Deux « Kinshasa » face au confinement

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La ville de Kinshasa est en train de vivre, enfin, la curieuse expérience du confinement. Bien qu’il soit exclusivement réservé à la commune de la Gombe, ses effets collatéraux se font sentir à travers l’ensemble de la capitale, notamment la mise au chômage de l’écrasante majorité de Kinoises et Kinois opérant dans l’informel, des domestiques, des fonctionnaires et agents des entreprises tant publiques que privées, la chute brutale des ventes des boissons alcoolisées et gazeuses, la mévente des journaux, etc. Les douze millions de résidents de la capitale ont découvert, davantage, l’existence de deux « villes ».

            Il y a d’un côté le « Kinshasa » des bourgeois politiques et économiques, où la plupart des familles ont eu le temps et les moyens de faire d’importants stocks de vivres frais comme secs, d’eau minérale… et de se procurer des kits de protection (masques, gants, lave-mains, désinfectants), etc. Enfermés dans leurs résidences comme dans des tours de Babel, ils risquent de temps en temps un coup d’œil sur les boulevards du 30 juin et Tshatshi, les avenues Commerce, Tombalbaye, Colonel Ebeya, du Port, Lukusa, Justice, Bandundu, Mbuji-Mayi, Katanga, Pumbu, Roi Baudouin… observant avec méfiance les rares piétons qui franchissent quotidiennement les frontières de leur « cité », masqués ou laissant balancer leurs badges autour de leur coup.

            Ce qu’ils ignorent est que les porteurs de badges, avant de gagnent Gombe, subissent deux à trois tests de température et du lavage des mains avec désinfectants. A priori, ce sont des visiteurs « sains » qui traversent les voies publiques, pour des raisons le plus souvent professionnelles. Quant aux porteurs de macarons, ils ont tout heureux de savoir « négatifs » à l’entrée et à la sortie de Gombe, contrairement à de nombreux kinois ignorant leur état sérologique.

            Il y a d’autre part, le « Kinshasa » des pauvres, dépourvus de tout ou presque. Vivant au jour le jour et souvent du fruit des recettes de vente au détail des produits divers, ils sont là, sans masques, ni gants, ni lave-mains, ni désinfectants, ni réserves d’eau et de nourriture. A Lingwala, Kinshasa, Barumbu, Kintambo (Camp Luka), Kasa-Vubu, Kalamu, Ngiri-Ngiri, Bandalungwa, Makala, Selembao, Bumbu, Ngaliema (Malweka, Kimbwala, Nsanga-Mamba, Lutendele), Mont-Ngafula, Ngaba, Lemba, Limete (Mombele, Kingabwa), Matete, Kisenso, N’Djili, Masina, Kimbanseke, Nsele et Maluku, on continue à s’interroger sur ce qui va arriver dans l’hypothèse d’une mise en quarantaine totale ou partielle.

            La question de fond va être celle de la survie sans argent, ni réserves d’eau et de nourriture, ni kits de protection. Dans l’autre « Kinshasa », les consignes de prévention du coronavirus tombent non pas dans des oreilles des sourds, mais plutôt dans celles  des citoyens financièrement incapables de se prendre en charge et de se protéger. Ici, les « malewa », les marchés pirates, les bus, les taxis, les taxi-bus, les centres médicaux…n’ont cessé d’accueillir des populations ayant conservé jalousement la culture des bousculades, de la promiscuité résidentielle dans des parcelles alignant une maison principale et dix annexes ou plus réservées aux locataires, des causeries de masses ou de chamailleries aux coins de rues, de la manipulation des pains, des bananes, des oranges, des patates, des haricots, des arachides, des chikwangues… avant leur achat, du commerce des denrées alimentaires à même le sol ou à l’air libre, à la merci des mouches et cancrelats, voire des fientes d’oiseaux, etc.

            Avant comme pendant le confinement de Gombe, rien n’ changé dans les cités populaires, où les bourgmestres paraissent avoir démissionné de leurs responsabilités, après des apparitions éphémères sur les places publiques, dans le cadre de l’opération « Kin-bopeto ».

Quel bilan à mi-parcours ?

            Si le résultat recherché par les autorités nationales et provinciales dans le confinement de Gombe est de briser la chaîne de transmission du coronavirus, les espoirs sont permis pour son atteinte. L’honnêteté nous oblige d’admettre qu’il y a du sérieux au niveau des barrières de contrôle. Relevons, à titre d’exemple, qu’il est pratiquement impossible, à un automobiliste ou à un piéton d’entrer à Gombe, muni de son badge, par une barrière autre que celles érigées au niveau du pont Dag sur l’avenue Monjiba, de l’Assanef sur 24 novembre à Lingwala, Mont des Arts sur Huileries, pont Bralima à Barumbu.

            Ceux ou celle qui tentent, avec leurs badges, d’entrer ou de sortir de Gombe par le rond point Socimat sur l’axe de la Cour d’ordre Militaire, Wangata, Kasa-Vubu, Luambo Makiadi (ex-Bokassa), Kasaï, Haut Commandement, sont sèchement priés de se présenter aux barrières légales.

            Test de température et lavage de mains aux désinfectants sont les gestes courants auxquels sont soumis, automobilistes, obligés de descendre de leurs véhicules, et piétons, après présentation et contrôle préalables de leurs macarons, aux différentes barrières. Gombe n’a rien à envier à une « cité morte » avec magasins, supermarchés, restaurants, stations-services, bâtiments administratifs fermés. Les enfants de la rue, que l’on pensait réfractaires au confinement, se sont délocalisés vers les cités populaires.                                    Kimp

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