Elections : en route pour la confusion !

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La Commission Electorale Indépendante (CEI) vit les derniers moments de son existence en tant que « pouvoir organisateur » des élections en République Démocratique du Congo. D’ici peu, elle va devoir passer le témoin à la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI), dont les membres du bureau ont dernièrement prêté serment devant la Cour Suprême de Justice. Selon les informations en circulation à Kinshasa, on apprend qu’à l’occasion d’une rencontre organisée dernièrement entre le ministère de l’Intérieur, la CEI et les bailleurs de fonds, l’abbé Apollinaire Malumalu avait révélé qu’il était impossible de coupler l’élection présidentielle avec les élections législatives. En raison des contraintes logistiques et financières, la seule hypothèse tenable était, selon lui, de se limiter à la présidentielle, quitte à renvoyer les scrutins des députés nationaux en 2012.

 

 Cette option de la CEI pose naturellement problème. En effet, organiser uniquement l’élection présidentielle en 2011, échéance arrêtée pour la fin des mandats des élus du processus électoral de 2006 reviendrait à ne légitimer qu’une seule personne et partant à la laisser toute seule face au vide institutionnel dans d’autres institutions de la République. Comment le pays pourrait-il fonctionner, en l’absence d’un cadre légal de contrôle ?
 Ce qui est à craindre, en pareilles circonstances, c’est la survenance de nouvelles dérives, de nature à déboucher sur une organisation biaisée des élections législatives en 2012. Le décor d’un parlement monocolore, conséquence de l’influence sur le pouvoir organisateur d’un président déjà en place  serait ainsi planté, faisant ainsi courir au pays le risque d’instauration d’une dictature que tout le monde tient pourtant à évacuer de l’espace politique national.
 A en croire la CEI, qui ressemble de plus en plus à un cadeau empoisonné pour la CENI, s’il faille absolument organiser en même temps l’élection présidentielle et les élections législatives, cela impliquerait le report, pour au moins 6 mois, de ces deux scrutins. Cette alternative, on le sait, comporte le risque de provoquer un vide institutionnel global au sommet de l’Etat, en raison de la caducité des mandats aussi bien du Chef de l’Etat que des membres du Parlement national. L’illégitimité de la chambre basse serait lourde de conséquence car c’est elle qui a la charge d’édicter les textes de lois de la République.
 Dès lors, la gestion financière de la CEI soulève plusieurs questions. Comment en est-elle arrivée à cet état de pauvreté, après avoir bénéficié de gros moyens pour la conduite du processus électoral de 2006 ? A propos, où sont passés les reliquats des fonds destinés à l’organisation des élections urbaines, municipales et locales, jusque-là renvoyées sine die ? Etant donné la non organisation des scrutins au niveau des entités de base, ces reliquats auraient dû suppléer à l’insuffisance, supposée ou avérée, des fonds devant couvrir la tenue des élections présidentielle et législatives.
 En tout cas, le constat à faire présentement sur le terrain est que le processus électoral de 2011 est grippé et ce, en dépit des discours lénifiants des officiels. Le fichier électoral par exemple, qui doit être renouvelé  à 100%, ne signale que deux provinces (Bas-Congo et Maniema) totalement bouclées. Il reste à revisiter 9 provinces, parmi les plus étendues géographiquement et les plus peuplées.
 Le travail d’amateur que réalise pour l’instant la CEI ne garantit pas un fichier électoral conforme à la taille démographique des provinces, districts et territoires du pays. D’où la peur d’avoir en 2011, 2012 et 2013 des scrutins sujets à contestation.
 Au regard du flou qui entoure le processus électoral de 2011, d’aucuns pensent qu’avant de disparaître de la circulation, la CEI devrait soumettre son rapport à l’Assemblée Nationale, afin que celle-ci en débatte publiquement. L’opinion congolaise doit savoir ce qui a marché et ce qui ne l’a pas été. Le cas échéant, une commission d’enquête parlementaire devrait être mise en place en vue d’auditer la gestion de l’abbé Malumalu et ses collaborateurs.
 De la CEI à la CENI, les Congolais n’ont pas besoin d’un passage en force, comme ce fut le cas pour la révision controversée de la Constitution. Ils ont plutôt soif d’élections libres, démocratiques et transparentes, car elles seules peuvent leur garantir la paix durable, l’unité nationale et le développement.
   Kimp

 

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