Elections : vers un coup fourré !

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La mise en garde du gouvernement congolais à l’endroit des missions diplomatiques est interprétée de plusieurs façons par l’homme de la rue. Comment peut-on considérer les rapports entre les diplomates en poste à Kinshasa avec les dirigeants de l’opposition comme une ingérence dans les affaires intérieures de la République ? « Certains leaders sont reçus autour d’un verre et à partir de là, ils se croient tout permis », a déclaré un proche du ministre des Affaires Etrangères qui a requis l’anonymat, comme s’il était souvent convié à ces entretiens, à défaut d’écouter derrière les portes des ambassades grâce aux micros et autres gadgets dissimulés. Ou encore de disposer d’agents chargés de l’informer de tout entretien entre les diplomates et les leaders de l’opposition, ce qui serait un exploit à féliciter.

Par ailleurs, il apparaît clairement que ces menaces à peine voilées traduisent un malaise profond dans le camp gouvernemental à la veille des échéances électorales. La question qui en découle est naturellement celle de savoir «de quoi aurait-on peur» ? Que voudrait-on cacher et quel coup tordu préparerait-on à l’endroit de l’opposition que l’on voudrait priver de toute capacité d’expression sur le plan international ?

Autant de questions qui dérangent tout celui qui a suivi les menaces du week-end, formulées contre ceux qui passaient jusque-là pour des partenaires les plus courtisés  aussi bien par le pouvoir en place que par les forces de l’opposition. Chaque jour qui passe, des plénipotentiaires du gouvernement sillonnent le monde à la recherche d’appuis financiers, diplomatiques et autres militaires en échange des possibilités d’investissements. Chaque jour qui passe, des officiels étrangers sont reçus avec pompe à tous les niveaux pour discuter coopération et aide au développement dans divers domaines de la vie nationale.

Financement et droit de regard
S’ils sont ainsi courtisés pour leurs financements en termes de centaines de millions de dollars Us, il serait injuste de leur interdire de prendre contact avec les forces vives de la nation pour se faire une idée sur la marche des affaires du pays. Comme dans la profession journalistique, les partenaires extérieurs voudraient croiser les sources d’information en obtenant un autre son de cloche, ce qui peut leur permettre de mieux appréhender les réalités du pays hôte, de disposer de la bonne information, car équilibrée et juste, pour pouvoir confectionner les rapports à adresser à leurs gouvernements respectifs. Quoi de plus normal !
Chaque fois qu’une puissance étrangère apporte un chèque important pour financer des projets à caractère social ou économique, le gouvernement ne tarit pas d’éloges à son endroit. Il y a quelques jours, la Belgique, par la voix de son ministre des Affaires Etrangères, a annoncé l’annulation de la dette de la RDC de l’ordre de 700 millions des dollars US. En retour, il a naturellement eu droit à des éloges, à la fois pour son pays et pour lui-même qui a fait oublier l’indécrottable Karel de Gucht dont le malheur est de ne jamais garder sa langue dans la poche.

Dès lors qu’on se félicite de part et d’autre des liens de coopération consolidés par le financement social et économique, quoi de plus normal que celui qui « donne » s’autorise un droit de regard sur l’exécution des programmes convenus de commun accord ! Quel sens Kinshasa donne-t-il au vocable coopération ? Ce droit de regard est consécutif aux multiples détournements par des officiels des fonds destinés à l’assistance publique. Des pratiques ignominieuses et avilissantes qui impliquent non seulement des dirigeants des pays du tiers monde mais aussi leurs complices occidentaux.  Ce fut le cas des détournements opérés par un directeur de cabinet de Jean-Pierre COT, alors ministre de la Coopération du gouvernement de François MITTERRAND, pour les préparatifs du Sommet des Chefs d’Etat d’Afrique et de France prévu à Bujumbura au Burundi en 1984. Il y en a eu d’autres. Voilà pourquoi les partenaires extérieurs exigent un droit de regard sur l’exécution de tout programme de financement.

Par ailleurs, les menaces de Kinshasa à l’endroit des diplomates ont ceci de surprenant qu’elles donnent l’impression d’oublier que notre pays abrite sur son sol une armée étrangère qui échappe totalement à son contrôle. La présence de cette armée est destinée à nous rappeler que nous n’avons pas encore atteint l’un des principaux objectifs assignés aux dirigeants par le dialogue intercongolais de Sun City, à savoir construire une armée à la fois nationale et républicaine, assurer pleinement la sécurité à l’intérieur et aux frontières, bref régler un problème central concernant la souveraineté nationale. Ces questions sécuritaires sont aujourd’hui sur la table dans la mesure où elles conditionnent le bon déroulement de la campagne électorale qui risque d’être perturbée par des milices dont personne ne connaît le nombre et particulièrement les Fdlr qui ont décidé depuis quelque temps de montrer à la face du monde qu’ils gardent intacte leur capacité de nuisance. Des plénipotentiaires arrivent régulièrement dans ce pays en rapport avec ces questions et émettent des avis qui touchent aussi bien aux questions politiques, humanitaires que sécuritaires.              

Face à ces réalités, refuser aux représentations diplomatiques le droit de recevoir un autre son de cloche sous prétexte que de telles rencontres contribueraient à peaufiner des stratégies en faveur de l’opposition serait faire injure à l’intelligence des politiciens congolais  qui conservent une grande capacité d’analyse des réalités nationales et qui n’ont pas besoin de diplomates souffleurs pour voir ce qui marche et ce qui l’est pas dans nos différents villages. A moins de vouloir nous conduire vers un coup fourré –et dans quel but ?-, il est difficile de comprendre cette colère naissante.   

K.K.NT

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