Elections : signaux contradictoires

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Tous ceux qui sont intéressés par le processus électoral de 2011, autant la classe politique, les électeurs que les partenaires extérieurs de la République Démocratique du Congo, ont les yeux braqués sur la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), nouveau pouvoir organisateur des élections. Chacun a suivi et retenu, avec le maximum d’attention, le cahier de charges ainsi que le chronogramme déclinés vendredi dernier par Daniel Ngoy Mulunda, nouveau président du Bureau de cette institution d’appui à la démocratie.
            Les engagements de ce serviteur de Dieu résonnent encore dans de nombreuses oreilles : indépendance de la CENI, neutralité du Bureau, respect du délai constitutionnel, réaménagement du calendrier électoral, mise sur pied de bureaux d’enrôlement additionnels, transparence des scrutins, traitement égalitaire des candidats et électeurs, disponibilité des fonds et des kits électoraux, etc. D’emblée, les observateurs veulent bien croire aux bonnes intentions de Ngoy Mulunda.

            Seulement voilà ! L’environnement politique national présente plusieurs signaux contradictoires, qui tranchent avec le voeu des Congolaises et Congolais d’avoir, à la différence de 2006, des élections réellement libres, démocratiques et transparentes. En effet, si la CENI tient effectivement à son engagement d’organiser les élections dans le délai constitutionnel, cela sous-entend que la présidentielle et les législatives devraient avoir lieu au mois de septembre 2011 au plus tard. Par conséquent, la campagne électorale, pour les deux scrutins, devrait démarrer un mois plus tôt, c’est-à-dire au mois d’août.
            Mathématiquement, il ne reste que quatre mois aux partis, regroupements et acteurs politiques pour se mettre en ordre de bataille. Cela suppose des actions de propagande préélectorale, comme on le constate d’ailleurs déjà sur le terrain voici plusieurs mois.
 
Silence à l’opposition ! Le pasteur Ngoy Mulunda, qui a martelé qu’il allait se démarquer totalement de sa famille politique d’origine, devrait savoir que l’espace politique national n’est pas ouvert à tous les courants politiques. L’opposition politique, notamment, est victime d’obstructions bizarres chaque fois que ses animateurs et militants ou combattants tentent de s’exprimer en public. A Kinshasa comme en provinces, tous les lieux publics susceptibles d’abriter des réunions politiques, meetings, conclaves, congrès, marches, fêtes anniversaires… sont devenus, subitement, inaccessibles aux partis et regroupements non affiliés à la coalition au pouvoir.
            Exclus des médias publics, les opposants sont en train d’être traqués sur les rares médias privés qui les tolèrent.       Pour l’heure, le Grand Hôtel Kinshasa, la Fikin, l’Espace GB, le Stade Tata Raphaël, le Vélodrome de Kintambo, le Stade Cardinal Malula, le Jardin Botanique de Kinshasa, le Stade des Martyrs… pour ne citer que ces sites, rejettent systématiquement les demandes de l’opposition, même après avoir encaissé les frais de location. On laisse entendre que leurs gestionnaires sont manifestement l’objet de pressions de la part des décideurs politiques. Accepter un opposant revient pour eux à mettre leur carrière en péril.
            En provinces, la situation est pareille avec, comme circonstances aggravantes, les cas d’arrestations arbitraires des représentants des partis politiques de l’opposition qui osent annoncer une activité politique dans un espace public. A Matadi, Bandundu, Mbandaka, Kisangani, Kananga, Mbuji-Mayi, Lubumbashi, Kindu, Bukavu, Goma et Kisangani, l’opposition est interdite de parole. Des inciviques instrumentalisés n’hésitent plus à caillasser des convois des membres de l’opposition.

 Pourtant, à l’opposé, l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) est en campagne depuis des mois.  « Universités », conclaves, réunions, marches, meetings, séminaires idéologiques, déclarations et « matinées » politiques se succèdent à un rythme endiablé. Parfois, les responsables de la territoriale et des services d’ordre sont tout surpris de voir des partisans des partis et regroupements membres de l’AMP en train de battre les pavés des artères principales des entités administratives sous leur gestion, sans la moindre autorisation.
 
Démocratie sans liberté de parole ? D’aucuns se demandent si Ngoy Mulunda et ses collaborateurs du Bureau de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) vont avoir suffisamment d’autorité pour ouvrir l’ensemble du territoire national à tous les courants politiques, garantir la liberté de parole et de mouvement à tous  ceux qui aspirent à briguer des mandats politiques et qui, forcément, ont besoin de communiquer, avant comme pendant la campagne électorale.
Les électeurs congolais ont besoin de tous les sons de cloche pour être en mesure d’opérer, le moment venu, les choix qu’ils jugent les plus judicieux au niveau des urnes. La question de fond est celle de savoir si la RDC va construire sa démocratie en l’absence de tout débat d’idées. En tout cas, le décor du moment est celui de la primauté de la pensée unique.
            Mais si rien ne change jusqu’à la tenue effective des élections, il faut redouter une chose : c’est l’expression des frustrations accumulées par des voies non démocratiques. Partout où l’on connaît des manifestations populaires qui sont en train de conduire à la chute des dictateurs et dictatures en Afrique, le détonateur principal a été le refus des hommes au pouvoir de laisser la majorité silencieuse s’exprimer, manifester, contredire…
            Pourtant, le pays est un patrimoine commun. Et, en tant que tel, son présent, son avenir et son devenir exigent d’être discutés publiquement par tous ceux qui pensent pouvoir lui apporter leur concours à travers ses différentes structures, notamment les institutions politiques en l’espèce.
Kimp

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