Un dossier foncier tourne mal pour l’ancien ministre Booloko

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Traditionnellement, les dossiers litigieux liés aux conflits de terrains ou d’immeubles se terminent au détriment de l’un des prétendus propriétaires. Les fonctionnaires des Affaires Foncières – Conservateurs des titres immobiliers ou fonciers – vivent dans une impunité organisée. Cette fois, c’est un gros poisson qui est pris dans la nasse, à savoir le ministre de tutelle en personne, le nommé Gustave Booloko N’Kelly, suspendu de ses fonctions par le Premier ministre depuis le 03 octobre 2016.
 
L’affaire, qui continue de soulever des vagues dans les milieux politiques et diplomatiques de Kinshasa, a pour origine une plainte de l’Ambassade de la République Chèque contre ce membre du gouvernement, accusé d’avoir illégalement reversé, dans le domaine privé de l’Etat, trois parcelles situées sur le boulevard du 30 juin, dans la commune de Gombe, et appartenant à cette mission diplomatique. Il s’agit des parcelles numéros 1051, 1052 et 4427, couvertes par des certificats d’enregistrement et décrites comme ancien patrimoine de la société Intertropical Confina, ancêtre d’Interfina. On laisse entendre que la République Tchèque les aurait rachetées auprès de la firme précitée.
            Selon des sources proches du ministère des Affaires Foncières, Gustave Booloko a pris la grave décision d’exproprier la République Tchèque au vu des résultats d’une mission d’enquête diligentée par lui au milieu de l’année en cours et menée par un inspecteur. C’était à la suite d’une alerte venue du Conservateur des Titres Immobiliers de Lukunga, qui aurait épinglé les trois parcelles susvisées comme des biens sans maîtres, placées sous la couverture de l’Ambassade Tchèque à Kinshasa.
            Il semble que les conclusions déposées sur son bureau de travail auraient démontré que les certificats d’enregistrement établis au nom de la République Tchèque seraient effectivement des faux et que la société Interfina aurait nié avoir conclu une quelconque transaction de vente avec l’ex-République Socialistes de Tchécoslovaquie.
            Plusieurs autres sources soutiennent la version selon laquelle le ministre Gustave Booloko n’aurait  pas pris la précaution d’approfondir le dossier. On lui reproche le fait d’avoir signé précipitamment un arrêté déclarant les trois parcelles de la République Tchèque « biens sans maîtres », avec option de les vendre au profit du Trésor public, dans le cadre de la diversification et de la maximisation des recettes de son ministère, sans avoir au préalable consulté les conseillers de son cabinet.
            Une version en circulation au ministère des Affaires Foncières ferait état de l’appartenance des trois parcelles querellées à un ancien Consul de la RDC auprès du Royaume de Belgique, un certain Waza Banza Mbanga Charles, et que cette situation aurait été réglée par un arrêté du ministre des Mines et Affaires Foncières de l’époque daté du 19 mars 1969. Ici aussi, les archives du même ministère dénieraient la qualité de propriétaire au précité.
            En tous les cas, le Premier ministre a frappé l’ancien ministre Gustave Booloko et fait droit aux revendications de l’Ambassade Tchèque. Seulement voilà ! L’agitation est loin de s’arrêter dans le microcosme politique congolais, où certains esprits sont tentés de croire que l’intéressé, ancien assistant du Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat, aurait été poussé à la faute par ses parrains politiques, qui lui auraient garanti leur protection.
            Le sentiment que laisse ce feuilleton foncier est celui d’une cacophonie entre décideurs politiques congolais qui, au lieu d’attaquer un mal à la racine, le laisse faire des dégâts avant d’intervenir sur le tard. Au finish, c’est le pays qui voit son image sérieusement écornée.
Kimp
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