E. Tshisekedi… l’immortel !

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Etienne Tshisekedi est mort, physiquement, le 1er février 2017. Mais, spirituellement et politiquement, il est plus que jamais vivant dans la mémoire collective. Bâtisseur de l’école de la démocratie dans l’ex-Zaïre, au moment où personne n’osait soulever son petit doigt ou élever la voix pour dire non au tout puissant Président –Fondateur du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution), Parti-Etat, il est en train de récolter, à l’occasion de ses funérailles, les fruits de son combat pour la libération de son peuple des chaines de la dictature.

            Même ceux qui ne croyaient pas en ses messages politiques sur le « changement » lui reconnaissent aujourd’hui, à titre posthume, le mérite d’avoir fortement contribué à la démocratisation du pays. Celui que tous, jeunes comme vieux, appelaient affectueusement « Ya Tshitshi », laisse à la postérité l’héritage d’une lutte politique non violente, gagnée au prix de la patience et de la constance. Etienne Tshisekedi, c’est cet opposant qui avait réussi à « fragiliser» aussi bien les régimes totalitaires de Mobutu Sese Seko que ceux de Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila sans avoir tiré ou fait tirer un seul coup de feu.

            Pourtant, au regard de l’adhésion massive des populations civiles et des militaires à son idéal de changement de gouvernance au sommet de l’Etat, dans le souci d’arriver à l’émergence d’un Etat de droit, il lui aurait suffi de demander à son peuple de prendre les armes pour que celui-ci se mobilise massivement, aux quatre coins du pays, pour répondre à son mot d’ordre.

            Mais, fidèle à l’idéal sacro-saint de la non-violence et de la conquête démocratique du pouvoir, il s’est toujours refusé, jusqu’à son dernier soupir, à faire couler le sang de ses compatriotes pour prendre le pouvoir.

            Au regard des velléités de pérennisation du pouvoir des hommes forts à la tête du pays, avec leur cohorte de courtisans, l’opposant historique était caricaturé, pendant ses 37 ans de combat politique non violent, comme un « éternel perdant », un leader politique irréaliste, rêveur, imbu de lui-même, sourd aux conseils, habité par la recherche effrénée d’un pouvoir absolu. Certains en étaient arrivés à affirmer qu’Etienne Tshisekedi, « gaffeur » professionnel, de l’époque de Mobutu à celle de Kabila-fils, en passant par la CNS (Conférence Nationale Souveraine de 1991 à 1992) et le Dialogue Intercongolais de 2002 à 2003, était incapable de gérer les affaires publiques, car, plus d’une fois, le pouvoir lui avait tendu largement les bras et il préférerait botter en touche. En realité, l’homme ne voulait pas le pouvoir pour le pouvoir.  Il cherchait un pouvoir structuré, basé sur les socles de la démocratie.

            Beaucoup de ses contemporains et des compagnons de lutte politique, morts pour la plupart, voyaient en lui un illuminé dont l’aventure politique était sans lendemain. Aujourd’hui, les témoins de l’histoire sont bien obligés de lui tirer leur chapeau bien bas, au motif que l’idéal du changement vient d’être matérialisé par son fils, Félix Tshisekedi, de manière démocratique et non violente, dans la droite ligne de la vision politique de son géniteur.

                                   Kimp

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