le domaine qui était le sien, celui de la monnaie.  Il nous consacrait de son temps et de son énergie.  Et voilà que nous sommes devenus orphelins.

          En hommage et en témoignage à l’égard de mon cher Maître , je ne crois pas trop m’égarer en soutenant que la carrière du professeur TSHIUNZA MBIYE était double d’exercices des fonctions d’Etat auxquelles il a été plusieurs fois appelé pendant la deuxième République.

         Nous sommes parmi ces étudiants qui avons remarqué qu’il était l’un des rares professeurs qui gardait la tête froide pendant n’importe quelle situation, notamment quand il fallait prendre des vues scientifiques que d’aucuns trouvaient parfois hardies.

         Si l’Université de Kinshasa gardait longtemps sa correction morale et son orthodoxie scientifique, c’est dû à des personnalités de sa trempe.  

         Cher Papa et professeur TSHIUNZA, vous avez fait votre part.  A nous, maintenant, chez qui vous avez allumé la flamme du « SAVOIR », de faire en sorte qu’elle ne s’éteigne pas.

Repose en paix cher papa et professeur Tshiunza Mbiye.

Paul Kazadi

European Indirect Tax Accoutant

Huntsman Corporation

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •