Désignation du nouveau président de la CENI : Mabunda à la manoeuvre

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Par le biais de Jeanine Mabunda, présidente de l’Assemblée Nationale, la «kabilie» est à la  manoeuvre pour s’assurer le contrôle de la direction de la Commission Electorale Nationale (dite) Indépendante, CENI.  Après avoir évincé Jean-Marc Kabund de son poste de premier vice-président de l’Assemblée Nationale, Mme Mabunda a adressé un courrier aux chefs des confessions religieuses pour leur demander de se concerter en vue de désigner le candidat de la société civile au Bureau de la CENI.

         Comme si les confessions religieuses disposaient d’un mandat divin pour représenter toute la société civile, des chefs des confessions religieuses préoccupés par le pouvoir temporel se sont réunis le mardi 9 juin courant au Centre Catholique Lindonge à Kinshasa à l’initiative du cardinal Ambongo pour désigner le futur président de la CENI. Car, il faut le rappeler, c’est le candidat de la société civile au Bureau de la CENI qui est de « droit » appelé à devenir président.

         Alors que le Christ dont ils prétendent être disciples invite ceux qui se réclament de lui à être la lumière du monde, les chefs des confessions religieuses ont d’entrée de jeu mis en exergue des considérations tribales et/ou régionales comme critère de désignation du futur président de la CENI. En violation de la loi, les chefs religieux ont décidé de discriminer les ressortissants de ce qu’il convient d’appeler Espace Kasaïen. Ainsi, tout Congolais originaire des provinces du Sankuru, de Lomami, du Kasaï Oriental, du Kasaï ne peut être désigné candidat de la société civile au Bureau de la CENI. Et pour cause : Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, président de la République est originaire de l’Espace Kasaïen, précisément du Kasaï Oriental !

 Et alors ?

         En dépit de la volonté manifeste des chefs religieux d’écarter les originaires de l’espace kasaïen de la direction de la CENI, le consensus devant prévaloir en pareille circonstance s’est révélé difficile, voire impossible. C’est le contraire qui aurait étonné.

         En effet, les catholiques avaient leur candidat : Cyril Ebokotolo, candidat du Cardinal Ambongo et originaire de l’Equateur comme l’archevêque de Kinshasa. Pour rappel, c’est Cyril Ebokotolo qui avait supervisé, avec l’abbé Nshole, le fameux dispositif de 40.000 observateurs de la CENCO lors des élections de 2018. C’est en fait M. Ebokotolo qui est au cœur du rapport de la CENCO sur lequel s’était appuyé Martin Fayulu pour se proclamer élu avec plus de 62% au premier tour dans une élection présidentielle où il y avait pourtant 13 candidats !

         L’Eglise du Christ au Congo, ECC, avait aussi son candidat : Eale Bosela, lui aussi originaire de l’Equateur comme le chef de l’ECC bien qu’il appartienne au parti de Jean-Bertrand Ewanga.

         L’Eglise Kimbanguiste était aussi dans la course. Curieusement avec un candidat qui n’est pas kimbanguiste mais plutôt catholique. Il s’agit de Ronsard Malonda. Ce dernier est actuellement secrétaire exécutif de la CENI et n’est pas le candidat officiel de la CENCO. M. Malonda est en fait le candidat du FCC parrainé par le président sortant de la CENI, Corneille Nangaa et Jeanine Mabunda, président de l’Assemblée nationale. Cette fois-ci, la «kabilie» a décidé de se tourner vers le Kongo Central, pour désigner le futur président de la CENI. Ronsard Malonda n’est pas seulement un allié de taille pour le FCC parce qu’il connaît comment les résultats des dernières élections ont été fabriquées, notamment pour donner à la «kabilie» la majorité dans tous les parlements du pays, il est aussi mieux placé pour couvrir les détournements opérés par l’équipe de Nangaa.

         Pour arriver à ses fins, la «kabilie», à travers les Kimbanguistes et des chefs des églises de réveil, a mis en minorité les catholiques et les protestants qui n’avaient plus de choix mais une solution : retirer leurs candidats d’une course perdue d’avance. C’est dans ce contexte que catholiques et protestants, comme par un coup de baguette magique, semblent avoir retrouvé les vertus de la transparence. L’abbé Nshole a surpris les ex-Zaïrois en n’annonçant que les catholiques et les protestants avaient retiré leurs candidats, prenant par ailleurs l’opinion à témoin alors que les chefs desdites confessions religieuses s’étaient réunies dans le secret sur injonction de Jeanine Mabunda !

         Bizarre tout de même, la présidente de l’Assemblée nationale, dont il n’est secret pour personne qu’elle reçoit des ordres de Kingakati, n’a même pas eu l’élégance politique d’informer le Chef de l’Etat de son initiative envers les confessions religieuses ! Soit !

         Mais, voilà qu’après leur échec, catholique et protestants se tournent à présent vers la présidence de la République où ils ont dépêché des délégués pour tenter de bloquer le processus de désignation du successeur de Corneille Nangaa Yobeluo, tandis que les autres confessions religieuses ont opté pour la rédaction d’un procès-verbal à déposer à l’Assemblée nationale.

         Pour le tandem Cenco-ECC ; il faut d’abord réformer les structures de la CENI, avant de désigner les animateurs de cette institution, en vue de rendre la Centrale électorale indépendante des partis politiques. Les autres confessions religieuses estiment pour leur part que la démarche catholico-protestante relève de la perfidie parce que les fameuses réformes de la CENI souhaitées par les catholiques et les protestants doivent passer par l’Assemblée nationale majoritairement FCC. Les Kabilistes vont-ils voter des réformes qui ne seraient pas en leur faveur ?

         Au crédit de la CENCO, il y a tout de même lieu de mettre en exergue la ferme position du CLC (Comité Laïc de Coordination) qui ne souhaite pas qu’un membre de l’équipe Nangaa soit reconduit. Voilà pourquoi le très catholique Malonda, candidat du FCC, est soutenu par les Kmbanguistes et des chefs de confessions religieuses instrumentalisés par le Sénateur de Kingakati.

         En ce qui les concerne, les autres forces vives, qui n’ont pas été associées à la démarche initiée par Jeanine Mabunda (avec les seules confessions religieuses) découvrent que les chefs religieux ont participé, par naïveté ou complicité, à la messe noire boutiquée par le FCC pour contrôler les futures échéances électorales et ainsi perpétuer l’obscurantisme aujourd’hui comme hier et éternellement.

         L’audience accordée à la présidente de l’Assemblée nationale par le Chef de l’Etat le vendredi 12 juin permettra peut-être de ramener la sérénité dans le processus de désignation de futurs responsables de la CENI, étant donné que ce point figurait à l’ordre du jour de leur rencontre à en la croire la presse présidentielle.                                     Jean Muhaya

                                          (C.P.)

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