Elections politiques : la corruption, un nouveau «sport» en RD Congo

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La corruption a été propulsée au-devant de la scène politique en République Démocratique du Congo (RDC) depuis les dernières élections des sénateurs et des gouverneurs des provinces. Plusieurs opérateurs politiques de tous bords ont été amenés à dénoncer – même bien avant la tenue de ces élections – l’achat des voix des « Grands électeurs » que sont les députés provinciaux appelés à élire, au second degré et conformément à la Constitution de la RDC, les sénateurs et les gouverneurs de nos provinces. On a noté que ces députés provinciaux, élus directement au premier degré par la population (communément appelée la «base») pour impulser le changement tant recherché dans toutes les provinces, se sont mis à marchander leurs voix auprès des candidats sénateurs et gouverneurs.

            La réalité de ce honteux commerce de vote a éclaté au grand jour avec diverses frictions et protestations de certains candidats qui, ayant corrompu ces grands électeurs, ont été roulés dans la farine et n’ont pas été élus comme promis par ceux qu’ils avaient corrompus. La plupart de ces députés provinciaux corrompus ont perçu des pots- de-vin auprès de plusieurs postulants pour, en définitive, donner leurs voix aux candidats sénateurs ou gouverneurs les plus offrants.  C’est ainsi qu’à l’issue de ces scrutins, l’opinion publique a eu droit à des déclarations troublantes et à des scènes de violences qui ont éclaté à Kinshasa, à Kananga, à Mbuji-Mayi, à Gbadolité, à Lusambo, à Kisangani, etc. et qui ont refroidi les espoirs de développement des provinces, en offrant un échantillon assez représentatif de la pratique de la corruption à l’échelle nationale.

            Ces remous provoqués par ces comportements anti-démocratiques des députés provinciaux ont décrédibilisé plusieurs partis et plateformes politiques, à tel point que le Président de la République – qui a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille – a réagi en convoquant une réunion interinstitutionnelle pour en débattre. Parmi les résolutions prises, on avait suspendu momentanément le processus des élections des sénateurs et des gouverneurs pour permettre au Procureur général près la Cour Constitutionnelle de se saisir de la question. Car le discrédit sur la fonction des sénateurs et gouverneurs était total et surtout mettait en doute leur capacité d’accomplir de leur mission de sages appelés à veiller sur le changement de gouvernance voulu par la population. Pour donner le temps nécessaire à l’achèvement du processus électoral, la suspension a été levée, permettant ainsi aux opérations électorales de continuer avec ceux-là mêmes, qui étaient soupçonnés de cupidité et qui ont recouru à la corruption pour se faire élire.

Diriger ou être élu sans corrompre devient difficile en RDC

            Les résultats de ces élections « douteuses à cause des soupçons de corruption » sont publiés. Les récipiendaires trouvent que ce doute n’est rien dans notre pays. Ils n’osent pas penser au discrédit que cette pratique a jeté sur eux et qui leur colle à la peau aussi longtemps que la justice n’a pas terminé ses investigations. Pendant qu’une telle situation provoque des démissions sous d’autres cieux, la question est banalisée dans les sphères politiques de la RDC où, malgré l’avertissement du Chef de l’Etat, d’aucuns n’hésitent pas à affirmer que « le chien aboie et la caravane passe » pour montrer leur certitude d’user de la corruption sans aucune crainte. C’est justement cet esprit mercantile qui pousse d’aucuns à organiser des fêtes à sabler champagne et à bomber le torse.

            Dans ces conditions, le peuple congolais peut-il espérer un changement de gouvernance, un début de développement des différentes entités provinciales ou nationales laissées moribondes par l’ancien régime ? Des élus qui se réjouissent d’un processus électoral où notoirement il y a eu corruption peuvent-ils se préoccuper de la population ? Aucun analyste sérieux ne peut le penser. Avec une corruption qui a intégré les mœurs des Congolais, tout développement est donc voué à l’échec, du simple fait que ces corrupteurs et corrompus élus sont les mêmes qui vont trôner au sommet des institutions républicaines. De cette façon, ils vont diriger et implanter cet esprit mesquin parmi leurs collaborateurs, au détriment du service à rendre alors que normalement leurs fonctions et missions les obligent à rester exemplaires. Un proverbe chinois affirme qu’un poisson commence à pourrir toujours par la tête. Tous ceux qui ont participé au processus pour l’élection des sénateurs et des gouverneurs doivent méditer sur ce proverbe.

La corruption devenue un sport national

            Le climat actuel où les corrupteurs et les corrompus se réjouissent publiquement prouvent qu’en RDC, ce fléau est devenu un sport national ; une gymnastique où le plus friqué l’emporte au détriment de ceux qui l’ont élu. Une fois au pouvoir, l’intérêt de la province ou simplement du pays sera ravalé au dernier plan. Ce qui comptera, c’est l’enrichissement sans cause. Le Président de la République est donc averti face à ce mal rampant.

SAKAZ

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