Dix milliards US de manque à gagner pour la RD Congo

0
66

Sous l’égide du ministère de la Coopération internationale et régionale, la Conférence internationale sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands Lacs a organisé le vendredi 09 avril 2010, à Faden House, un atelier de réflexion sur les enjeux et le projet d’une certification régionale des ressources naturelles pour la RDC. Ont été associés à cette réflexion, des représentants de la Primature, du ministère des Mines, du CEEC, de Saesscam, du Cami, du Secrétariat général aux mines, ainsi que de la société civile et de quelques  entreprises privées.
 
            Le coordonnateur national de la Conférence internationale pour la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands Lacs Baudouin Hamuli a souligné à cette occasion, l’importance de cette rencontre qui permet à tous les intervenants du secteur minier de la RDC, de prendre conscience de l’ampleur de la contrebande minière, de l’existence des réseaux de pillage de nos ressources naturelles, des faiblesses de notre système de contrôle et de lutte contre la fraude minière, ainsi que des pertes importantes des revenus pour le Trésor public, de l’ordre de plus de dix milliards de dollars.
 
            Baudouin Hamuli a insisté pour que de cette réflexion, le projet de suivi et de certification régionale de minerais présenté par des experts de CIRGL soit enrichi de manière à doter les Grands Lacs, non seulement d’un Centre régional de certification, mais aussi et surtout d’un outil indispensable susceptible de lui assurer une plus grande traçabilité des flux matières et monétaire.
Notre pays, réservoir d’importantes ressources naturelles, ne peut malheureusement pas garantir un mieux-être à notre population, parce que victime des pillages et de la contrebande de ses minerais par des multinationales, des groupes rebelles étrangers, des milices Maï-Maï et des éléments de l’armée.  
Mabolia Yenga, coordonnateur de Promines, du ministère des Mines, a pour sa part, présenté les enjeux de la certification des minerais qui sortent de la RDC et sont revendus aux industriels, en passant par les centres de traitement ou de retraitement. Beaucoup des pays voisins de la RDC donnent souvent des chiffres élevés de leurs exportations qui ne concordent pas avec la réalité de leur faible production locale.
 
D’importantes ressources naturelles de la RDC échappent au contrôle
 
            C’est une situation qui préoccupe son ministère et pour laquelle la RDC est en négociation avec ses différents partenaires. Le coordonnateur de Promines a déploré à cet effet, l’insuffisance du système de contrôle tant au plan interne qu’externe, avant de plaider pour une réorganisation des services publics du secteur des mines qui permettrait à l’Etat de collecter régulièrement des statistiques plus fiables tant au niveau de la chaîne de production, du traitement que de l’exportation. D’où toute l’importance d’une certification régionale, afin de savoir qui produit et exporte quoi et en quelle quantité. 
            Bernard Taylor, directeur de PAC, a présenté l’Ong canadienne qui depuis 25 ans, appuye les activités de développement rural, avant d’entreprendre des recherches sur le financement des conflits armés et de lancer le système de contrôle du secteur minier. Depuis dix ans, son Ong a effectué des recherches en Sierra Leone, Liberia et tant d’autres pays africains et réalisé que des groupes rebelles recouraient aux diamants de sang pour financer leurs activités. C’est à partir des rapports établis par des experts que la communauté internationale a pris conscience du problème de financement des conflits armés et de la nécessité de créer le processus de Kimberley. Une entente internationale a su rallier à cette cause, des gouvernements et des organisations de la société civile.
L’expérience de cette Ong canadienne a démontré que les minerais de grande valeur de l’Afrique centrale participaient au financement des conflits armés et autres rébellions, notamment en RDC, Ouganda, Sud Soudan et Rwanda. Certes, qu’il y a beaucoup d’intérêts sur le plan international sur ce qui se passe dans la région.  Aux Etats-Unis, a-t-il fait savoir, on veut renforcer la législation sur les exportations des minerais des régions en conflits. Telle doit être la démarche de nombreux gouvernements sur pression des organisations de la société civile.
 
Une enquête sur l’exploitation et l’exportation des minerais à l’Est
 
            Pour terminer, Bernard Taylor a évoqué l’enquête que son collègue Shawn Blore vient de mener à l’Est de la RDC, ainsi que des ennuis qu’il a rencontrés avec les services d’ordre. Cet expert canadien a effectué des investigations sur toute la chaîne de production des minerais dont le diamant, le coltan et autres cassitérite et wolframite. Bien qu’il disposait de tous les documents en ordre, Shawn a été refoulé à Goma par les services, au point que le coordination nationale de la Conférence internationale pour la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands Lacs a dû intervenir pour le sortir des griffes de ses bourreaux et l’aider à poursuivre son travail sur le terrain.
Au terme de cette enquête, il a ficelé un rapport édifiant sur la traçabilité des minerais à l’Est de la RDC, le rôle et l’influence des groupes rebelles étrangers, des milices armées, des éléments des forces armées et l’emploi des mineurs dans les mines.
            Présentant son projet à la lumière de ses recherches, Shawn Blore a relevé comment évolue le Processus de Kimberley dans la région des Grands Lacs. De son constat, il a déploré l’absence de suivi de minerais comme étant un problème régional. Ce qui entraîne le fait que beaucoup des minerais ne sont pas contrôlés ni taxés et représente de pertes importantes pour les pays producteurs. Voilà pourquoi il a insisté pour un suivi régional pouvant favoriser d’abord, la création des structures de contrôle, d’une banque des données sur les capacités de production des pays de la région des Grands Lacs, leur production réelle et leurs exportations.
            Ce projet a mis en exergue les leçons du Processus de Kimberley et d’autres systèmes de réglementation, les principes directeurs pour un système de suivi et de certification des minerais de la CIRGL, le rôle de vérificateurs indépendants, l’importance du suivi et d’un certificat régional. Il a évoqué d’autre part, les enjeux importants pour un suivi régional des flux matières et monétaire, afin de se rassurer de certaines sources de financement des rébellions et des conflits armés. Le rôle des gouvernements nationaux, de l’industrie, de la société civile et de la CIRGL, ainsi que des problèmes de mise en œuvre de ce système régional de certification ont été passés en revue par l’expert canadien.
            A l’issue des travaux de cet atelier, le modérateur Baudouin Hamuli a lu une dizaine de recommandations formulées par les participants qui ont approuvé dans l’ensemble le projet de suivi et de certification régionale, moyennant des amendements.
            Citons entre autres recommandations, l’uniformisation des documents au niveau régional, le renforcement du contrôle interne des flux des minerais, la nécessité de financement du vérificateur indépendant, et le contrôle de la traçabilité financière dans le secteur des mines. Et enfin, la nécessité pour la RDC, de créer ses centres de traitement et de retraitement des minerais.
                                                                                 J.R.T.
 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

*