Deux questions à Monsieur Martin Fayulu

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Le paradoxe de la lumière : elle peut à la fois nous éclairer et nous aveugler. On est dans la lumière sur un plateau de la télévision, à la radio, devant une foule en liesse ; cette  position n’a pas que des avantages. Voilà des mois déjà que monsieur Fayulu court le monde, à la recherche de la vérité des urnes. Une journaliste lui demande : qu’avez-vous obtenu jusque-là ? Qu’est-ce que vous espérez ? Martin ne saisit pas l’ironie, il croit que la communauté internationale ira rétablir la vérité des urnes au Congo, même si cela devait passer par la réorganisation des élections ! Avec quel budget ? La question ne lui vient pas à l’esprit.

J’ai vu, de loin, monsieur Fayulu passer en revue les résidus de l’armée de Mobutu à Bruxelles. Je l’ai entendu répondre aux questions d’une foule qui lui est favorable ; l’envie m’a pris de l’interroger à mon tour. Je tiens à l’interpeler parce que j’estime qu’il n’est pas loin du dérapage et que ce ne sont pas ses courtisans qui tireront la sonnette d’alarme. Ses réactions à la frustration sont respectables mais je trouve qu’il va trop loin, lorsqu’il appelle le peuple à se soulever, lorsqu’il affirme que les jours de Félix Tshisekedi au pouvoir sont comptés.

            Ma première question : Cher monsieur Fayulu, à votre retour de Genève, vous avez embrassé le sol de nos ancêtres, à la manière du pape Jean Paul II ; un journaliste vous a demandé: « Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez été désigné candidat unique de l’opposition ? » Votre réponse : « C’est Dieu qui l’a voulu ». Cette réponse m’avait rappelé ce président qui s’accroche au poste, arguant qu’il était au pouvoir par la volonté de Dieu. Admettons qu’en ce qui vous concerne, vous ayez été désigné par la volonté de Dieu, mais pourquoi les choses sont-elles ce qu’elles sont aujourd’hui ? Où est Dieu? Que vous inspire-t-il aujourd’hui ? Il vous demande de soulever le peuple et de verser le sang des Congolais ? A aucun moment, il ne vous a montré un autre poste sur l’échiquier politique que celui du président ?

            Ma deuxième question : Admettons qu’il y ait réorganisation des élections, au nom du peuple, comme vous le souhaitez ; y’aurait-il redistribution des cartes, oui ou non ? Et si tous les présidentiables revenaient dans la course, quelle serait votre chance de gagner ces élections hypothétiques, sachant que les Katangais ont bel et bien déjà quitté le bateau Lamuka et que les leaders qui vous avaient désigné sont en train de se réorganiser chacun de son côté? N’oubliez surtout pas qu’avant Lamuka il y avait Ensemble et que Moïse Katumbi n’est pas, lui, dans la logique du soulèvement populaire. Ne voyez-vous pas que la communauté internationale a déjà choisi son camp ? Cher Martin, je suis de ceux qui pensent que nous devons capitaliser ce que nous venons d’acquérir, même si le combat est encore à faire. La RD Congo gagnerait à compter aussi sur votre personne. Il est encore temps que vous puissiez adopter une attitude qui encouragera Félix Tshisekedi à vous inviter pour que vous puissiez, vous et les autres, voir comment sortir notre peuple du bourbier dans lequel l’ont enfoncé les politiciens corrompus. Au nom du principe de la réalité, réjouissez-vous que le pouvoir soit finalement allé à l’UDPS, ce parti qui a tant lutté et qui le mérite.

            On peut être dans l’ombre mais faire du bien pour son peuple. Un proverbe dit : « Fais le bien et jette-le à la mer, si les poissons ne le voient pas, le bon Dieu le verra ». Monsieur Félix Tshisekedi peut ne pas avoir des députés et des sénateurs mais il a le peuple avec lui. Dans la vie, il faut savoir se plier comme le roseau et se relever quand le courant sera passé,  plutôt que de s’entêter comme le chêne.

(Pie Tshibanda)

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